Ce dimanche 31 mai, les Guinéens sont aux urnes pour lire leurs députés et leurs maires pour les cinq prochaines années. Un rendez-vous démocratique majeur censé acter définitivement le retour à l’ordre constitutionnel, mais qui, dans les faits, s’est ouvert dans une ambiance particulièrement morose, plombée par des couacs logistiques à répétition et un désintérêt flagrant des électeurs.
Dans la préfecture de Coyah comme dans le reste du pays, le calme plat l’a emporté sur l’effervescence. En cause ? Une impréparation technique criante. Un peu partout, les présidents de bureaux ont dû composer avec les moyens du bord, déplorant l’absence de fiches de résultats, de formulaires de dérogation ou d’encre indélébile.
À l’école franco-arabe de Somayah, le vote n’a pu débuter qu’avec retard. ‘’Nous avons ouvert les bureaux à 7h45. Nous avons accusé un petit retard à cause du manque d’encre indélébile et de quelques autres éléments indispensables au démarrage du vote. Pour l’instant, l’affluence reste faible, les électeurs arrivent au compte-gouttes’’, relate Kékoura Condé, responsable du bureau n°4, qui positive malgré tout en soulignant la régularité des procédures : ‘’Les délégués des partis étaient présents. Ils ont assisté à l’ouverture des opérations et ont pu vérifier les isoloirs ainsi que les urnes avant le lancement du vote. Tout était conforme et vide comme l’exige la procédure’’.
Même son de cloche, plus amer encore, à la Maison des jeunes de la ville. Yombouno Cheick Aliou, à la tête du bureau n°2, y déplorait des manques impardonnables pour un tel événement : ‘’Les kits électoraux ne sont pas complets. Nous ne disposons pas des documents relatifs aux procurations, aux dérogations, ni des fiches de résultats’’.
Cette désorganisation et cette apathie citoyenne ont trouvé un écho dans toutes les grandes agglomérations. De Kindia, où des agents électoraux erraient à l’aube à la recherche de leur propre bureau, jusqu’à Conakry, en passant par le fief présidentiel de Kankan, les bureaux de vote sont restés désespérément vides une bonne partie de la matinée.
Mais au-delà de l’amateurisme organisationnel, c’est bien le verrouillage politique qui semble avoir vidé les bureaux de vote de leur substance. Ce scrutin s’est en effet tenu dans un paysage politique totalement aride, expurgé de ses forces historiques. En ayant dissous le RPG-Arc-en-ciel, l’UFDG ou encore l’UFR, les nouvelles autorités ont de facto privé des millions d’électeurs de leurs représentants naturels, transformant cette journée électorale en un rendez-vous fade.
Par Alpha Abdoulaye Diallo


