Alors que le renvoi d’environ 50 000 orpailleurs clandestins de Siguiri provoque une onde de choc humanitaire jusqu’à Bamako, les esprits s’échauffent sur les réseaux sociaux. Face à la montée des appels à des représailles, le gouvernement burkinabè a rapidement tape du poing sur la table : pas question de laisser ce différend minier avec Conakry dégénérer en chasse aux sorcières intercommunautaire.
Face au départ massif d’orpailleurs étrangers, dont environ 50 000 burkinabè poussés hors de la région de Siguiri en raison de l’interdiction de l’exploitation clandestine de l’or par les autorités guinéennes, Ouagadougou tape du poing sur la table contre les dérives haineuses. Tout en déployant 199 véhicules pour rapatrier ses compatriotes en transit au Mali, la ministre burkinabè de la Famille et de la Solidarité, le lieutenant-colonel Passowendé Pélagie Kaboré, a lancé un appel solennel au calme et à la retenue, rejetant catégoriquement toute velléité de représailles contre la communauté guinéenne établie au Burkina Faso.

Conséquence directe de l’interdiction stricte de l’orpaillage illégal décrétée par Conakry pour des motifs environnementaux, le reflux des travailleurs étrangers — en grande majorité burkinabè — a rapidement pris les dimensions d’une crise humanitaire majeure. Alors que les premières estimations de Ouagadougou tablaient sur quelques milliers de personnes, plus de 50 000 déplacés sont désormais recensés, nécessitant la mobilisation d’un imposant dispositif logistique de 199 cars et camions ainsi qu’une prise en charge médicale d’urgence à Bamako « pour les blessés et les traumatisés ».
Mais face à l’indignation provoquée par le récit de ces évacuations et à la montée des discours agressifs sur les réseaux sociaux, la priorité d’Ouagadougou est d’éviter le piège de l’escalade intercommunautaire. Intervenant sur la télévision nationale (RTB), la ministre Pélagie Kaboré a fermement recadré les partisans d’une réponse vindicative envers les ressortissants guinéens.
« Tous ceux qui sont en train de lancer des messages qui vont dans le sens de représailles à l’endroit des Guinéens, je voudrais les appeler au calme et à la retenue et rassurer toutes les communautés, et particulièrement la communauté guinéenne, qu’ils sont ici au Burkina Faso, chez eux. Il n’est pas question qu’un Guinéen soit inquiété par la situation qui vient de se passer », a martelé la ministre.
En désavouant publiquement ces mots d’ordre haineux, le gouvernement burkinabè a rappelé que céder à la vengeance remettrait en cause les fondements mêmes de son engagement panafricaniste.
Cet appel au calme résonne directement avec la position exprimée par le ministre guinéen des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, lors de sa réunion avec les ambassadeurs : si Conakry applique désormais une tolérance zéro contre le pillage et la destruction de ses terres à Siguiri, la préservation des liens de fraternité entre les peuples de la sous-région reste l’unique garde-fou pour empêcher ce bras de fer minier de sombrer dans la dérive.
Par Alpha Abdoulaye Diallo

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