Dans les colonnes de la Loi de finances initiale (LFI) 2026, un chiffre cristallise à lui seul les déséquilibres de notre économie : 3 000 milliards de francs guinéens. C’est le montant de la subvention que l’État va de nouveau injecter dans les caisses d’Électricité de Guinée (EDG). Un montant astronomique qui soulève une question de fond : comment une entreprise à caractère commercial peut-elle devenir le premier poste de dépense « passif » de la nation ?
Une entité commerciale qui ignore les lois du marché
Sur le papier, EDG est une société commerciale. À ce titre, sa viabilité devrait reposer sur l’équilibre entre ses coûts de production et son chiffre d’affaires. Or, la réalité comptable décrite par le budget 2026 est celle d’un échec industriel permanent. En absorbant près d’un tiers des dépenses d’investissement de l’État, EDG n’agit plus comme un opérateur économique, mais comme une administration de transfert, incapable de s’autofinancer malgré les investissements massifs dans les barrages hydroélectriques.
L’argument du « social » a bon dos. Si l’État justifie ces 3 000 milliards par la volonté de ne pas augmenter le prix du kilowattheure, cette stratégie masque mal l’absence de réformes structurelles au sein de l’entreprise. En tant qu’entité commerciale, EDG devrait être jugée sur ses indicateurs de performance : taux de recouvrement, réduction des pertes techniques et optimisation de la facturation. Au lieu de cela, la LFI 2026 entérine une forme de démission managériale où le contribuable est sommé de combler, sans fin, les lacunes d’une gestion défaillante.
Un hold-up sur l’investissement productif
Le paradoxe est saisissant. Alors que la Guinée cherche à mobiliser 9 486,91 milliards pour des projets structurants (infrastructures, agriculture, programme Simandou 2040), près d’un tiers de cette puissance financière est détourné pour éponger les pertes d’une seule entreprise.
Maintenir une entreprise commerciale sous une telle perfusion ne relève plus de la stratégie économique, mais de la perfusion de survie. Tant que le cordon ombilical avec le Trésor public ne sera pas coupé au profit d’une véritable rigueur commerciale, EDG restera ce « trou noir » budgétaire qui freine l’élan de tout un pays.
Par Guinee28


