L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) constitue désormais une urgence de santé publique de portée internationale. L’annonce, relayée par l’OMS et son directeur général, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, fait suite à la propagation d’une souche rare et mortelle, le virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement approuvé. L’épidémie s’est déclarée dans la province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, touchant notamment la capitale provinciale Bunia ainsi que les cités minières de Mongwalu et Rwampara.
À ce jour, le bilan provisoire fait état de 246 cas suspects, 80 décès signalés et huit cas formellement confirmés en laboratoire.
La situation s’est aggravée avec la dispersion géographique des cas : un malade a été identifié à Kinshasa après un voyage en Ituri, un autre cas a été confirmé à Goma, zone contrôlée par les rebelles du M23, selon l’agence de presse AFP, et l’épidémie a franchi les frontières avec deux cas confirmés en Ouganda, où les autorités ont annoncé le décès d’un citoyen congolais de 59 ans.
Par ailleurs, selon des sources citées par CBS (partenaire américain de la BBC), au moins six Américains ont été exposés au virus en RDC, dont l’un présente des symptômes, ce qui a poussé le gouvernement américain à planifier leur évacuation vers une base militaire en Allemagne d’après STAT News, tandis que l’ambassade des États-Unis en RDC a émis une alerte sanitaire et que les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) préparent l’envoi de personnel sur place.
Cette décision d’urgence internationale a été prise pour contenir une crise sanitaire au potentiel de propagation locale et régionale jugé élevé par l’OMS. Si l’organisation précise que la situation ne répond pas encore aux critères d’une pandémie, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a averti qu’il existait « d’importantes incertitudes quant au nombre réel de personnes infectées et à la propagation géographique » de la maladie, l’agence redoutant « une épidémie beaucoup plus importante » que celle actuellement rapportée.
Les facteurs de transmission sont amplifiés par la crise humanitaire et l’insécurité en RDC, la forte mobilité des populations, la densité des foyers urbains et la prolifération de structures de santé informelles.
Face à ce péril, Jean Kaseya, directeur général des Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC Afrique), a insisté sur l’obligation stricte de respecter les mesures d’hygiène publique, en ciblant particulièrement les rites funéraires traditionnels impliquant le lavage des corps, qui avaient accéléré les contaminations lors de la grande épidémie historique.
Interrogé par l’émission Newsday de la BBC World Service, il a martelé : « Nous ne voulons pas que des personnes soient infectées à cause de funérailles ».
Pour faire face à cette 17e épidémie d’Ebola dans l’histoire de la RDC, pays où le virus a été découvert en 1976 et où le taux de mortalité moyen de la maladie s’élève à 50 % selon l’OMS , les autorités sanitaires imposent l’isolement immédiat de chaque cas confirmé jusqu’à l’obtention de deux tests négatifs consécutifs à 48 heures d’intervalle.
L’OMS recommande formellement à la RDC et à l’Ouganda l’activation de centres d’opérations d’urgence pour le suivi des contacts. À la frontière, le ministère de la Santé du Rwanda a déjà annoncé le renforcement de ses systèmes de surveillance par « mesure de précaution » pour assurer une « détection précoce et une réponse rapide si nécessaire ».
Enfin, l’OMS exhorte la communauté internationale à ne pas céder à la panique, rappelant que les pays hors de la zone touchée ne doivent pas fermer leurs frontières ni restreindre les flux commerciaux, affirmant que « de telles mesures sont généralement mises en œuvre par peur et n’ont aucun fondement scientifique ».
Par Guinee28


