Une enquête judiciaire a été ouverte ce mardi 7 juillet 2026 en Guinée par le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) concernant des faits présumés de détournement de deniers publics portant sur un montant de 43 milliards de francs guinéens, impliquant plusieurs cadres et responsables du Conseil national de la transition (CNT). Selon les informations rapportées par le média Mediaguinée, le procureur spécial Alphonse Charles Wright a formellement saisi l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), la Police judiciaire et les Services spéciaux de la Présidence pour enquêter sur des soupçons de « détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, blanchiment de capitaux, enrichissement illicite, faux et usage de faux en écritures publiques et privées et complicité ».
Les investigations ciblent particulièrement le secrétaire général de l’institution, Aboubacar Camara, ainsi que plusieurs directeurs centraux de l’administration parlementaire (finances, ressources humaines, affaires juridiques, communication, etc.).
D’après le signalement initial, l’affaire découle de la répartition de ces 43 milliards de francs guinéens, ordonnée par un courrier de l’ancien président du CNT, Dr Dansa Kourouma. Cette somme a été divisée en deux parts : 40,5 milliards de francs guinéens destinés à payer une prime de séparation aux 81 conseillers nationaux (soit 500 millions de GNF chacun), et 2,5 milliards de francs guinéens alloués sous forme de prime spéciale pour récompenser certains travailleurs de l’administration parlementaire.
Enquête de la CRIEF et ligne de défense du CNT
En réaction, le Conseil National de la Transition a fermement démenti toute infraction pénale à travers une déclaration officielle, qualifiant les accusations de « présentation partielle des faits ». L’institution explique que ces fonds correspondent à une « décision institutionnelle » actée par la Conférence des Présidents en avril 2026 pour marquer la fin progressive de leur mandat.
Selon le CNT, ces crédits ont été intégrés à la Loi de finances initiale 2026 et payés par la Banque centrale, constituant ainsi une « dépense publique régulièrement prévue, autorisée, exécutée et retracée dans les procédures financières de l’État ».
L’organe législatif assure par ailleurs qu’« aucun responsable administratif […] n’a disposé de ces fonds pour les gérer librement, les détourner ou en faire un usage personnel », ajoutant que la contestation autour des 2,5 milliards alloués aux travailleurs relève uniquement d’un « désaccord sur les critères de sélection de certains bénéficiaires » et non d’une fraude.
Ce différend a d’ailleurs provoqué de vives tensions en début de semaine, les travailleurs parlementaires ayant refusé d’occuper leurs bureaux en signe de protestation au Palais du peuple. Selon une manifestante interrogée par avenirguinée sur place, le climat social au sein de l’institution s’est fortement dégradé : « Nous subissons le favoritisme du Dr Dansa Kourouma, qui a bloqué nos primes. De plus, il tente d’intégrer ses proches qui ne font pas partie de nos effectifs. Nous voyons des personnes être embauchées alors qu’elles n’ont jamais été stagiaires ici, et elles perçoivent de l’argent. Pendant ce temps, plusieurs d’entre nous cumulent une longue ancienneté sans salaire décent. Nous voulons que cela cesse, nous ne voulons plus de lui. »
Quelques heures après ce débrayage, le bureau syndical de l’administration parlementaire et les autorités de l’institution ont amorcé un règlement de crise. Une assemblée générale, consacrée à ce que les syndicalistes qualifient d’« injustice », a débouché sur l’ouverture de négociations entre les parties. À l’issue des discussions avec le secrétaire général, son équipe et la première vice-présidente, l’apaisement semblait de mise.
Indignation politique et exigence d’un audit indépendant
La classe politique s’est rapidement saisie de cette crise. Interrogé par Africaguinee, le président du Bloc Libéral et futur député de la 10ème législature, Dr Faya Millimouno, a dénoncé l’opacité de l’opération, s’interrogeant sur la légalité contractuelle d’une telle prime de sortie. « Tel que nous comprenons les choses, ça a été something de conçu sur le dos du peuple », a-t-il affirmé.
Qualifiant le CNT de « boîte à argent » au cours de ses quatre années et demie d’existence, le leader politique a réclamé un audit indépendant et exhorté la CRIEF à approfondir l’enquête. « On ne peut pas, au moment où les Guinéens sont en train de tirer le diable par la queue, procéder à la distribution d’argent comme ça, comme des cacahuètes », a-t-il conclu, menaçant d’initier une commission d’enquête parlementaire dès l’installation de la nouvelle Assemblée si la lumière n’est pas faite sur la gestion financière de la transition.
Par Alpha Abdoulaye Diallo


