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Nous aussi, nous voulons avancer dans le jeu

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guinee28 • 3 min de lecture

Il y a des phrases qui dépassent la musique pour devenir des mots de ralliement.« Nous aussi, nous voulons avancer dans le jeu » n’est pas un refrain : c’est un constat, une supplique, presque une accusation. En Guinée, cette parole résonne comme le cri étouffé des intellectuels relégués aux marges de leur propre pays.

Cette phrase, tirée de la chanson « L’Argent » de mon ami  Djeour Cissoko, fils du roi de la Kora Soundjoulou Cissoko, porte en elle une douleur ancienne. Une douleur que la Guinée connaît trop bien mais qu’elle refuse de regarder en face. Car de quel jeu parle-t-on, sinon de celui de la reconnaissance, de la dignité, de la place légitime dans la cité ?

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Et qui sont ceux à qui l’on répète, jour après jour, qu’ils ne maîtrisent pas les règles, qu’ils parlent trop, qu’ils pensent mal, qu’ils dérangent ?

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En République de Guinée, les intellectuels, les penseurs, les porteurs de lumière vivent une étrange mise à l’écart. Ils observent une société qu’ils ont étudiée, aimée, analysée, parfois servie au prix de leur confort, et qui pourtant les traite comme des corps étrangers. Ils ne comprennent plus les mécanismes réels du pouvoir, car ceux-ci ne répondent ni à la compétence, ni à l’éthique, ni même à la cohérence. Ici, le mérite n’est pas une clé. La pensée critique n’est pas une valeur. La parole libre est suspecte. Le jeu est biaisé, mais personne ne veut l’admettre.

L’organisme social guinéen fonctionne comme une machine sournoise : il absorbe les talents sans jamais les nourrir, il applaudit la médiocrité docile et étouffe les esprits indépendants. Il crée des élites d’apparat et laisse sur le bas-côté ceux qui pourraient éclairer la route commune.

Alors la frustration grandit. Silencieuse. Profonde. Amère. Ce n’est pas une frustration de l’argent seul, même si l’argent reste le nerf de toutes les humiliations, mais une frustration existentielle : celle de ne pas compter, de ne pas être écouté, de ne pas être utile à son propre pays.

« Nous aussi, nous voulons avancer dans le jeu. » Cela veut dire : nous voulons comprendre les règles. Cela veut dire : nous voulons une chance équitable. Cela veut dire surtout : nous refusons d’être condamnés à l’invisibilité.  Ce cri est un appel à la conscience nationale.

Un pays qui marginalise ses intellectuels prépare son propre aveuglement. Un pays qui méprise ses lumières choisit volontairement l’obscurité.

La Guinée doit cesser d’avoir peur de ceux qui pensent. Car penser n’est pas trahir. Penser, c’est aimer autrement. Penser, c’est vouloir réparer.

Cette tribune est une main frappée contre la porte des consciences. Elle demande peu : de la justice symbolique, de la considération, un espace où avancer sans se renier.

Nous aussi, oui, nous voulons avancer dans le jeu. Mais encore faut-il que le jeu cesse d’être une mascarade.

Par Mohamed Salifou Keita

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