En réponse directe aux sanctions migratoires européennes du 10 juillet, le Gouvernement guinéen a instauré, ce 24 juillet 2026 à Conakry, des mesures de réciprocité strictes restreignant les conditions de délivrance de visas pour les ressortissants de l’Union européenne. Lors d’une séance de travail convoquée pour débattre de cette crise, le Ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration Africaine et des Guinéens établis à l’Etranger, Morissanda Kouyaté, a officiellement notifié aux ambassadeurs européens l’application de trois nouvelles règles : la suppression temporaire des visas à entrées multiples, l’imposition de frais de traitement pour les passeports diplomatiques et de service, ainsi que la rallonge des délais d’examen des dossiers.
Cette escalade diplomatique trouve son origine dans une résolution du Conseil de l’Union européenne qui avait décidé de restreindre l’octroi de visas aux Guinéens, invoquant le manque de coopération de Conakry concernant la réadmission de ses ressortissants en séjour irrégulier. Face aux autorités guinéennes, la délégation diplomatique européenne a tenté de tempérer la situation en expliquant que cette décision ne constitue pas une suspension totale, affirmant qu’« il s’agit de mesures restrictives temporaires, prises dans le cadre de l’article 25 bis du Code communautaire des visas ».
Concrètement, cette disposition européenne se traduit par l’allongement du délai de traitement standard de 15 à 45 jours et la suspension de plusieurs facilités administratives, des sanctions qui, selon les diplomates, pourront être levées selon les progrès enregistrés dans le rapatriement des migrants.
L’application de la réciprocité par la diplomatie guinéenne concrétise les mises en garde formulées au premier trimestre de l’année face aux ultimatums de Bruxelles.
Le 6 février dernier, en réaction aux menaces de l’ambassadeur de l’UE en Guinée, Xavier Sticker, Morissanda Kouyaté avait balayé les pressions européennes en affirmant que « les 99% des Guinéens ne veulent pas aller en Europe ». Le chef de la diplomatie avait alors directement anticipé les sanctions actuelles en prévenant que « si les visas durent, nous aussi les visas durerons chez nous », tout en avertissant qu’un bras de fer ne serait « ni bon pour l’Union européenne, ni pour la Guinée ».
Si le Ministre a profité de la rencontre de ce 24 juillet pour rappeler que la lutte contre la migration irrégulière demeure une priorité de l’État guinéen, conformément à la vision du Président Mamadi Doumbouya, le gouvernement campe sur une ligne intransigeante concernant la dignité de ses concitoyens. Les préalables posés par Conakry pour la reprise d’une coopération fluide demeurent inchangés : le refus catégorique des expulsions par vols charters, jugées humiliantes, et le rejet absolu des procédures d’identification de nationalité effectuées par simple téléphone cellulaire.
Par Alpha Abdoulaye Diallo


