C’est le deuxième service du régime Mamadi Doumbouya qui, on l’imagine bien, sera tout sauf amaigrissant. Notre nouveau mangué a à peine achevé la nouvelle mouture de son gouvernement que la table est déjà dressée. C’est l’heure du repas, des courbettes et des salamalecs. L’odeur du diamant rend fou. Mais on n’a pas besoin d’aller jusqu’au diamant pour mesurer la légendaire bassesse du Guinéen. Un bourakhé fumant lui suffit pour mettre le genou à terre et se couvrir de poussière comme cela se faisait naguère dans la cour du Moro-Naba.
Cette fois-ci, les Guinéens ne se sont pas contentés de s’offrir un nouveau dictateur, ils se sont trouvé un nouveau dieu, maître de leurs destins, propriétaire de l’eau, de l’air, du diamant et du fer. Il s’appelle Mamadi Doumbouya et c’est la course effrénée aux superlatifs pour qualifier cet être exceptionnel, cette nouvelle idole du panthéon noir. Les nouveaux promus roucoulent de plaisir et ne savent quels mots trouver pour exprimer au Tout-Puissant, leur déférence et leur gratitude. Les éconduits en sont presque à le remercier de les avoir foutus dehors à coups de pied au cul, espérant secrètement bénéficier prochainement d’un poste de planton ou de conseiller. Les zélés de la doumboumania qui se retrouvent sans fauteuil et sans strapontin alors qu’ils n’ont pas arrêté de mouiller le maillot, multiplient les couplets de louanges pour se rappeler au bon souvenir du chef, guignant, la bave aux lèvres, un point de chute dans une sous-préfecture ou une lointaine ambassade.
Jamais depuis Sékou Touré, le pays n’a connu autant de flagorneries. Qui c’est, le plus beau ? Qui c’est, le plus fort ? Qui c’est, le plus doué, le plus noble, le plus magnanime ? C’est Mamadi Doumbouya ! Tous les Guinéens sont devenus griots. Les Kouyaté et les Diabaté devraient porter plainte pour concurrence déloyale.
Dans les pays normaux, les ministres sont des hauts fonctionnaires choisis pour leur talent et pour leur respectabilité. En Guinée, pour entrer au gouvernement, la servilité est la seule qualité requise. N’ayons pas peur de choquer, nos ministres ne sont pas des commis d’Etat mais un ramassis de griots et de mendiants. Ils sont là pour flatter le chef et dévorer le pays exactement comme l’on dévore de la viande. Cette année, les appétits sont d’autant aiguisés que le steak a considérablement grossi. En 2025, la Guinée a exporté 182,8 millions de tonnes de bauxite. Une hausse de 25% en un an ! Tenez-vous bien, en quatre ans de pouvoir CNRD, notre production de bauxite a cru de 100 millions de tonnes, soit une hausse de près de 117% ! Nos déguerpis de Kaporo et de Sonfonia, nos étudiants qui crèvent de faim avec des bourses avoisinant les 300 000 fg aimeraient bien savoir où est parti cet argent. Mais il n’y a pas que la bauxite et le fer, la Guinée regorge aussi de terres rares que l’on retrouve jusque dans la bauxite, jusque dans l’or, jusque dans le fer. Ça vaut vraiment le coup d’y être ministre surtout par les temps qui courent.
Un ingénieur canadien qui a vécu dans notre pays et que j’ai croisé par hasard à Varsovie dans les années 90, m’a dit que la Guinée est 4 fois plus riche qu’on le dit. C’est fort possible. Mais seulement riche pour qui ? Pour les compagnies minières bien sûr mais aussi pour quelques ministres, pardon, pour quelques mendiants et griots.
Quand dans nos rues, je vois un enfant sur le dos de sa mère, j’ai envie de pleurer. Je sais qu’il est né pour rien. Son avenir, on le lui a déjà volé.
Par Tierno Monénembo, in Lelynx


