Neuf mois d’un silence insoutenable. Mariam Soumah, 23 ans, ne connaît le visage de sa fille Sabina qu’à travers l’écran de son téléphone. De retour en Guinée après une expulsion brutale, cette jeune mère mène aujourd’hui un combat diplomatique et humain pour récupérer son enfant, retenue dans un orphelinat à Minsk en Belarus.
L’affaire, révélée par une enquête de l’Agence France-Presse (AFP) et relayée par plusieurs organisations internationales, soulève de graves questions sur le respect des droits humains au Bélarus.
Un rêve d’Europe devenu piège
Comme des milliers de migrants, Mariam Soumah a quitté Conakry pour fuir la précarité. Convaincue par des offres sur internet, elle choisit la route du Bélarus avec un visa étudiant, espérant rejoindre l’espace Schengen sans risquer la traversée de la Méditerranée.
Mais le piège se referme à Minsk. Enceinte, Mariam accouche prématurément en novembre 2024 d’une petite Sabina, pesant à peine 600 grammes. Si les soins intensifs sauvent le nourrisson, ils marquent aussi le début du calvaire maternel.
Chantage financier et expulsion forcée
Selon les témoignages recueillis par l’AFP, les autorités hospitalières auraient exigé le paiement d’une facture médicale s’élevant à 28 000 euros pour autoriser la mère à voir son enfant. Devant l’impossibilité de régler cette somme et suite à l’expiration de son visa, Mariam est emprisonnée en juillet 2025.
Malgré ses supplications pour ne pas être séparée de son bébé encore fragile, elle est menottée et expulsée vers la Guinée en août 2025.
« J’ai dit que je ne repartirai qu’avec mon bébé. Ils ont refusé », confie-t-elle, en larmes, depuis son refuge à Conakry.
Une violation dénoncée par l’ONU et les ONG
L’organisation de défense des droits des migrants Human Constanta, par la voix de la militante Enira Bronitskaïa, dénonce une procédure illégale : « Menacer de ne pas lui rendre son enfant est illégal sans une décision officielle de retrait des droits parentaux ».
Des experts de l’ONU qualifient cette séparation forcée d’« extrêmement préoccupante », alors que l’ambassade de Guinée à Moscou a officiellement demandé des « éclaircissements » aux autorités bélarusses. Contactées par l’AFP, les autorités de Minsk sont restées jusque-là muettes.
Aujourd’hui, Sabina vient de fêter son premier anniversaire dans un orphelinat d’État. Pour Mariam, le combat ne fait que commencer pour obtenir le rapatriement de sa fille.
Par Mariam Bâ


