Le dossier complémentaire du procès du massacre du 28 septembre 2009 a franchi une étape cruciale ce lundi 12 janvier devant le tribunal de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel. Au cœur des débats : la responsabilité pénale du Colonel Bienvenu Lamah, ancien directeur du centre d’instruction de Kaléah.
La requalification des faits au centre des débats
Le ministère public a frappé un coup important en requérant la requalification des faits en crimes contre l’humanité. Pour le parquet, la responsabilité de l’officier est engagée en tant que supérieur hiérarchique. « Le Colonel Bienvenu Lamah exerçait une autorité sur les recrues de Kaléah qui sont allées massacrer des civils désarmés. D’ailleurs, il était le seul chef militaire à Kaléah au moment des faits », a martelé le procureur. Une position immédiatement appuyée par les avocats de la partie civile.
En face, la défense dénonce une stratégie du vide. Selon ses conseils, le parquet cherche à « contourner » l’absence de preuves matérielles. Ils soutiennent que le colonel n’était qu’un « simple enseignant » sans pouvoir de déploiement extérieur ni effectif sous sa responsabilité directe.
L’ombre du Général Sékouba Konaté
À la barre, le Colonel Lamah a maintenu une ligne de défense offensive, clamant son innocence et pointant du doigt les absents. Pour lui, la vérité ne pourra jaillir sans la comparution du Général Sékouba Konaté, ministre de la Défense à l’époque des faits.
« Le Général Konaté n’a qu’à venir ! Pourquoi refuse-t-il de venir s’expliquer sur Kaléah ? », s’est emporté l’accusé, affirmant que le garde du corps du général se trouvait auprès des instructeurs étrangers au camp. Placé sous mandat de dépôt depuis novembre 2022, le colonel déplore également l’absence de confrontations avec ses principaux accusateurs, notamment le commandant Aboubacar Toumba Diakité et Mamadi Soumaoro.
« Je ne devrais pas être dans ce procès »
Interrogé sur ses liens avec l’ancien chef de la junte, le Colonel Lamah a nié toute proximité avec Moussa Dadis Camara, rappelant que ce dernier avait lui-même déclaré ne pas le connaître. Il a insisté sur le fait qu’il n’était membre ni du CNDD, ni de l’état-major.
L’officier a exprimé son incompréhension totale face à sa présence dans le box des accusés, rappelant qu’il avait bénéficié d’une ordonnance de non-lieu lors de la première phase de l’enquête. « Dans les conditions normales, je ne devrais pas être dans ce procès, ni comme accusé, ni comme témoin », a-t-il tranché, fustigeant une accusation « sans preuve » et dénonçant une manœuvre visant, selon lui, à écarter la piste d’autres recrues basées au Camp CIAM (Kilomètre 66).
Les débats se poursuivent alors que le tribunal doit encore trancher sur la demande de requalification des charges formulée par l’accusation.
Par Alpha A. Diallo


