Deux migrants guinéens ont alerté mercredi la rédaction d’InfoMigrants sur la dégradation critique de leurs conditions de sécurité, illustrant la détresse et l’angoisse quotidienne des migrants face à une hostilité croissante en Libye. À Tripoli, Ibrahim, un Guinéen de 24 ans s’exprimant sous un nom d’emprunt pour sa sécurité, a affirmé qu’« il y a une véritable chasse aux Noirs en ce moment en Libye », expliquant être contraint de se terrer dans son appartement. À Zaouïa, Bintou, une mère guinéenne de 22 ans d’un enfant de 10 mois qui utilise également un pseudonyme pour se protéger, a confié sa détresse au même média en décrivant un danger permanent qui l’empêche de quitter son logement : « J’ai trop peur, je ne sors plus de chez moi. On peut se faire agresser dans la rue par des jeunes Libyens, kidnappés par des gangs, ou interpeller par la police de l’immigration qui rentre aussi dans nos maisons », ajoutant à plusieurs reprises : « J’ai peur, on est en danger ici ».
Le lendemain, jeudi, cette crise de sécurité s’est intensifiée lors de manifestations où la population locale a fait l’amalgame entre les migrants sans papiers et les réfugiés bénéficiant d’une protection administrative, dont une majorité de Soudanais ayant fui la guerre civile. Concernant ces derniers, le ministre de l’Intérieur libyen, Imad Trabelsi, avait pourtant annoncé en décembre un traitement différencié, assurant qu’ils bénéficieraient d’un « accès aux soins et aux écoles ».
Ce contexte d’amalgame et de tensions a été alimenté par de fausses rumeurs, poussant la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) à publier un communiqué officiel jeudi soir. L’institution s’est dite « préoccupée par la diffusion de fausses informations et de discours de haine concernant le travail de l’ONU en Libye, qui ont contribué à exacerber les tensions et à inciter à la violence contre le personnel de l’ONU ». La Manul a formellement démenti toute opération humanitaire de ce type en réaffirmant « qu’aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation » dans le pays, qualifiant les rumeurs de « catégoriquement fausses ».
L’ensemble de ces violences et de ces interpellations s’inscrit dans un contexte migratoire global où, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 900 000 migrants et réfugiés étaient recensés en Libye à la mi-2024. Ces opérations font suite à une violente campagne de désinformation contre les exilés sur les réseaux sociaux libyens, où des publications appellent explicitement à « tuer » les Subsahariens, un post Facebook affirmant notamment que « chaque région doit tuer 1 000 Africains. À la fin du mois, le pays en sera débarrassé », rapporte InfoMigrants, témoignant de l’ampleur de l’inquiétude sur le terrain.
Face à cette situation, une source humanitaire assure qu’« on assiste à des discours de haine et des incitations à la violence. Ce n’est pas nouveau, mais cela s’est intensifié ces derniers jours. Le débat s’est enflammé ». Ibrahim, qui a fui en 2025 la Tunisie voisine, alors que les violences envers les exilés y sont montées d’un cran sous le régime du président Kaïs Saïed, établit un parallèle direct avec son parcours en expliquant qu’« ils accusent les migrants d’être source d’insécurité, comme en Tunisie ». Le jeune homme conclut en soulignant l’incompréhension des communautés visées face à ces amalgames : « On ne comprend pas, les migrants sont victimes d’exactions en Libye, ils ne sont pas mêlés à des actes criminels ».
Par I.Sylla


