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Opinion

« A les entendre, on a l’impression que la guerre est imminente en Guinée »

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Je viens de lire la déclaration du président de l’Institution Nationale Indépendante des Droits Humains INIDH. J’ai écouté auparavant la déclaration du RPG, des commentaires dans les médias. A les entendre, on a l’impression que la guerre est imminente en Guinée. Jamais depuis le multipartisme intégral en 1992, à l’annonce d’une manifestation, une telle hystérie collective du camp de la mouvance du pouvoir n’a atteint son paroxysme que depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir.
Depuis 2011, à chaque annonce de manifestations dans la rue par l’opposition, le pouvoir décaisse des centaines de millions de nos fonds publics pour organiser une riposte violente avec son cortège de morts, de blessés et de destructions de biens.
Qu’est ce qui empêche les responsables des institutions républicaines, de la société civile, les imams et prélats, voire les médias de dire à Alpha Condé que ses violations de la Constitution et des droits humains sont inacceptables dans notre République? Pourquoi mettre dos à dos celui qui viole notre Constitution et ceux qui revendiquent contre son anti-gouvernance?
Alpha Condé ainsi que de nombreux responsables du pays ont vécu de longues années dans les pays démocratique d’occident. Ils savent donc pertinemment que manifester dans la rue est un acte qui est au cœur de la démocratie, c’est un moyen d’expression légitime du peuple pour exprimer sa colère et sa désapprobation de la politique des gouvernants. Et leur enjeu se situe d’ailleurs, au niveau de l’ampleur de la mobilisation, plus elle est forte, plus il y a de chance qu’elle soit entendue. Et les forces de sécurité sont toujours présentes pour jouer leur rôle républicain et non tuer, blesser et violer leurs propres compatriotes.
Supprimons donc l’article 10 ou ne parlons plus de Constitution, dès lors qu’il n’a aucune valeur et n’est pas respecté par celui qui en est le garant. Pour toutes celles et tous ceux qui s’agitent, les militants de l’opposition ne sont pour eux que du bétail à abattre dont le crime consiste à s’opposer à leur maître. Aucune compassion pour leurs compatriotes victimes de la barbarie de ce pouvoir criminel. Ils ne parlent hypocritement que de paix et de dialogue tout en sachant que ceux qu’ils soutiennent n’ont pas la culture du respect de la parole donnée. Voilà la déchéance morale qui frappe notre pays.
Ils font croire à la masse ignorante que c’est un crime d’appeler au départ du pouvoir un dirigeant élu avant la fin de son mandat, alors que les exemples sont légions dans le monde.
Les Islandais en colère sont descendus dans la rue pour exiger et obtenir la démission de leur Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson qui était cité comme détenteur de comptes offshore dans le scandale des « Panama papers ».Les brésiliens sont descendus plusieurs fois dans la rue pour demander le départ de leur présidente Dilma Rousseff accusée d’avoir maquiller les comptes publics pour pouvoir gagner la présidentielle de 2014.
Les forces de défense et de sécurité doivent respecter les articles 141 et 142 notamment de la Constitution les concernant et ne pas oublier l’article 6 leur interdisant de répondre favorablement à un ordre manifestement illégal.
Quand au RPG, il n’a pas le droit d’empêcher les militants de l’opposition d’exercer leur droit le jour qu’ils ont choisi. Par contre, il a de son côté le droit d’organiser un autre jour une manifestation de soutien au pouvoir. C’est la puissance de la mobilisation des uns et des autres qui montrera qui a le plus de soutien dans la société guinéenne et un thermomètre pour le pouvoir. C’est ça le jeu sain de la démocratie, mais malheureusement pour nous, Alpha Condé nous a prouvé qu’il a confondu 50 ans durant dictature à démocratie.

Par Alpha Saliou Wann