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En Guinée, le passage en force d’Alpha Condé laisse un pays divisé

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Réélu pour un troisième mandat controversé, le chef de l’Etat n’a pas réussi à transcender les clivages communautaires et régionaux. Pire, il en a joué.

Par Christophe Châtelot (Le monde)

Sans surprise aucune, la Cour constitutionnelle guinéenne a confirmé, samedi 7 novembre, les chiffres annoncés la semaine précédente par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), consacrant la victoire d’Alpha Condé à la présidentielle du 18 octobre. Personne n’attendait autre chose de la part de deux institutions accusées d’être inféodées au pouvoir en place. Les juges ont repoussé les recours déposés par l’opposition. Alpha Condé peut entamer un troisième mandat consécutif, acquis en piétinant les principes républicains qu’il défendait lorsqu’il se battait contre le dictateur Sékou Touré (1958-1984) ou l’autocrate sourcilleux Lansana Conté (1984-2008).

Pour imposer sa candidature, Alpha Condé a dû tripatouiller une nouvelle Constitution dont la légitimité est, depuis le début, remise en question. Officiellement, il s’agissait de doter la Guinée d’une loi fondamentale plus en adéquation avec son époque, prenant davantage en compte les questions d’égalité des genres ou de protection de l’environnement, notamment. Le texte devait remplacer celui, loin d’être parfait, bricolé durant la transition politique instaurée entre la fin violente de la junte de Moussa Daddis Camara, en décembre 2009, et les premières élections démocratiques et pluralistes l’année suivante.

Un référendum chaotique

Las, la greffe de la Constitution version 2020 a du mal à prendre. Le texte a été rédigé en catimini, sans débat, provoquant même la démission du ministre de la justice, Cheick Sako. Dans une lettre au chef de l’Etat, le garde des sceaux s’étonnait de ne pas avoir été « associé à la rédaction de la nouvelle Constitution ». Le texte a finalement été adopté en mars à l’issue d’un référendum chaotique organisé sur la base d’un fichier électoral qui, quinze jours plus tôt, comportait encore 2,5 millions d’électeurs douteux, soit un tiers de la liste.

A tel point que l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui par le passé ont avalé d’autres couleuvres électorales sur le continent, avaient préféré ne pas envoyer d’observateurs pour ce vote couplé à des législatives, tous deux boycottés par l’opposition. Complétant ce triste panorama, la Constitution finalement publiée au Journal officiel est, sur plusieurs points, différente du texte soumis à référendum. Le barreau des avocats a dénoncé « une délinquance juridique » et demandé le retrait de la loi fondamentale. En vain.

Dès le départ, un large mouvement d’opposition, réunissant société civile, syndicats et partis politiques d’opposition réunis au sein du Front national de défense de la Constitution (FNDC), s’était dressé contre cette initiative présidentielle. Le FNDC ne décelait qu’une intention derrière la démarche du pouvoir : non pas moderniser les institutions, mais faire sauter le verrou limitant à deux le nombre de mandats présidentiels et, ainsi, autoriser Alpha Condé à en briguer un troisième. Ce qui fut fait.

Après avoir nié toute intention cachée, la présidence guinéenne avait ensuite posé la question du principe en vertu duquel le nombre de mandats doit être limité à deux. L’interrogation est légitime, à condition que la course électorale soit juste et transparente. Parallèlement, le pouvoir guinéen s’étonnait du double langage de la France. L’ancienne puissance coloniale, remarquait-on à Conakry, n’a pas les mêmes scrupules pour Idriss Déby, son indispensable allié tchadien dans la guerre contre le terrorisme au Sahel, au pouvoir depuis 1990.

Le spectre de Lansana Conté

Il reste que l’Union européenne, la France ou les Etats-Unis ont émis des doutes sur la régularité du scrutin présidentiel, marqué notamment par des taux de participation suspects dans les fiefs du pouvoir. Deux commissaires de la CENI ont d’ailleurs démissionné peu de temps avant l’annonce de la victoire d’Alpha Condé au premier tour. La Chine, dont les entreprises sont très présentes dans le secteur minier, n’a pas eu cette réserve et a félicité le vainqueur.

Alpha Condé est donc arrivé à ses fins, mais à quel prix ? Les résultats de la présidentielle montrent une Guinée toujours autant et dangereusement polarisée. Le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d’Alpha Condé ou l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de son principal concurrent, Cellou Dalein Diallo, recrutent essentiellement sur des bases communautaires et régionales. En dix années de pouvoir, non seulement le président ne sera pas parvenu à transcender ces clivages, mais il en joue. Ce fut le cas durant la campagne, lorsqu’il a agité la menace d’une « alliance peule » entre les présidents nigérian et sénégalais, Muhammadu Buhari et Macky Sall, pour porter « leur frère » Cellou Dalein Diallo à la présidence.

Celui-ci a donc manqué son objectif pour la troisième fois de suite, de nouveau battu par Alpha Condé (avec respectivement 34 % et 59 % des voix). Comme en 2010. Comme en 2015. Cette année encore, le scrutin est entaché de soupçons de fraude et de violences meurtrières. Plusieurs dizaines d’opposants au troisième mandat ont été tués en marge des manifestations, dans les mois précédant ou les jours suivant le vote, par les forces de l’ordre. Ces dernières ont également payé un lourd tribut, avec huit morts. Absente du Parlement après avoir décidé de boycotter les législatives de mars, l’opposition conduite par l’UFDG n’a plus que la rue pour se faire entendre. Cellou Dalein Diallo a promis d’en user. Jusque dans l’entourage du président, on s’inquiète de ces violences et de la capacité d’Alpha Condé à ouvrir un jeu politique singulièrement verrouillé.

Dans les couloirs du palais Sékhoutouréya, on commence également, à voix basse, à évoquer un autre risque. La candidature d’Alpha Condé n’a pas fait l’unanimité dans son propre parti. On lui rappelle aujourd’hui le slogan que l’ancien opposant lançait à la face de Lansana Conté lorsque, usé et vieillissant, le général refusait de passer la main. « Le poisson pourrit par la tête », disait alors Alpha Condé pour décrire un système en bout de course, miné par la « médiocratie » et la corruption. Certains redoutent de voir resurgir le spectre de Lansana Conté alors que son successeur entrera le 4 mars prochain dans sa 84e année.

Le monde

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Kindia : un conflit domanial vire au drame

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Une personne a été tuée dans des affrontements entre des habitants de deux villages (Gnèguèyah dans le district de Sékhoussoriyah et de Modouyah dans le district Dar-es-Salam)  autour du contrôle d’un domaine agricole dont ils se disputent la paternité depuis plusieurs années.

Le drame a eu lieu ce 28 juin 22, dans la commune rurale de Madina-Oula dans la région de Kindia.

Plusieurs personnes ont été également blessées par balles. Elles ont été transportées à l’hôpital régional de Kindia pour des soins.

Les violences ont éclaté dans la journée aux environs de 15 heures. Mais finalement,  le calme est revenu après l’intervention des forces de sécurité.

Par Guinee28

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Lituanie : Amnesty International dénonce l’abandon des migrants, dont Sékou guinéen, dans les centres de détention

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Amnesty international a dénoncé les terribles conditions de vie des migrants enfermés dans les centres de détention en Lituanie. Dans son dernier rapport publié lundi 27 juin, l’ONG explique qu’ils sont soumis à des emprisonnements arbitraires, des violences et des procédures administratives qui n'aboutissent jamais, les milliers d'exilés actuellement enfermés dans le pays croupissent dans des prisons sans aucune information sur leur avenir. "De quoi devenir fou", affirme Sékou, un migrant guinéen retenu dans le centre de Pabradé.

Les conclusions sont accablantes. L’ONG  qui a envoyé une délégation du mois de novembre 2021 au mois de mai 2022, relève que les milliers de migrants entrés dans le pays depuis la Biélorussie voisine, "sont détenus dans des conditions sordides […] privés d’accès à une procédure d’asile équitable et soumis à de graves violations des droits humains". "De nombreuses personnes ont dit avoir été battues, insultées et soumises par des gardiens à un harcèlement et à des intimidations motivées par la haine raciale", peut-on lire dans le communiqué d’Amnesty.

Contacté par infoMigrants,  Sékou, un migrant guinéen en détention depuis  bientôt un an dans le centre de Pabradé, explique sa situation. "Je suis toujours là, enfermé. Le 3 juillet, ça fera douze mois que je survis ici, dans un conteneur",  confie-t-il, sans avoir jamais reçu une seule information sur une possible libération. "On ne nous dit rien, absolument rien. C'est à devenir fou...", regrette-t-il.

Par Mariam Bâ

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CEDEAO : deux millions de dollars pour accélérer les réformes du secteur de l’électricité

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ABIDJAN, Côte d'Ivoire, 28 juin 2022/ Le Conseil d’administration du Fonds africain de développement a approuvé, vendredi 24 juin 2022 à Abidjan, un don de deux millions de dollars américains pour une assistance technique visant à accélérer les réformes du secteur de l’électricité au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Ce don du Fonds africain de développement – le guichet concessionnel du Groupe de la Banque africaine de développement (www.AfDB.org) – est destiné à l'Autorité régionale de régulation de l'électricité de la CEDEAO. L'objectif ultime est de stimuler le commerce transfrontalier de l'électricité et d'améliorer l'accès à l'énergie dans les 15 pays de la région.

Le projet comporte cinq composantes : la première englobe les règlements et les indicateurs clés de performance du rapport phare de la Banque africaine de développement sur l'indice de réglementation de l'électricité pour l'Afrique que doit adopter l’Autorité de régulation régionale du secteur de l’électricité de la Communauté pour qu’ils soient appliqués dans les pays membres de façon uniforme. Dans le cadre de cette composante, le projet renforcera les capacités des pays membres pour la collecte et la communication de ces indicateurs sur une plateforme commune.

La deuxième composante consistera à mener une étude - en tenant compte des sexo-spécificités - afin d’actualiser l’analyse comparative des tarifs de l’électricité et de leurs facteurs sous-jacents tout au long de la chaîne de valeur du secteur de l'électricité au sein de la CEDEAO.

Le troisième volet consiste à développer un système centralisé de gestion de base de données, où seront collectées les données et toutes informations pertinentes sur l’énergie provenant des pays membres, avant qu’elles ne soient stockées et diffusées sur une plateforme numérique commune.

Une étude est prévue dans le cadre du quatrième volet, afin d’évaluer et d’identifier les goulots d'étranglement et les risques du projet dans les pays membres de la CEDEAO et recommandera une approche cohérente pour éliminer progressivement les obstacles pour l'investissement dans le secteur de l’énergie électrique à chaque étape, avant et après l’instauration du marché régional de l'électricité de la CEDEAO.

Enfin, la cinquième et dernière composante est axé sur la gestion du programme et le renforcement des capacités.  Ces actions seront cofinancées avec l'Autorité régionale de régulation de l'électricité. Toutes les composantes du projet prendront en compte les données sexospécifiques.

« À terme, ce projet va faciliter le commerce régional de l’électricité et contribuer à améliorer l’accès à l’électricité », assure Solomon Sarpong, chef d’équipe du projet à la Banque africaine de développement. « Il va s’attaquer aux principales causes de la fragilité, comme les goulets d’étranglement au niveau des infrastructures, le chômage des jeunes, les défis environnementaux, les inégalités entre les sexes et le déséquilibre du développement régional ».

Créée le 28 mai 1975 avec le Traité de Lagos, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest est une organisation régionale qui promeut l’intégration économique dans tous les secteurs d’activité des pays membres. Elle compte quinze pays membres : Bénin, Burkina Faso, Cabo Verde, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo. Couvrant environ 6,1 millions de km2, la CEDEAO compte une population estimée à 360 millions d’habitants.

Guinee28

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