Ce jeudi 2 juillet 2026, la Chambre spéciale d’appel de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a condamné l’ancien Premier ministre guinéen, Dr Ibrahima Kassory Fofana, incarcéré depuis avril 2022, à 3 ans et 9 mois d’emprisonnement ferme pour enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, entraînant l’annonce immédiate d’un pourvoi en cassation par sa défense devant la Cour suprême.
Par cette décision, la juridiction a réduit la peine de 5 ans de prison ferme prononcée en première instance. Toutefois, la CRIEF a maintenu des sanctions financières lourdes, imposant une amende de 2 milliards de francs guinéens, le paiement de 3 milliards de francs guinéens de dommages et intérêts à l’État guinéen, ainsi que la confiscation de ses biens mobiliers, immobiliers et de ses comptes bancaires.
Bien que la Cour ait déclaré Dr Kassory Fofana non-coupable des faits de détournement de deniers publics portant sur 15 milliards de francs guinéens, elle l’a condamné, dans le même arrêt, au remboursement de cette même somme à titre principal. Cette situation constitue la principale raison motivant la défense à contester la décision.
S’exprimant au nom de ses pairs, Maître Sidiki Bérété, avocat de l’ancien Premier ministre, a dénoncé les contradictions de ce jugement. « Kassory est déclaré non coupable de détournement de deniers publics portant sur la somme de 15 milliards.
Pourtant, au niveau du dispositif, on le condamne à payer ce même montant à titre principal. Vous le déclarez non coupable de détournement, mais la Cour reconnaît qu’à ce jour, sur ce même montant, 12 milliards se trouvent à la Banque centrale et 3 milliards ont été alloués à l’ANIES. Comment peut-on alors le condamner au paiement de ce même montant ? », s’est interrogé l’avocat face aux observations de la Cour.
Si le ministère public et la partie civile ont salué une décision qu’ils jugent conforme au droit, la défense estime, pour sa part, que les charges d’enrichissement illicite n’ont pas été légalement prouvées.
Contestant l’origine frauduleuse des avoirs de son client, Me Bérété a souligné qu’aucune traçabilité démontrant que les fonds saisis provenaient des caisses de l’État n’avait été établie. « C’est le verre à moitié plein. Le juge n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout », a-t-il déclaré. L’avocat a rappelé que l’ancien chef du gouvernement, ayant servi l’État durant près de 40 ans, bénéficiait de fonds de souveraineté largement supérieurs aux montants reprochés. « Même si la peine a été aménagée, nous croyons fermement à l’innocence de notre client. C’est à tort qu’on l’a retenu dans les liens de la culpabilité pour enrichissement illicite », a affirmé Me Sidiki Bérété.
Estimant que la décision n’est pas fondée en droit, la défense a confirmé son recours imminent devant la plus haute juridiction, l’avocat concluant : « En matière pénale, ce recours produit un effet suspensif sur les peines concernées, notamment celles relatives aux confiscations. Nous accomplirons notre devoir d’avocats et continuerons de défendre l’innocence de notre client ».
Par I.Sylla


