En Guinée, l’opposant politique Faya Millimouno a vivement dénoncé, dans une tribune récente, les déclarations du ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, qui a publiquement souhaité voir le président Mamadi Doumbouya conserver le pouvoir pendant plus de vingt-six ans. Selon l’auteur, cette prise de position officielle remet gravement en cause les principes fondamentaux de la République, notamment l’alternance démocratique et la limitation des mandats.
Analysant la sortie du ministre, Dr Millimouno estime que ce dernier n’a pas simplement exprimé un souhait personnel. « Il a remis au premier plan une vieille maladie politique guinéenne : celle qui consiste à substituer le destin d’un homme au destin de la République », écrit-il, s’interrogeant sur la validité et l’utilité des textes fondateurs : « Que devient le principe constitutionnel de l’alternance ? Que deviennent les dispositions qui limitent le nombre de mandats présidentiels ? ».
Pour expliquer ce phénomène, le responsable politique s’appuie sur l’histoire de la Guinée sous les présidences d’Ahmed Sékou Touré, de Lansana Conté et d’Alpha Condé. À chaque époque, souligne-t-il, les institutions ont été sacrifiées au profit de la personnalisation du pouvoir, une dynamique farouchement entretenue par un entourage politique complaisant. « Le véritable danger réside dans la permanence d’une catégorie d’acteurs politiques qui, génération après génération, substituent le culte de la personnalité à la culture constitutionnelle », affirme-t-il dans sa tribune.
Rappelant que les limitations de mandat constituent la garantie de la stabilité d’un pays et que le pouvoir appartient au peuple souverain, Dr Millimouno invite la classe politique guinéenne à défendre la Constitution avant les hommes.
Il conclut son plaidoyer en rappelant que « les nations qui entrent durablement dans l’Histoire ne sont pas celles qui fabriquent des présidents à vie. Ce sont celles qui bâtissent des institutions qui vivent plus longtemps que tous les présidents ».
Par Mariam Bâ


