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Gré à gré, conflits d’intérêts et 100 milliards de pertes : la Crief ouvre une enquête contre la Pharmacie Centrale

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guinee28 • 3 min de lecture

Un gouffre financier de plus de 100 milliards de GNF, 85 milliards de médicaments détériorés ou périmés et des soupçons répétés de favoritisme : la gestion de la Pharmacie centrale de Guinée se retrouve au cœur d’une vaste procédure judiciaire. Sur instruction du procureur spécial Alphonse Charles Wright du 14 octobre 2026, l’ORDEF est désormais chargé de faire la lumière sur une cascade d’irrégularités qui accablerait la direction de l’établissement public.

Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a ordonné le 14 octobre 2026 à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) d’ouvrir une enquête approfondie sur la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA), suite à une saisine de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG). Cette procédure judiciaire vise à élucider de présumés détournements de deniers publics, des violations des règles de passation des marchés publics, des conflits d’intérêts et de graves dysfonctionnements financiers et logistiques au sein de cette société publique chargée de l’approvisionnement national en médicaments et produits de santé.

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L’élément déclencheur de cette instruction repose sur la dégradation financière spectaculaire enregistrée par la PCG-SA en 2025, marquée par une perte nette de 100,68 milliards de francs guinéens contre un bénéfice de 2,8 milliards en 2024, un retournement principalement imputable à une marge commerciale négative de 62,23 milliards GNF et à des stocks de médicaments périmés ou détériorés.

Selon un inventaire réalisé par l’ANLC-PBG entre le 15 février et le 17 mars 2026, ces pertes de stocks s’élèvent à 85,67 milliards GNF au prix de vente, avec en tête la kétamine (24,15 milliards GNF), les antibiotiques et les produits cardiovasculaires, en plus de livraisons concentrées sur cinq fournisseurs principaux (Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex) sur la période 2022-2023.

L’enquête de l’ORDEF ciblera également de multiples anomalies constatées dans la gestion administrative et contractuelle de l’entreprise publique, notamment le recours systématique entre 2021 et 2022 à des marchés de gré à gré conclus sans mise en concurrence ni aval du ministère des Finances, la réception de lots non conformes à la durée de vie réglementaire, des soupçons de surfacturation sur un entrepôt à Boké évalué à 8,9 milliards GNF, ainsi qu’un virement non justifié de 75 milliards GNF du ministère de la Santé pour des kits sanitaires. À cela s’ajoutent des créances massives de 46,6 milliards GNF détenues sur le seul ministère de la Santé et un délai moyen de règlement des fournisseurs ayant dépassé 1 000 jours en 2025.

Les investigations devront en outre faire la lumière sur de potentiels conflits d’intérêts impliquant les directeurs généraux successifs de la PCG-SA, qui auraient été propriétaires de pharmacies privées concurrentes pendant l’exercice de leurs fonctions, ainsi que sur des défaillances de traçabilité et de stockage constatées notamment sur le site de Manéah où des produits périmés étaient entreposés à l’air libre.

Pour établir les responsabilités individuelles et pénales, l’ORDEF s’appuiera sur l’exploitation des contrats, registres de stocks et procès-verbaux, complétant ainsi les auditions déjà menées par l’ANLC-PBG auprès des anciens dirigeants, acheteurs et responsables logistiques depuis 2020.

Par Guinee28

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