L’administration Trump durcit de plus sa politique migratoire en ciblant directement ses relations diplomatiques sur le continent africain par une restriction drastique de la délivrance des visas. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a approuvé fin mai une réforme qui doit entrer en vigueur dans le courant du mois de juin, visant à centraliser les activités consulaires du Département d’État autour de 20 « hubs » régionaux à travers toute l’Afrique, faisant ainsi s’effondrer le nombre d’ambassades et de consulats habilités à traiter les demandes de 50 à seulement 20.
Selon les informations de l’agence Associated Press (AP), qui s’est procuré un mémo interne et les témoignages de trois officiels américains sous couvert d’anonymat, cette stratégie de la Maison-Blanche vise à réduire drastiquement l’immigration sous toutes ses formes, en ciblant particulièrement le « visa overstay », c’est-à-dire les voyageurs qui s’installent légalement avec un visa temporaire mais ne quittent plus le territoire américain à l’expiration de celui-ci.
Pour obtenir un visa, les demandeurs africains devront désormais se tourner exclusivement vers l’une de ces 20 destinations maintenues : Dakar (Sénégal), Lagos (Nigéria), Abidjan (Côte d’Ivoire), Accra (Ghana), Lomé (Togo), Monrovia (Liberia) et Praia (Cap-Vert) pour l’Afrique de l’Ouest ; Kinshasa (RDC), Yaoundé (Cameroun), Malabo (Guinée équatoriale) et Luanda (Angola) pour l’Afrique Centrale ; Addis-Abeba (Éthiopie), Nairobi (Kenya), Kampala (Ouganda), Kigali (Rwanda), Dar Es Salam (Tanzanie) et Djibouti pour l’Afrique de l’Est et la Corne ; Johannesburg, Le Cap (Afrique du Sud) et Port-Louis (Maurice) pour l’Afrique Australe et l’Océan Indien.
Les sections consulaires des pays privés de « hub » verront leurs prérogatives réduites au strict minimum, à savoir l’assistance aux citoyens américains sur place et la gestion des affaires d’extrême urgence.
Pour les citoyens des pays exclus de la liste, comme la Guinée, cette mesure impose de financer entièrement à leur charge un voyage international, vraisemblablement vers Dakar ou Abidjan, pour simplement déposer leur dossier et passer leur entretien, matérialisant une politique de dissuasion par le coût et la logistique qui s’ajoute au maintien du système de caution financière exigeant entre 5 000 et 15 000 dollars pour certains pays africains, malgré une flexibilité partielle accordée aux supporters à l’approche de la Coupe du monde 2026.
Pour justifier ce coup de vis qui s’inscrit dans la lignée du programme politique de Donald Trump, lequel a placé depuis une décennie le durcissement des politiques d’immigration et de contrôle des frontières au cœur de son action — ayant notamment, lors de son premier mandat, « qualifié certains pays d’Afrique et Haïti de ‘pays de merde’ » —, le Département d’État invoque une optimisation budgétaire et sécuritaire. Les autorités américaines affirment évaluer en permanence leurs opérations à l’étranger pour « […] utiliser les fonds publics de manière à faire progresser les priorités des États-Unis avec le plus d’efficacité et d’efficience possible, [grâce à] une procédure de délivrance de visas qui respecte des normes rigoureuses en matière de contrôles de sécurité et qui aligne les ressources sur les intérêts nationaux. »
Par Mariam Bâ


