Mercredi 20 mai au matin, les États-Unis ont expulsé un premier groupe de neuf migrants ouest-africains (sept hommes et deux femmes) vers la Sierra Leone, après l’atterrissage de leur avion à l’aéroport international de Lungi, en périphérie de Freetown, selon les constatations d’un journaliste de l’AFP. D’après Reuters et les autorités locales, ces ressortissants sont originaires du Nigeria, du Ghana, de Guinée et du Sénégal.
Si le gouvernement sierra-léonais avait initialement annoncé l’arrivée de 25 personnes, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Timothy Musa Kabba, a rectifié le bilan auprès de l’AFP : « Nous avons reçu ce matin neuf personnes expulsées des États-Unis ».
Doris Bah, une responsable du ministère de la Santé présente sur place, a précisé à l’AFP que ces personnes sont « traumatisées par les mois passés enchaînés pendant leur détention aux États-Unis ». Elle a ajouté que « certaines personnes expulsées ont été arrêtées dans la rue ou sur leur lieu de travail, tandis qu’une autre a été arrêtée pendant qu’elle jouait au football aux États-Unis ». Pris en charge à leur sortie de l’aéroport par la police locale, les migrants ont été installés dans un hôtel.
Cette opération s’inscrit dans le cadre du « Third Country National Agreement » (TNCA), un accord sur les ressortissants de pays tiers conclu entre Washington et Freetown. Ce dispositif, qualifié de « temporaire et humanitaire » par les autorités sierra-léonaises, vise à faire de la Sierra Leone un point de transit pour les expulsés en situation irrégulière aux États-Unis.
D’après les documents du ministère des Affaires étrangères consultés par l’AFP, le programme prévoit un plafond de 25 personnes par mois, soit un maximum de 300 migrants par an, exclusivement issus de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Timothy Musa Kabba a justifié cette démarche à l’AFP en expliquant : « Nous accueillons ces personnes expulsées car elles sont originaires d’Afrique de l’Ouest et certaines possèdent des titres de séjour sierra-léonais obtenus il y a de nombreuses années ».
Les versions diffèrent cependant sur la durée du séjour : les documents officiels et Mme Bah évoquent un départ vers les pays d’origine « d’ici deux semaines » (jusqu’à 30 jours exceptionnellement), tandis que le ministre a affirmé qu’ils « ont le droit de rester dans le pays pendant 90 jours ».
Pour financer ce mécanisme, le département d’État américain — qui a qualifié le renvoi des migrants de « priorité absolue » sans préciser les raisons du choix de ce pays — alloue une enveloppe de 1,5 million de dollars (1,3 million d’euros). Cette somme doit couvrir l’accueil, l’hébergement et le rapatriement afin qu’aucun argent public sierra-léonais ne soit utilisé. Avec cet accord, la Sierra Leone rejoint une liste de nations africaines (Guinée équatoriale, Ghana, Rwanda, Soudan du Sud, Cameroun, Eswatini, République démocratique du Congo) ayant accepté de recevoir des expulsés de l’administration américaine en échange d’un appui financier ou logistique.
Ce dispositif suscite de vives critiques au sein de l’opinion publique et de la société civile sierra-léonaise, qui dénoncent un manque de transparence et s’interrogent sur la capacité de ce pays pauvre à gérer cet accueil dans un contexte économique difficile. Les réserves dépassent les frontières locales, puisque l’ONG Human Rights Watch a estimé en septembre que ces expulsions américaines basées sur « d’accords opaques » violaient le droit international et devaient être rejetées.
Par Alpha Abadoulaye Diallo


