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Opinion

L’Illusion des Élections Françaises

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L’élection de l’Européaniste Macron, qui est un véritable enfant du système bancaire et des forces de la mondialisation, à la Présidence de la France a empêché, d’une part, l’activation automatique des procédures de décomposition d’une Union européenne qui est sous le contrôle allemand et a créé, d’autre part, une incroyable illusion dans les milieux bureaucratiques de Bruxelles en ce qui concerne les perspectives de sa longévité.

Néanmoins, une lecture approfondie des résultats des élections présidentielles françaises ne laisse aucun doute. Un segment important – précisément 34% - des Français, qui sont beaucoup moins affectés que les autres peuples de la zone de l’euro et de l’Union Européenne par les politiques néolibérales extrêmes d’austérité sauvage, a exprimé son aversion à la construction européenne bureaucratique antidémocratique dans ce second tour.

Et en fait, cela s’est produit par le biais d’une structure politique d’extrême droite avec un passé raciste stigmatisé qui depuis des années était en marge du système politique français. Si l’anti-européen de gauche Mélenchon, qui ne provoque aucune peur pour le peuple français, a réussi à passer au deuxième tour, l’élection de Macron aurait été incertaine en tenant compte du fait que 50% de l’électorat français a voté de manière euro-sceptique au premier tour des élections.

En tout état de cause, l’Union Européenne ressemble maintenant à une femme souffrant d’une maladie incurable que les médecins lui donnent cinq années de plus à vivre, et cela parce que, par conséquent, l’UE ne peut, en aucun cas, exister sans la France. Il est toutefois certain que les politiques anti-populaires néolibérales que Macron mettra en œuvre et qui seront dictées par Bruxelles, essentiellement par Berlin, dévaloriseront les droits sociaux et ouvriers des Français et provoqueront leur colère justifiée.

Ainsi, lors des élections présidentielles françaises en 2022, et si la bombe de l'économie italienne n’a pas encore explosé – ce qui est tout à fait improbable – les forces politiques qui feront exploser l’Union Européenne, qui n’obtiendra jamais une vision démocratique et sociale, vont sûrement inverser le courant résultat des élections et gagneront à une large majorité.

Les Allemands, bien sûr, ont maintenant le droit d’apprécier et de célébrer les élections de Macron qui conservera, même temporairement, la zone euro et l’Union Européenne, d’où ils ont gagné le plus, tandis que la plupart des autres perdent. Plus précisément, l’excédent commercial allemand, qui est un phénomène structurel et pas seulement une coïncidence, est certainement dû à la grande compétitivité de l’économie allemande, mais il est également scandalement renforcé par le mécanisme de fonctionnement de l’euro, car la monnaie commune ne permet pas aux pays à déficit de la zone de l’euro de dévaluent leur monnaie, ce qui les condamne à un cercle vicieux de faible compétitivité et de déficits persistants.

Depuis l’adoption de l’euro l’excédent commercial allemand a suivi une tendance à la hausse frénétique. Ainsi, en 2016, il a atteint un niveau historiquement élevé de 252,9 milliards d’euros, selon les informations officielles du bureau de statistique allemand, lorsque l’excédent commercial de l’ensemble de la zone de l’euro pour la même année s’élève à 273,9 milliards d’euros. Cela signifie que l’Allemagne produit 92,33% de l’excédent commercial total dans la zone de l’euro!

Au cours de la même période de l’euro, le déficit commercial de la France a enregistré, à l’exception de certaines années, des tendances généralement croissantes. Ainsi, en 2016, selon une annonce des douanes françaises, elle s’établit à 48,1 milliards d’euros, et la part de marché de la France dans la zone de l’euro a été considérablement réduite – de 17% en 2000 à 13,6% en 2015 et à 13,4% en 2016 – alors que le déficit commercial de l’année précédente (2015) s’élève à 45,0 milliards d’euros.

L’économie française se confronte en même temps à d’autres problèmes sérieux. Ainsi, la dette publique augmente constamment et représente maintenant près de 100% de son Produit National Brut. Le chômage qui affecte particulièrement les jeunes de moins de 25 ans – presque un sur quatre est au chômage – était de 10% de la main-d’œuvre à la fin de 2016, réaffirmant les efforts infructueux par le Président Hollande pour le réduire. Dans le même temps, l’Allemagne bénéficie d’un taux d’emploi très élevés, car le chômage est historiquement faible, car il ne dépasse pas 3,9% de la main-d’œuvre.

Il y a 15 ans, la France et l’Allemagne avaient un niveau de vie similaire. Mais aujourd’hui, les Allemands sont par un cinquième plus riches, alors que les deux économies avaient adopté  l’euro en 2002, quand le taux de chômage étant d’environ 8% de la population active.

Ainsi, même si Macron surprendrait tout le monde – ce qui évidemment ne va pas se passer – et déciderait, sur la base aussi bien du poids spécifique que la France a étant le deuxième pouvoir économique dans la zone de l’euro, de presser pour un changement d’attitude dans l’Union Européenne et la zone de l’euro, ce qui améliorerait clairement l’économie française et, en outre, les économies fragiles des autres pays de l’Europe du  Sud, cela s’effondrerait dans un mur énorme et puissant, c’est-à-dire à la position rigide et stable de l’Allemagne. C’est parce que les Allemands – quiconque est au volant de leur pays – n’accepteront jamais la détente de l’austérité et des règles «sacrées» de la discipline budgétaire. Les Allemands ont été plus qu’évidents qu’ils souhaitent longtemps utiliser la zone de l’euro pour leur bénéfice et au détriment de tout le monde, et ils ne pourront jamais revenir volontairement à leur monnaie nationale, le mark, car cela entraînerait l’effondrement de leurs exportations. Les Allemands veulent gagner de plus en plus, en préservant la zone de l’euro telle qu’elle est pour longtemps, et ils ne se soucient pas si les autres perdent ou même sont détruits, comme c’est le cas pour les Grecs.

Ainsi, dans cette Union Européenne, dominée et régie par l’Allemagne, la notion de solidarité et d’entraide non seulement n’existe pas, mais elle a été jetée comme des ordures dans la poubelle. Il est donc prouvé, au-delà de tout doute, que la réalité n’est pas un rapport lourd des idées, comme celles-ci consignées dans les traités fondateurs de la CEE, mais elle est cruelle et inexorable. Ainsi, l’union des économies puissantes et impuissantes et leur étreinte serré à travers l’euro s’est déjà révélée être une erreur criminelle.

En conclusion, les élections présidentielles françaises ne secoueront pas les bureaucrates richement payés à Bruxelles ou les dirigeants politiques de Berlin qui rendus à leur joie et leur vanité continueront à imposer aux pays de l’Union Européenne des politiques extrémistes néo-libérales d’austérité sauvage qui mettent les peuples dans la pauvreté et la misère.

Par Isidoros Karderinis

NB : Isidoros Karderinis est né à Athènes en 1967. Il est romancier, poète et journaliste. Il a étudié l'économie et a terminé études de troisième cycle en Economie du tourisme. Ses articles sont republiés dans les journaux, magazines et sites dans tout le monde. Ses poèmes ont été traduits en anglais, français et espagnol et sont publiés dans revues littéraires et aux pages littéraires des journaux.  Il a publié sept livres poétiques ainsi que deux romans; cinq parmi eux ont été publiés aux Etats Unis et en Grande Bretagne.

 

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A LA UNE

Affaire Amadou Diouldé: Journalistes, mobilisons-nous au nom de la liberté de la presse ! (Tribune)

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En juin 2010, la Guinée a adopté la loi L002 qui dépénalise les délits de presse. L’objectif est d’éviter qu’un citoyen soit arrêté et détenu pour un délit commis par voie de presse.

Avec cette loi, la Guinée a fait des avancées significatives en matière de liberté d’expression jusqu’à maintenant malgré les différentes tentatives par les magistrats de la contourner pour faire arrêter des journalistes afin de les intimider et les pousser à l’autocensure qui est pire que la censure elle-même. Comme en témoignent les nombreux harcèlements dont sont l’objet les journalistes ces dernières années.

Quelques cas illustratifs

Suite à une plainte pour diffamation de Mamadi Touré, ministre d’alors des Affaires étrangères, le journaliste Lansana Camara, administrateur du site Conakrylive est arrêté et placé en garde à vue, le 26 mars 2019.

Il avait passé une semaine à la Maison centrale de Conakry avant d’être libéré le 2 avril quelques heures après une manifestation organisée par les journalistes.

Le 19 août 2019, Aboubakr et Azoka Bah, animateurs de l’émission « Œil de Lynx » de la radio Lynx FM ont été poursuivis pour « complicité de production, de diffusion et de mise à la disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre ou la sécurité publique» sur la base de la loi sur la Cyber-securité en lieu et place de celle sur la liberté de la presse.

En guise de confraternité et de solidarité, les organisations professionnelles de presse (URTELGUI, AGUIPEL, APAC, REMIGUI, UPLG, AGEPI, UFSIG, SPPG, AJPRG et l’UPF-Guinée) avaient décidé de l’organisation d’un sit-in le lundi 26 août 2019 devant la HAC et une synergie des radios, le 29 du même mois.

A la suite d’une condamnation en sursis de 3 journalistes de la radio Nostalgie FM, les associations faîtières ont constitué une commission qui a rencontré le ministre de la Justice pour lui demander d’intervenir pour faire annuler le verdict du tribunal de Kaloum sur la base du Code pénal en lieu et place de la L002.

Tout récemment, suite à une plainte pour diffamation du ministre Bantama Sow, le journaliste Habib Marouane de Nostalgie FM et du site Lerevelateur224.com a failli, lui aussi, être mis sous mandat de dépôt n’eut été la solidarité de ses confrères à travers une forte mobilisation à la DPJ étant donné qu’il était poursuivi sur la base de la Loi sur la Cyber-sécurité.

Ces cas ci-dessus pourraient expliquer, en partie, la dégringolade de la Guinée dans le classement des Reporters sans frontières (RSF) avec 24 points perdus en 7 ans (86e en 2013 et 110e en 2020).

Par le passé, la confraternité n’a jamais manqué à l’égard des journalistes qui ont eu des ennuis judiciaires. Force est de constater que la solidarité que nous confère la Charte d’éthique mondiale des journalistes ne s’est pas encore exprimée à l’égard du journaliste et historien Amadou Diouldé Diallo. Aucune réaction de dénonciation des associations de presse guinéenne en dehors de l’AGEPI. Plutôt, elles se sont muées en silence. Faut-il avouer que cela constitue un précédent dangereux pour la liberté d’expression en Guinée.

Arrêté le 27 février 2021, sans convocation préalable, le journaliste et historien Amadou Diouldé Diallo a été inculpé, le 1er mars pour «offense au chef de l’Etat et diffamation » et placé sous mandat de dépôt. Il est, depuis cette date, détenu à la Maison centrale de Conakry.

L’article 10 de la Constitution dispose que « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression ». La Loi L002 portant sur la liberté de la presse a dépénalisé les délits de presse en Guinée.

Toutefois, afin de contourner l’application stricte de la loi, la justice guinéenne a décidé de mettre M. Diallo en détention préventive pour une période que nous ne saurions dire.

A supposer que M. Diallo soit reconnu coupable, il ne pourrait être condamné qu’au paiement d’une amende allant de 1 à 5 millions Gnf, selon l’article 105 de la loi sur la liberté de la presse en Guinée.

Journalistes, notre silence nous culpabilise. Mieux vaut tard que jamais. Levons-nous et défendons le principe qui dépénalise les délits de presse en Guinée! Refusons de nous rendre coupables, complices ou complaisants de la violation de la liberté de la presse. Dénonçons l’injustice dont est victime le journaliste Amadou Diouldé Diallo.

Faisons valoir nos droits. Faisons valoir la confraternité. Dénonçons la détention illégale de notre confrère depuis 38 jours à la Maison centrale de Conakry.

Face à l’injustice, le silence est coupable. Il serait dommage pour les journalistes que nous sommes de ne pas dénoncer la détention illégale de notre confrère. Brisons donc le silence, crions notre colère et exigeons que M. Diallo soit libéré. Nous ne saurons cautionner le musellement de la presse en Guinée.

Aujourd’hui, c’est Amadou Diouldé Diallo. Demain ce sera le tour de qui ? Pourquoi donc ne pas se lever dès maintenant ? Notre avenir en tant que journalistes en dépend.

A l’issue des différentes rencontres, les associations faitières de la presse ont promis de s’impliquer pour obtenir la libération de Amadou Diouldé Diallo. L’heure est donc venue de réagir, ne serait-ce qu’à travers une déclaration pour dénoncer la violation de la L002.

Le Collectif de soutien à Amadou Diouldé Diallo

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Il faut libérer nos langues (Tribune)

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Tous les pays d’Europe même les plus petits étudient dans leurs propres langues nationales. Il y en a même qui utilisent plus d’une langue nationale pour accommoder la diversité de leurs populations (la Suisse et le Luxembourg par exemple).

Au Luxembourg, l’un des plus petits pays d’Europe, l’enseignement au niveau pré-universitaire est dispensé dans quatre langues (français, allemand, anglais et luxembourgeois). D’ailleurs, pour y obtenir son diplôme de fin d’études secondaires, il faut avoir la maîtrise des trois langues nationales (français, allemand et luxembourgeois). Quelque chose qu’on pourrait bien envisager comme politique en Guinée.

Même les pays nouvellement indépendants de l’ancienne URSS (Union des Républiques Socialistes et Soviétiques), après des décennies passées sous domination russe et une éducation qui était basée sur la langue Russe, sont revenus à partir de 1991 à leurs propres langues nationales. Certains en plus de revenir à leurs propres langues, ont parfois abandonné l’alphabet cyrillique russe pour adopter leurs propres alphabets comme ce fut le cas de l’Arménie.

Dans les pays de l’Asie, il en fut de même. Chaque pays étudie et communique dans une ou plusieurs des langues du terroir. Pourtant ces pays ont subi la domination européenne pendant des siècles. Certains de ces pays comme la Corée, l’Indonésie ou le Vietnam furent même obligés de recourir aux luttes armées faisant parfois des millions de morts pour se libérer de l’emprise européenne.

Ce n’est qu’en Afrique Noire surtout francophone, où l’indépendance n’a été qu’une formalité, avec des leaders en manque de courage et de vision, que le choix absurde a été fait de continuer avec les langues coloniales. C’est pourquoi, cette indépendance n’a été qu’une formalité car jusqu’à présent, le système qui avait été mis en place par le colon pour entretenir l’entreprise coloniale persiste et prospère au détriment des populations Africaines. Nos intellectuels dont les cerveaux ont été formatés pour servir et maintenir ce système n’accordent aucun intérêt sérieux à nos langues et à nos cultures. Il est même ironique et pitoyable de constater que les quelques rares politiques de promotion de nos langues soient souvent initiées ou financées par les pays ou les institutions de l’Europe.

Y a-t-il une radio ou télévision panafricaine qui diffuse dans les langues africaines ? Y a-t-il d’organisations africaines où les débats sont faits en langues africaines ?

Cet attachement aux langues européennes ne nous a donné aucun avantage par rapport aux pays de l’Asie. Ce n’est pas parce que le Liberia étudie en anglais américain que le pays soit aussi développé que les États-Unis ou qu’il dépasse le Taïwan. Par ailleurs, on nous apprend souvent qu’à l’indépendance, la Côte d’Ivoire avait le même niveau de développement que la Corée du Sud.

Pourtant, aujourd’hui la Corée qui étudie dans sa propre langue avec sa propre écriture a une économie qui vaut presque 30 fois celle de la Côte d’Ivoire. Le PIB de la Corée du Sud était de $1650 milliards en 2019 contre seulement $58,5 milliards pour la Côte d’Ivoire. D’ailleurs l’économie sud-coréenne dépasse de loin celle de tous les pays de l’Afrique de l’ouest réunis, alors que nos pays sont plus riches en ressources naturelles (pétrole, or, diamant, uranium, etc.) avec un climat plus clément et un environnement plus propice à l’agriculture. Si le français était un avantage et le Franc CFA un atout, comment est-ce possible qu’après quelques années seulement, la Côte d’Ivoire se fasse dépasser par la Corée avec un tel écart ?

Pourtant l’argument avancé “ad nauseam” par nos “intellectuels” est que nos langues et nos écritures ne serviront qu’à nous mettre en retard ou à nous ramener en arrière comme si nos pays avaient déjà fait des avancées significatives. Alors, si tel est le cas pourquoi après plus de 120 ans avec les langues et les alphabets européens, nous sommes toujours plus pauvres tandis que certains pays d’Asie qui ont fait le choix de développer leurs propres langues et leurs écritures souvent plus complexes que les nôtres, dépassent même certains pays européens et sont incomparables aux pays africains ?

Le plus grand obstacle au progrès de l’Afrique, ce sont ces intellectuels africains qui manquent de courage et de pragmatisme. Ils ont fait le choix illogique de nous maintenir dans cette dépendance linguistique simplement par manque de courage et pour préserver leur pouvoir et leurs avantages. Sinon il n’y a rien qui puisse justifier qu’un enfant se fasse scolariser dans une langue qui lui est complètement étrangère, et qu’il passe les douze années qui vont suivre à apprendre cette langue pour qu’enfin il puisse avoir quelques notions de base en science. Pendant ce temps, durant ces douze années, le petit écolier européen ou asiatique qui aurait été scolarisé au même moment dans sa langue serait en train de maîtriser les notions scientifiques et les outils techniques pour dompter son environnement, créer ou innover dans la société.

Il n’y a rien de mal à étudier les langues étrangères car elles peuvent bien nous ouvrir au monde. Néanmoins, il y a une grande différence entre étudier une langue étrangère comme matière et étudier dans une langue étrangère pour accéder aux notions scientifiques de base. Il faudrait que nos dirigeants et nos intellectuels arrêtent de ne penser qu’au présent au détriment du futur. Ils ne devraient pas faire de leur personne et de leurs intérêts personnels leur point de référence pour l’élaboration des politiques publiques. Ils devraient plutôt tenir compte des conditions et des besoins des populations qu’ils sont sensés servir.

Si à l’indépendance et même de nos jours, nos dirigeants avaient fait le choix courageux, on en serait pas là aujourd’hui. Malheureusement, lorsqu’on a été pendant longtemps dominé, déshumanisé et soumis, on a parfois peur de se libérer. C’est cette peur qui avait poussé certains de nos intellectuels à choisir la communauté française proposée par De Gaulle en 1958. C’est cette même peur qui fait que jusqu’à ce jour après 60 années « d’indépendance » nous avons peur d’assumer notre indépendance.

Si nous avons proclamé notre indépendance, nous devons l’assumer dans les faits. Nous devons embrasser notre Liberté et se défaire de toute forme d’oppression interne ou externe.  L’avenir de l’Afrique n’est ni en Occident ni en Orient et certainement pas dans les mains des despotes et autres dictateurs qui se croient indispensables alors qu’ils nous humilient et continuent le pillage économique et culturel de notre continent.

Adopter les systèmes hérités de la colonisation et les échecs qui en ont suivis ont prouvé qu’il n’y a absolument pas de raccourci qui mène au succès.

La question est simple et la réponse est aussi simple : Qu’est-ce qui est plus facile ? Apprendre à un enfant à lire et à écrire dans une langue qu’il parle déjà, ou bien lui apprendre à lire, à écrire et à parler dans une langue qu’il ne connait pas ? Le choix est simple, il suffit juste d’avoir le courage.

Abdoulaye J Barry

Portland, OR USA

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A LA UNE

«Pendant que l’État de droit sombre en Afrique, la France regarde ailleurs» (Tribune)

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Un an jour pour jour après l'élection présidentielle au Togo, trois figures majeures de l’opposition congolaise, guinéenne, togolaise et un député français appellent la France à prendre des positions fortes concernant la répression de l'opposition et les fraudes électorales dans plusieurs pays d'Afrique. « Pendant que la démocratie et l’État de droit sombrent en Afrique subsaharienne, la France et l’Europe regardent ailleurs, se paient de quelques mots, puis poursuivent le train-train de leurs relations avec les dictateurs en place. » 

Il y a un an, le 22 février 2020, le Dr. Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo remportait largement l’élection présidentielle au Togo. Il suffit de recoller les procès-verbaux des bureaux de vote pour mesurer l’ampleur de sa victoire populaire. Depuis, menacé par le régime de Faure Gnassingbé dont la famille règne sur le Togo depuis plus d’un demi-siècle, il est contraint à la clandestinité d’où il préside le gouvernement légitime en exil. Face au gouvernement fantoche de Faure Gnassingbé, il œuvre pour le rétablissement de la vérité des urnes et une transition pacifique du pouvoir.

Il y a cinq mois, le 18 octobre 2020, Cellou Dalein Diallo remportait lui aussi l’élection présidentielle en Guinée. Depuis, son parti politique subit la répression du régime d’Alpha Condé, avec plusieurs centaines de ses militants et responsables abattus par les forces de sécurité ou emprisonnés. Plusieurs sont morts récemment en prison faute d’accès aux soins.

En République démocratique du Congo, Martin Fayulu remportait l’élection présidentielle de décembre 2018. Depuis, c'est Félix Tshisekedi qui occupe le fauteuil de président, en connivence avec Joseph Kabila. Martin Fayulu se bat pour arracher des réformes institutionnelles consensuelles entre toutes les parties prenantes, en dehors des institutions illégitimes en place, en vue de la tenue de nouvelles élections transparentes et crédibles en 2022 ou 2023. Il prévient qu’il ne tolérera aucun glissement du pouvoir usurpateur au-delà de 2023.

Au Niger, Hama Amadou, ancien Premier ministre, s’est vu refuser le droit de se présenter  à l’élection présidentielle dont le second tour s’est tenu hier, le 21 février 2021. Au Cameroun, tout laisse penser que Paul Biya n’a pas remporté l’élection présidentielle d’octobre 2018 face à Maurice Kamto. Depuis, le régime jette le pays dans un conflit sanguinaire avec ses provinces anglophones. Il en va de même au Gabon où Ali Bongo continue d’exercer le pouvoir, malgré la victoire manifeste de Jean Ping à l’élection présidentielle d’août 2016.

Pendant que la démocratie et l’État de droit sombrent en Afrique subsaharienne, la France et l’Europe regardent ailleurs, se paient de quelques mots, puis poursuivent le train-train de leurs relations avec les dictateurs en place. Oui : dictateurs. Il n’y pas d’autres mots pour qualifier celui qui accède au pouvoir par un mécanisme autre que démocratique ou s’y maintient par la force, contre le vote des citoyens et au moyen de la répression de toute opposition politique et médiatique. Plus grave encore, certains attisent la dimension ethnique, au risque d’enclencher la dynamique de la guerre civile et des crimes inter-ethniques de masse.

Les moyens d’action de la France et de l’Europe sont pourtant là : le Conseil de sécurité des Nations unies, que la France présidera en juillet prochain, l’activation de l’article 96 de l’Accord de Cotonou sur le respect de la démocratie, les pressions diplomatiques pour organiser des élections transparentes, libres et crédibles, les prises de parole fortes pour exiger la libération des prisonniers politiques, les sanctions individuelles (gel des avoirs, interdiction d’accès au territoire européen).

Alors qu’au tournant du nouveau siècle, l’espoir des processus démocratiques se levait en Afrique, il n’a suffi que de quelques années pour mettre à bas cette dynamique positive. Y a-t-il une fatalité aux aspirations démocratiques, toujours déçues, des peuples d’Afrique ? Alpha Condé, qui s’était illustré comme un défenseur intraitable de la démocratie, s’est mué en son fossoyeur dès que la fin de son deuxième mandat – et dernier selon la Constitution – est apparue à l’horizon. Comme d’autres avant lui, et sans doute après lui, il a modifié la Constitution pour s’octroyer un troisième mandat à 83 ans, au prix de la vie de centaines de Guinéens qui s’y étaient massivement opposés. Comment nous-mêmes, qui prétendons accéder au pouvoir par la voie légitime des urnes, garantirons-nous les conditions de l’alternance politique, c’est-à-dire les conditions de notre propre remplacement par l’opposition ?

Il est temps de refonder un pacte démocratique pour l’Afrique centrale et de l’ouest : de poser les principes constitutionnels intangibles et d’assurer les conditions de leur effectivité, de définir les réformes institutionnelles nécessaires pour prévenir tout retour en arrière, et de convenir ensemble du rôle et de la responsabilité de la France et de l’Union européenne dans cet exercice. Car celles-ci ne sauraient se draper dans un silence coupable, au prétexte de non-ingérence. Faire droit aux peuples d'Afrique est un impératif qui requiert une synergie de dynamiques endogènes et exogènes.

Mais ne nous trompons pas : notre combat pour la démocratie, l’État de droit et les droits humains en Afrique centrale et de l’ouest n’est pas un combat cantonné à l’Afrique. Il est mondial. Il participe du même combat pour la démocratie sur les autres continents, en Amérique, en Asie comme en Europe. Car nous le savons désormais : la démocratie n’est jamais un acquis définitif. Chaque jour qui se lève doit se bâtir en essayant de l’atteindre, collectivement, sans relâche, sans concession.

Avant qu’il ne soit trop tard, nous appelons à définir un nouveau cadre partenarial global entre nos pays d’Afrique centrale et de l’ouest et la France et l’Europe.

Le prochain Sommet Afrique-France de juillet 2021, qui se tiendra à Montpellier, doit servir à cela, et non pas être un énième bal des hypocrites. Nous ferons d’ici là une proposition commune, portée par les aspirations de nos peuples, ancrée dans les valeurs de la démocratie et ouverte à toutes celles et tous ceux qui partagent cette exigence et ce combat pour la démocratie.

Signataires

Cellou Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG)

Martin Fayulu, président de l'Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), Président élu de la République démocratique du Congo

Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo, président du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement du Togo (MPDD), Président élu de la République togolaise

Sébastien Nadot, député français (indépendant)

NB : cette tribune a été publiée en premier sur le site Mediapart

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