Face au tragique effondrement d’un immeuble de neuf étages qui a coûté la vie à six personnes dans le quartier Démoudoula à Conakry, le gouvernement guinéen annonce un durcissement drastique des règles d’urbanisme. Dès ce vendredi 17 juillet, le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire (MUHAT) a ordonné le « renforcement immédiat des opérations de contrôle des chantiers en cours dans le Grand Conakry ainsi que dans les autres villes du pays ». Cette mesure d’urgence, communiquée officiellement par le département, vise à traquer les chantiers non conformes pour prévenir de nouvelles catastrophes. Le ministère avertit que « les constructions réalisées en violation de la réglementation feront l’objet des mesures administratives et des procédures judiciaires prévues par les textes en vigueur ».
Cette riposte institutionnelle fait suite au drame survenu dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 juillet, aux environs de 3 heures du matin, dans le secteur Diallo Samba de la commune de Ratoma. Un bâtiment inachevé de type R+9 s’est affaissé de tout son poids sur une villa et un immeuble voisin de deux étages (R+2), surprenant les résidents dans leur sommeil.
Si le MUHAT avait initialement fait part de sa « profonde consternation » face à un bilan de cinq morts, le macabre décompte s’est alourdi ce samedi 18 juillet. Le Directeur régional de la Protection civile de Conakry, le Colonel Ibrahima Sory Kaba, a confirmé ces nouveaux chiffres : « Nous avons retrouvé quatre victimes conscientes. Elles ont immédiatement été prises en charge au niveau de l’hôpital Sino-Guinéen. Il y a six autres victimes qui étaient inconscientes et que nous considérons comme décédées. Leurs corps ont été admis aux morgues de [cet établissement] et du CHU de Donka ». Les survivants, dont trois blessés, sont actuellement soignés gratuitement.
Une course contre la montre
Sur le site du sinistre, une course contre la montre se poursuit ce samedi pour retrouver d’éventuels survivants parmi la dizaine de personnes qui se trouvaient dans le bâtiment au moment de l’effondrement. Selon un point de situation effectué en matinée, une à deux personnes manquent encore à l’appel.
Les équipes de secours, qui ont déjà fouillé 70 % des secteurs ciblés, espèrent achever les recherches d’ici la fin de la journée. « Les opérations de recherche se poursuivent à l’aide de machines. Pour le déblaiement, il faut avancer de manière très minutieuse afin de ne pas blesser davantage d’éventuelles victimes avec les engins », a souligné le Colonel Kaba, saluant la mobilisation des services de l’État et la solidarité citoyenne.
Sur le plan judiciaire, les enquêtes s’accélèrent avec l’arrestation du maître d’ouvrage, placé « à la disposition de la brigade de recherches pour des questions relatives à la procédure ».
Une récurrence tragique
Cette tragédie de Démoudoula s’inscrit dans un cycle funeste pour la capitale. Les autorités font face à une répétition de sinistres majeurs dont les signes précurseurs avaient été ignorés. Le 20 août 2025, aux environs de 21h, le pays avait été frappé par le drame de Manéah : une partie de la montagne avait cédé sous la pression de l’eau, ensevelissant une dizaine de maisons sous le sable. Le bilan avait été particulièrement lourd, avec 19 morts, 11 blessés et 9 disparus, laissant des dizaines de familles dans le désarroi.
Ce traumatisme de Manéah est venu s’ajouter à l’effondrement survenu plus récemment, le 4 juin 2026, au quartier Waréya (Lambanyi). Là, si aucune perte en vie humaine n’avait été enregistrée grâce à l’évacuation in extremis des occupants, l’incident avait révélé des défaillances structurelles signalées aux autorités plusieurs mois auparavant. Qu’il s’agisse de risques liés à la géographie du terrain ou à la piètre qualité des matériaux, la récurrence de ces catastrophes montre que l’urbanisme anarchique constitue aujourd’hui un péril majeur pour les citoyens.
Vers une politique de tolérance zéro
Face à cette série noire, le Colonel Ibrahima Sory Kaba a martelé l’urgence d’une application stricte de la loi sur l’ensemble du territoire : « Il faut que les bâtiments d’habitation soient implantés dans des zones strictement habitables. Il y a des zones à risques où l’on ne doit pas construire. De plus, il faut veiller au respect rigoureux de la réglementation pour garantir une résistance qui empêche les immeubles de s’effondrer comme des châteaux de cartes ».
Par Alpha Abdoulaye Diallo


