Moins d’une semaine après leur suspension survenue le 12 juin dernier, l’ancien préfet de Siguiri, le Colonel Sény Sylver Camara, ainsi que ses principaux collaborateurs font désormais l’objet de poursuites judiciaires formelles. Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a annoncé l’ouverture de cette procédure pénale qui vise également Amara Kaba, ex-secrétaire général de la préfecture, Mamoudou Kouyaté, ex-chef de cabinet, et Fatoumata Binta Sow, ex-directrice préfectorale de l’Administration du territoire et de la décentralisation. L’action de la justice s’élargit par ailleurs aux dix sous-préfets relevés de leurs fonctions, ainsi qu’aux 139 autres fonctionnaires de l’environnement également suspendus dans la préfecture.
L’initiative de cette procédure judiciaire est directement dictée par la dégradation accélérée de l’environnement dans la région. Selon les précisions consignées dans la note de suspension, il est reproché aux fonctionnaires « La poursuite des activités d’exploitation minière artisanale à l’aide de machines “poclain” en violation du communiqué conjoint du 13 mars 2026 interdisant formellement l’usage de de ces engins dans les activités minières artisanales ».
Lors d’une intervention télévisée officielle, le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a levé le voile sur les raisons de ces sanctions massives en expliquant que l’interdiction gouvernementale des pelles mécaniques était restée lettre morte sur le terrain. L’exécutif est passé à l’action après avoir dépêché des missions d’inspection sur place, dont les rapports ont dressé un constat sans appel : les machines destructrices opéraient toujours en grand nombre au vu et au su de l’administration locale.
Pour mener à bien les investigations, un pool d’enquêteurs conduit par la direction régionale de police de Kankan a été immédiatement constitué. Ce groupe travaille sous la direction du procureur spécial Alphonse Charles Wright, en étroite collaboration avec le parquet général et les parquets d’instance de Kankan.
Dans son intervention, le porte-parole du gouvernement avait précisé qu’il s’agit pour le moment de « mesures conservatoires » et prévenait que « des enquêtes administratives se poursuivent pour situer les responsabilités dans cette situation ».
Ousmane Gaoual Diallo a toutefois tenu à rassurer la population locale en soulignant qu’il ne s’agit nullement d’interdire l’orpaillage artisanal traditionnel, dont vivent des centaines de milliers de personnes, mais de mieux l’encadrer pour en limiter les impacts écologiques.
Par Mariam Bâ


