Le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a requis une interdiction de sortie du territoire national visant plusieurs dizaines de personnes, dont d’anciens hauts responsables et des exploitants miniers, dans la préfecture de Siguiri. Cette mesure, adressée au commissaire de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré et à la Direction générale de la Police de l’air et des frontières, vise à empêcher la fuite des mis en cause, dont le maintien en Guinée est jugé par le parquet indispensable « pour les besoins de la procédure en cours ».
L’enquête judiciaire cible un vaste réseau accusé de graves atteintes à l’environnement, de corruption d’agents publics, de blanchiment de capitaux et d’enrichissement illicite liés à l’exploitation minière clandestine.
Parmi les dizaines de personnes visées par cette restriction de mouvement figurent d’anciens hauts responsables de l’administration territoriale, dont le colonel Sékou Seny Silver Camara, ancien préfet de Siguiri, l’ex-secrétaire général de la préfecture Amara Kaba, ainsi que plusieurs sous-préfets. Les investigations s’étendent également au plus haut niveau de l’administration des mines, impliquant le directeur national des Mines, Ousmane Kaba, son adjoint Moustapha Camara, de même que de nombreux agents des services des Eaux et Forêts, dont certains avaient déjà été suspendus par une décision du ministère de l’Environnement datée du 15 juin 2026.
Outre les autorités administratives, le parquet spécial de la CRIEF a élargi ses poursuites aux acteurs directs de l’exploitation clandestine sur le terrain. De nombreux opérateurs miniers, ingénieurs géologues, démarcheurs locaux et présumés exploitants opérant dans de multiples districts aurifères sont frappés par cette interdiction de voyager. Trois ressortissants chinois résidant à Siguiri — Li Dai Tuan, Teying Liang et Yi Qin — figurent également sur cette liste nominative. À travers cette offensive judiciaire, la CRIEF entend faire toute la lumière sur un système organisé ayant entraîné, selon le dossier d’accusation, une dégradation massive des écosystèmes, des cours d’eau et des terres agricoles de la région.
Une mesure consécutive au maintien illégal des pelles mécaniques sur les sites aurifères
Cette interdiction de voyager intervient prés d’un mois après la vague de suspensions prononcée le 12 juin dernier contre l’ancien préfet, ses principaux collaborateurs, dix sous-préfets et 139 fonctionnaires de l’environnement. Selon la note de suspension, il est reproché à ces cadres de l’administration locale « la poursuite des activités d’exploitation minière artisanale à l’aide de machines « poclain » en violation du communiqué conjoint du 13 mars 2026 interdisant formellement l’usage de ces engins dans les activités minières artisanales ».
L’action de l’exécutif et de la justice a été déclenchée par les rapports de plusieurs missions d’inspection dépêchées sur place. Ces dernières ont dressé un constat sans appel : malgré l’interdiction gouvernementale, les machines destructrices opéraient toujours en grand nombre, au vu et au su des autorités déconcentrées.
Pour mener les investigations, un pool d’enquêteurs conduit par la direction régionale de la police de Kankan a été immédiatement constitué et travaille sous la supervision de la CRIEF.
Par Alpha Abdoulaye Diallo


