Plus de quarante journalistes burkinabè ont achevé récemment un stage de formation militaire de six jours qualifié d’« immersion patriotique », organisé par le ministère de la Sécurité à l’Académie de police de Pabré, située à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou. Cette obligation inédite, imposée par les autorités militaires au pouvoir aux médias publics et privés, s’inscrit dans le cadre de l’effort de guerre décrété par la junte du capitaine Ibrahim Traoré contre les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique qui frappent le Burkina Faso depuis plus d’une décennie.
Lors de cette formation, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux par la chaîne de télévision publique RTB a montré les quarante-quatre journalistes participants, hommes et femmes, vêtus de treillis militaires et tenant des fusils.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, s’est adressé à eux en leur demandant : « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? ». Placés au garde-à-vous, les journalistes ont répondu en chœur : « Affirmatif ». Le ministre a ensuite précisé : « Un journaliste professionnel qui n’est pas patriote représente une menace pour son pays », ajoutant qu’« un journaliste professionnel et patriote, mais pas engagé, est comme un spectateur passif dans un contexte où s’écrivent les plus belles pages de l’histoire de son pays ».
Selon le gouvernement, et plus particulièrement le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, cette formation vise à « imprégner [les journalistes] des réalités opérationnelles et des valeurs qui guident au quotidien les forces de défense et de sécurité ».
Cette initiative gouvernementale a immédiatement suscité l’inquiétude des organisations de défense de la liberté de la presse. Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), a déclaré vendredi à l’Agence France-Presse (AFP) que « cette initiative est un signal nouveau et très inquiétant pour la liberté de la presse ».
Il a par la suite souligné : « Les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre, habillés en uniforme militaire et armes à la main ».
L’exigence de cette immersion pour la presse s’inscrit dans un programme politique plus large à vocation intérieure et anti-occidentale mené par le capitaine Traoré, arrivé au pouvoir lors d’un coup d’État en 2022, avec l’objectif affiché de reconquérir la souveraineté nationale. Une disposition de formation militaire similaire avait d’ailleurs été rendue obligatoire l’an dernier pour les élèves du secondaire passant leurs examens de fin d’études.
Cet enrôlement temporaire de la presse intervient dans un climat de forte pression exercée par le pouvoir sur les médias nationaux et internationaux.
De nombreux médias ont été purement et simplement suspendus par les autorités de la transition. Parallèlement, des organisations de défense des droits humains rapportent que des dizaines de journalistes critiques envers la junte ont déjà été réquisitionnés de force et envoyés au front, une situation tendue illustrée par le cas du journaliste Serge Oulon, qui est toujours détenu deux ans après son enlèvement à Ouagadougou.
Par Guinee28


