Le Conseil de l’Union européenne a décidé, ce vendredi 10 juillet, de restreindre temporairement la délivrance de visas aux ressortissants guinéens en raison d’une coopération jugée insuffisante de la part de Conakry concernant la réadmission de ses citoyens en séjour irrégulier sur le sol européen.
Cette décision, adoptée sur la base d’une évaluation de la Commission européenne, se traduit par l’arrêt immédiat de la délivrance de visas à entrées multiples, la fin des dispenses de certaines pièces justificatives et l’annulation de l’exemption des frais de visa pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service.
Selon le Conseil, le délai de traitement standard des demandes est également porté de 15 à 45 jours civils, une mesure coercitive sans date de fin précise visant à inciter les autorités guinéennes à faciliter le retour de leurs migrants.
L’adoption de ces restrictions concrétise les avertissements formulés le 28 janvier dernier par l’ambassadeur de l’UE en Guinée, Xavier Sticker. Le diplomate avait alors menacé d’activer l’article 25 bis du Code des visas européen face au manque de progrès sur la délivrance de laissez-passer consulaires par la Guinée pour les retours volontaires ou forcés.
En amont de cette sanction, la diplomatie guinéenne avait rejeté toute pression européenne. Lors d’une rencontre avec une délégation de l’UE à Conakry le 6 février, le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, avait minimisé l’impact de ces mesures, affirmant que « les 99% des Guinéens ne veulent pas aller en Europe ».
Face aux avertissements de Bruxelles sur l’allongement des procédures, le chef de la diplomatie guinéenne avait mis en garde contre l’application d’une réciprocité diplomatique stricte, prévenant que « si les visas durent, nous aussi les visas durerons chez nous », tout en soulignant qu’un conflit institutionnel ne serait « ni bon pour l’Union européenne, ni pour la Guinée ».
Sur le fond du dossier migratoire, le gouvernement guinéen campe sur une ligne de fermeté quant au respect des droits de ses concitoyens à l’étranger.
Morissanda Kouyaté a posé deux préalables stricts à la poursuite du dialogue avec Bruxelles : le refus formel des expulsions par vols charters dans des conditions considérées comme humiliantes, ainsi que le rejet des procédures d’identification de nationalité effectuées par simple téléphone cellulaire.
Par Mariam Bâ


