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Opinion

Guinée : respect de la parole donnée (Tribune)

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Le respect de la parole donnée est un principe sacré dans nos valeurs ancestrales. Nos anciens disaient que celui qui ne respecte pas sa parole, ne trouvera que malheurs sur son chemin. Ils préféraient la mort au déshonneur de ne pas tenir parole.

Tous nos pays africains ont accédé à l’indépendance après la seconde guerre mondiale. L’humanité a tiré les leçons des horreurs de cette guerre et les conséquences gravissimes pour la dignité humaine du fascisme. Cette prise de conscience a été sanctionnée par l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1948. C’est donc en tant que pays libre et souverain que nous avions adopté notre première Constitution le 10 novembre 1958 qui proclamait son adhésion totale à cette déclaration des Nations Unies.

Depuis notre indépendance, nous avions librement adopté nos constitutions de 1958, 1990 et 2010. Au vu des actes posés par nos dirigeants, nous pouvons affirmer clairement, qu’ils n’ont respecté ni la lettre, ni l’esprit de ces différentes constitutions. Ils n’ont pas respecté leur parole donnée, c’est pourquoi, malgré ses immenses potentialités naturelles, notre pays n’a connu que des malheurs depuis bientôt 60 ans. Pour cacher leur forfaiture morale et politique de ces dirigeants, des voix s’élèvent pour dire que c’est le fait de vouloir imposer un système démocratique occidental contraire à nos traditions qui est la cause principale de notre faillite politique. Or, nous venons de le voir, c’est en toute liberté que nous avions adopté notre première Constitution et donc le mode d’organisation des institutions de l’Etat et surtout les devoirs et droits fondamentaux des citoyens. Le stricte respect de sa parole donnée et le caractère sacré de la vie humaine ne sont pas des valeurs importées pour nos sociétés. Des contre pouvoirs ont toujours existé pour contenir le pouvoir du chef, qui du reste, avait l’obligation de respecter strictement les traditions au risque d’être destitué notamment  par le Conseil des anciens. Dans ces temps, les chefs avaient l’obligation d’assurer la paix, la sécurité et le bien-être de leurs populations. Ces devoirs étaient sacrés. La seule nouveauté apparue après l’Afrique pré-coloniale dans la pratique de dévolution du pouvoir, c’est le vote libre des populations pour choisir désormais leurs dirigeants. Et c’est cette liberté de choix, que les dirigeants post-coloniaux ont confisqué. Toute l’histoire moderne africaine avec son douloureux cortège de gâchis humain, politique, économique et social se résume à cette confiscation de la souveraineté populaire des peuples par des oligarchies corrompues, violentes et incompétentes. Nous ne voyons pas de changement en ce qui concerne les devoirs qui incombent aux chefs qui gardent toujours les mêmes responsabilités envers leurs concitoyens. Certes, la gestion de l’Etat devient plus complexe, mais les objectifs recherchés au bénéfice des populations sont toujours restés inchangés en tout temps. Ce qui est nouveau, c’est la captation par le chef des biens de toute la collectivité pour son profit exclusif et ses clans familiaux en laissant sombrer dans la misère le reste de la population.

Nos indépendances n’ont pas été accordées brutalement, dès 1946,il y a eu une sorte de période d’apprentissage à la démocratie occidentale dans tous les territoires africains sous domination française. Le multipartisme politique et syndicale fut instauré. Des élections législatives eurent lieu en 1946 et pour la première fois des députés africains ont siégé à l’Assemblée Nationale française pour représenter leurs territoires. Enfin, la loi 56-619 du 23 juin 1956, dite loi-cadre Deffere est adoptée  sur l’initiative de Gaston Defferre ministre des Territoires d;outre-mer et maire de Marseille et de Felix Houphouët-Boigny ministre d’Etat délégué à la présidence du Conseil et maire d’Abidjan. Elle instaure le suffrage universel directe et le collège unique. Elle établit dans tous les territoires, des Conseils de gouvernement qui bénéficient d’une large compétence sur toutes les questions d’intérêt local, il s’agit donc d’une large autonomie.

A l’indépendance, ce sont des dirigeants qui avaient siégé au Palais-Bourbon à Paris, dirigés des gouvernements locaux qui ont pris les reines du pouvoir dans leurs pays respectifs. A qui la faute s’ils ont tracé une autre direction à leurs pays en s’éloignant des valeurs démocratiques, en instaurant des pouvoirs autoritaires? Ce sont eux qui ont mis fin brutalement à l’expérience démocratique dans leur pays. Les partis, les syndicats, les journaux sont devenus uniques, tous étant au service exclusif d’un leader unique aux pouvoirs absolus.

A partir de 1990, un  vent de changement souffle de nouveau en Afrique, partout les jeunesses africaines réclament la démocratie et la fin des partis uniques. Alpha Condé fait partie de cette génération de leaders politiques africains qui seront les porte-parole de cette puissante lame de fond qui porte des revendications pour le changement démocratique. De 1990 à 2010, la jeunesse guinéenne a payé un lourd tribut pour la conquête de la démocratie et de l’Etat de droit dans notre pays. Il y a eu beaucoup de morts et des vies humaines brisées pour cet idéal démocratique. Un seul mot suffit pour Alpha Condé : IMPOSTURE. Et c’est notre soeur Doussou Condé, dont la légitimité dans le combat durant cette période héroïque ne souffre d’aucun doute, qui a su si bien exprimé la trahison d’Alpha Condé qui prétend avoir combattu 50 ans pour nos libertés, la démocratie et l’Etat de droit. Pour masquer cette forfaiture politique, il a introduit le virus ethnique dans la lutte politique. Nous avons combattu le général Lansana Conté parce qu’il a ressuscité le Parti-Etat et pour son autoritarisme et sa mal gouvernance, c’est ce qui faisait l’unanimité au sein de l’opposition de l’époque et même ses partisans ne doutaient pas que c’était bien le sens de notre combat et non pour des raisons bassement ethniques. Depuis le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2010, Alpha Condé a fait voler en éclat ce consensus en menant une agressive campagne ethnique et depuis qu’il est au pouvoir, il poursuit cette voie dangereuse qui est une menace pour notre vivre ensemble, pour l’unité nationale.

Maintenant, nous sommes dans un tournant décisif de notre histoire. Nous devons tous nous retrouver pour nous mettre d’accord sur la place à donner à cette valeur cardinale défendue jadis par nos anciens : le respect de la parole donnée. Les responsables politiques des partis, les responsables des institutions républicaines, les chefs des forces de défense et de sécurité, les chefs religieux, les responsables de la société civile, en fait, toutes les composantes politique et sociale de notre société doivent se prononcer sur la nécessité vitale de respecter la Loi suprême de notre Etat. Nous ne pouvons pas construire un Etat, ni parvenir à éradiquer la pauvreté et assurer la prospérité dans notre pays en ne respectant pas notre Constitution. Aucune société humaine ne peut s’épanouir, se développer, vivre dans la cohésion et en sécurité tout en violant ses propres lois.

Nous sommes 12 millions de Guinéens sur un territoire de 245.857 km2 et au moins 5 millions qui vivent à l’étranger (ceux qui ont fuit la misère et les violences politiques). Avec la montée des populismes, la stigmatisation des immigrés partout dans le monde y compris donc en Afrique, nous n’avons que la Guinée qui nous reste, c’est la terre de nos ancêtres. Il faut impérativement que les lois soient respectées dans notre pays et que ses dirigeants s’acquittent honorablement de leurs responsabilités. On tourne, tourne, tourne, mais on se retrouvera toujours devant le sacro-saint “respect de la parole donnée” par celui d’entre nous qui aurait à prêter serment devant le peuple de Guinée et sur son honneur de respecter et faire respecter la Constitution.

Des voix autorisées disent avec insistance que le 21 ème siècle sera africain, mais à condition que les dirigeants africains respectent l’Etat de droit qui peut garantir le respect des contrats. Les investisseurs ont horreur des incertitudes quant à l’applicabilité des lois et donc de la garantie d’une justice indépendante et impartiale. Il n’y a ni miracle, ni fatalisme, mais des règles universelles à respecter pour tous ceux qui veulent développer leur pays. Partout où le mérite est un délit, la médiocrité la norme et les lois sont bafouées, il n’y aura que la misère et la violence. Des pays qui étaient pauvres, sans ressources naturelles comme la Corée du sud et Singapour, mais à force de travail et de respect stricte de leurs lois se sont hissés au rang  des pays industrialisés. Dans ces deux pays, les meilleurs sont recrutés par l’administration, la méritocratie est une règle d’or dans tous les secteurs d’activité. Leurs leaders sont des exemples pour l’ensemble de la société. C’est cette rigueur qui manque à l’Afrique où les solidarités ethniques prennent le dessus sur toutes les valeurs qui ont permis aux pays occidentaux et maintenant les pays émergents asiatiques d’atteindre un niveau de développement élevé.

Nous avons le choix de vivre dans la pauvreté ou la prospérité. La pauvreté, c’est la loi de la jungle, le règne des médiocres et la prospérité, c’est le règne du droit. Nous avons un choix de société à faire. Qu’on ne nous divertisse pas, la question centrale, l’enjeu majeur pour notre pays se résume au strict respect de la Constitution qui est notre Loi suprême. Celui qui sait qu’il ne pourra pas la respecter et la faire respecter, qu’il s’abstienne de vouloir être président. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation intenable où Alpha Condé a fini de domestiquer toutes les institutions  républicaines du pays, y compris l’armée. Il détient un pouvoir absolu qu’il exerce selon son bon plaisir, c’est un pouvoir hors-la loi. Qui pour lui faire entendre raison? Nous sommes une partie intégrante de l’histoire humaine qui nous enseigne que la liberté ne se donne pas, mais elle s’arrache. Face à l’irresponsabilité de toutes les institutions de la République, il ne nous reste plus que l’article 21 alinéa 4 de notre Constitution qui dispose : Le peuple de Guinée a le droit de résister à l’oppression.

C’est notre droit, maintenant libre à nous de l’exercer ou pas. Ce qui est certain, nous sommes responsables de notre condition de servitude ou de liberté.

Par Alpha Saliou Wann

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« Mon père, prisonnier politique dans la Guinée d’Alpha Condé »

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Après la réélection contestée d’Alpha Condé à la présidence de la Guinée le 18 octobre 2020, le vice-président du principal parti d’opposition, Ibrahima Chérif Bah, a été arrêté avec plusieurs autres opposants. Dans une tribune publiée par  nouvelobs.com, son fils, Alhoussainy Bah qui réside en France, s’inquiète de la dégradation de l’état de santé de son père. Il dénonce aussi ses conditions de détention et appelle à la mobilisation de la communauté internationale pour obtenir la libération des prisonniers politiques.

Tribune/ Détenu depuis le 11 novembre 2020, mon père, âgé de 73 ans, a dû récemment être transféré dans un centre hospitalier pour soigner de graves problèmes cardiaques. Ma famille, qui a finalement obtenu un droit d’accès, a constaté que son corps est marqué par les conditions de détention déplorables qu’il subit. Dans les prisons guinéennes, la dignité et l’intégrité physique des détenus sont, quotidiennement bafouées. Leurs droits à une défense équitable aussi. De quoi est-il coupable pour être traité ainsi ? Son seul crime : avoir participé à l’élection présidentielle et avoir dit « non » à la volonté d’Alpha Condé de se présenter à un troisième mandat, que lui interdisait la Constitution. Les chefs d’accusation les plus fantaisistes ont fleuri pour justifier cet emprisonnement : détention et fabrication d’armes de guerre, association de malfaiteurs, trouble à l’Etat par la dévastation, pillage et destruction, participation à un attroupement, propos incitant à la violence… Dévastation, pillage, fabrication d’armes… Nous parlons d’un homme respectable de 73 ans !

Le cas de mon père est symptomatique du tournant autoritaire pris par le régime en place. Ils sont aujourd’hui environ 350 prisonniers politiques à être incarcérés, répartis entre la maison centrale de Conakry et d’autres centres de détention tout aussi misérables. Dans la première, construite pour accueillir 300 détenus, un seul médecin débordé a en charge le sort de 2 000 prisonniers. Les témoignages des prisonniers nous confirment le pire : les détenus s’entassent les uns sur les autres, sont mal nourris et développent logiquement des maladies liées à l’insalubrité, la promiscuité et l’absence de soins. Quatre prisonniers ont déjà perdu la vie et certaines ONG, dont Amnesty International, ont dévoilé des cas de mauvais traitements, voire de torture par certains gardiens de prison.

Impunité

En Guinée, l’impunité règne pour les forces de sécurité, y compris les forces loyalistes, du fait de l’absence d’organe de contrôle, alors que la moindre parole critique peut vous conduire en prison. Aujourd’hui, hormis Cellou Dalein Diallo, leader de l’UDFG, assigné à résidence, peu de personnalités osent protester contre les dérives du régime. Alpha Condé peut-il encore longtemps fermer les yeux face à ces évidences ?

Les chefs d’accusation aujourd’hui retenus contre une grande partie des accusés ne tiennent pas la route, leurs dossiers sont vides. Les cadres de l’UDFG ont ainsi été accusés de « trouble à l’État par la dévastation et le pillage, atteinte aux institutions de la République, participation à un mouvement insurrectionnel, menace de violences ou de mort par le biais d’un système informatique, diffusion et mise à disposition d’autrui de données de nature à troubler l’ordre public ». Bien souvent, ces charges sont fondées sur de simples messages militants postés sur les réseaux sociaux. Les dates de procès ne sont, pour la quasi-totalité des détenus, pas encore fixées et le droit des avocats à leur assurer une défense digne et équitable piétinés au fur et à mesure de l’avancement des procédures.

Mobilisation pour la libération des prisonniers politiques

À travers le cas de mon père, il paraît essentiel de nous mobiliser en faveur de la libération des centaines d’autres prisonniers politiques guinéens, enfermés pour avoir exercé leur droit fondamental au combat politique, à la libre expression, au débat. Face à la pression politique et internationale, de plus en plus forte, Alpha Condé a fait un geste… et exigé des « excuses publiques » des prisonniers en contrepartie de leur liberté. Pensant prouver sa magnanimité, il s’obstine dans l’arbitraire.

Aussi, nous appelons à une mobilisation urgente et entière des décideurs politiques internationaux, français et européens. Nous en appelons surtout à la lucidité du président guinéen : peut-on aujourd’hui se réclamer président de tout un peuple quand on enferme ceux qui ont osé exprimer leur désaccord ? De mon côté, j’ose espérer un retour rapide de mon père parmi les siens.

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Et si une réponse basée sur le genre était la clé de l’élimination du paludisme ?

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Il est temps de s'attaquer aux impacts non tangibles du paludisme sur les femmes et les filles. C'est l'objet du dernier rapport du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme et Malaria No More, lancé à l'occasion du Forum Génération Egalité cette semaine, qui se penche sur une approche genre pour lutter contre le paludisme et propose des options pour inclure cette dimension dans nos efforts collectifs de lutte contre la maladie.

ll est un fait avéré : le paludisme n'épargne personne. Pourtant ce sont les femmes qui s'investissent le plus au sein des différentes communautés pour combattre cette maladie à tous les niveaux. Et ce sont également elles qui supportent le poids sanitaire, sociétal et économique de cette maladie ancienne et mortelle, qui se développe dans la pauvreté, l'exacerbe et creuse les inégalités.

Il est temps de s'attaquer aux impacts non tangibles du paludisme sur les femmes et les filles. C'est l'objet du dernier rapport du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme et Malaria No More, lancé à l'occasion du Forum Génération Egalité cette semaine, qui se penche sur une approche genre pour lutter contre le paludisme et propose des options pour inclure cette dimension dans nos efforts collectifs de lutte contre la maladie.

Chaque année, des centaines de millions de femmes enceintes et d'enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables au paludisme, les enfants de moins de cinq ans représentant les deux tiers de tous les décès dus au paludisme. D'autres - en particulier les adolescentes - sont victimes de nombreuses insuffisances dans l'offre de services de lutte contre le paludisme, avec des conséquences sur le reste de leur vie.

Cependant le paludisme est aussi traitable et évitable. Depuis 2000, le monde a fait d'énormes progrès dans la lutte contre le paludisme : les décès dus à la maladie ont diminué de 60 % et les cas de près de 40 % ; 7,6 millions de vies ont été sauvées ; la pression sur les systèmes de santé a été réduite et, grâce à ces avancées, des milliards d'euros ont été débloqués pour l'économie mondiale. Toutefois, ces progrès considérables sont aujourd'hui ralentis. Il est nécessaire de définir de nouvelles stratégies et approches pour accélérer les progrès afin de mettre fin à cette maladie.

Dans les pays où le paludisme est endémique, les femmes sont les principales - mais peu reconnues - investisseuses dans la lutte contre le paludisme. Elles représentent 70 % du personnel de santé communautaire qui a contribué à faire baisser le nombre de cas de paludisme et de décès dans les communautés rurales et isolées au cours des deux dernières décennies. Les femmes et les adolescentes sont également les forces motrices de l' « économie informelle des soins » . Par exemple, selon une analyse récente, les femmes passent quatre fois plus de temps que les hommes à s'occuper des enfants atteints de paludisme au sein du foyer. Les femmes consacrent également quatre fois plus d'heures de travail non rémunéré que les hommes. Mais s'occuper des enfants et des membres de la famille qui peuvent souffrir du paludisme plusieurs fois par an les empêche d'avoir un travail stable ou de suivre des études.

Pourtant, pendant trop longtemps, la question du genre a été un angle mort dans la lutte antipaludique, qu'il s'agisse de l'absence de données séparées sur le nombre d'hommes et de femmes qui tombent malades et meurent du paludisme chaque année ou de l'adoption d'une approche unique pour des interventions vitales telles que la distribution de moustiquaires et la pulvérisation intra domiciliaire d'insecticide à effet rémanent. La communauté internationale n'a pas toujours adopté la perspective de genre dans sa lutte contre le paludisme.

Le nouveau rapport « Intégrer la question du genre dans la lutte contre le paludisme pour répondre à un double objectif », dévoile le double dividende que nous pourrions obtenir dans nos efforts communs en mettant en avant la dimension du genre pour venir à bout du paludisme.

Ce rapport montre, par exemple, que lorsque les femmes ont la possibilité de prendre des décisions au sein du foyer, elles obtiennent de meilleurs résultats en matière de santé. Il révèle que les femmes qui sont appréciées en tant qu'agents de santé communautaires en charge des pulvérisations à domicile peuvent devenir des « décideurs », au-delà d'être des agents de programmes de lutte contre le paludisme ; elles servent également de modèles aux autres femmes et filles de leur communauté. Les considérations de genre sont également essentielles lorsque les pays en voie d'élimination traquent les derniers cas de paludisme. Le rapport nous alerte sur le fait que les adolescentes sont confrontées aux plus grands obstacles pour accéder aux services de santé, en particulier lorsqu'elles sont enceintes, ce qui contribue à faire du paludisme la cinquième cause de décès chez les filles de 10 à 14 ans dans le monde. C'est également une autre raison pour laquelle les filles ne vont pas à l'école et sont plus exposées au mariage précoce, à la maternité et à l'exploitation sexuelle.

Finalement, lorsqu'on réduit la souffrance causée par le paludisme et ses impacts sur les

communautés entières, de nouvelles possibilités s'offrent aux femmes et aux adolescentes, qui sont essentielles pour améliorer d'autres résultats en matière de santé, maximiser le potentiel des femmes et des filles, catalyser la reprise économique et sortir les familles de la pauvreté. Si les états décident d'accompagner et soutenir davantage les femmes et les adolescentes qui sont le pivot de la lutte contre le paludisme, les effets n'en seront que plus bénéfiques, tant sur le plan de la santé que sur celui du genre.

Les investissements sur le genre dans les efforts de prévention, de contrôle et d'élimination du paludisme sont essentiels pour réaliser des progrès vers l'éradication qui ont pendant longtemps été difficiles à atteindre. Similairement, mettre fin au paludisme est peut-être la meilleure occasion de faire progresser la dimension genre dans le domaine de la santé. Et lorsque les femmes et les adolescentes sont autonomisées et que la prise en compte de la dimension genre s'améliore, nous déclenchons un cercle vertueux : un meilleur accès aux soins de santé entraîne une baisse des taux de mortalité infantile et une fin plus rapide du paludisme et d'autres maladies.

Il est essentiel que la lutte antipaludique se conjugue au féminin. Pour y parvenir, on a besoin d'un leadership à tous les niveaux - des communautés aux dirigeants, des foyers aux forums mondiaux, et aussi bien des hommes que des femmes. Il est temps d'accélérer les stratégies qui bénéficient des investissements déjà réalisés par les femmes et les adolescentes et de se concentrer sur l'impact considérable qu'on pourrait avoir si elles étaient placées au cœur de ce combat.

Par Professeure Awa-Marie Coll Seck & Dr Abdourahmane Diallo

In La Tribune Afrique

*Professeure Awa-Marie Coll Seck est Ministre d'Etat au sein du gouvernement de la République du Sénégal.

* Dr Abdourahmane Diallo est Directeur général du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme.

 

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Tierno Monénembo : le ventre d’un intellectuel guinéen est dix fois plus curieux que sa tête !

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L’intellectuel guinéen a un gros problème : son ventre est dix fois plus curieux que sa tête. Préoccupé de belle maison et de bonne  bouffe, de bolides et de blazers, englué jusqu’au cou dans le plus sordide des quotidiens, notre bonhomme a définitivement déserté le champ historique et culturel. Ce qui laisse la porte grandement ouverte aux  crétins et aux fripouilles. Est-ce bien malin que de se faire guider par plus petit, plus vil et plus ignorant que soi ?

Vous l’avez compris : tous les malheurs de ce pays viennent de lui. Si, dès le début, il avait pris ses responsabilités, la Guinée aurait été tout autre. Et comme notre pays est une espèce de Balnibarbi (ce pays fictif et mal fichu, imaginé par Jonathan Swift) où l’on passe son temps à dire la même chose et à répéter les mêmes gestes bref, à commettre les mêmes erreurs,  rien ne dit que le passé est derrière nous. Pour que le passé passe, il faut un minimum de rupture. Or, de rupture, il n’y en a point eu. Nos grosses têtes d’aujourd’hui ressemblent point par point à celles d’hier. Le même manque d’idéalisme, la même paresse d’esprit, le même individualisme, le même carriérisme, le même culte fanatique du quotidien, la même inguérissable naïveté ! A chaque fois que je pense à nos regrettés, brillants et prestigieux martyrs du camp Boiro, me revient en tête ce vers du poète turc, Nazim Hikmet :

« …tu es comme le mouton et quand le bourreau habillé de ta peau quand le bourreau lève son bâton tu te hâtes de rentrer dans le troupeau et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier… »

Parfois, je sens dans l’air quelque chose qui rappelle l’odeur sulfureuse des années Sékou Touré, 1967 en particulier.  Ce fut cette année-là que notre sanguinaire « Responsable Suprême »réussit à concentrer tous les pouvoirs dans ses mains : après la chefferie traditionnelle, les partis d’opposition, les syndicats, l’armée, elle aussi passe à la trappe. C’est exactement ce qui se répète aujourd’hui : Alpha Condé est devenu aussi puissant que le Sékou Touré de 1967. Que nous réserve-t-il : un nouveau Camp Boiro ou carrément un Auschwitz voire un Buchenwald  pour engloutir à son tour ce qui nous reste de roseaux pensants ? Faudrait-il dans ce cas, rouler dans la poussière et verser des larmes de sang ? Je ne le pense pas. Les intellectuels de ce pays (de l’Afrique, plus généralement) ne sont pas  des victimes pures et simples, ce sont les complices actifs de leur propre anéantissement. Le monde est foutu quand les grands clercs plient sous le charme de la démagogie et ajoutent leur voix au bruit étourdissant de la vox populi. Penser, c’est garder à tout moment, en toute circonstance, un autre son de cloche !

Pourquoi d’après vous, les Indépendances africaines si chèrement acquises sont très vite devenues des usines à broyer des Nègres ? Tout simplement parce l’intellectuel africain (guinéen, en l‘occurrence) a renoncé au principe-même qui fait qu’un intellectuel est un intellectuel : l’esprit critique. Cette propriété qui porte les deux valeurs essentielles de la pensée : la lucidité et la liberté.

Nos intellectuels ont-ils été lucides ? Nos intellectuels ont-ils été libres ?

Critiquer les conneries du Blanc, c’était bien et même très bien mais cela ne pouvait suffire. Il fallait aussi et dès le début, critiquer nos propres conneries. Je vous assure que si dès le 3 Octobre 1958, Aimé Césaire, Cheik Anta Diop, Ki-Zerbo avaient mis le holà, Sékou Touré n’aurait pas osé faire ce qu’il a fait.

Le rôle d’une élite, c’est de tirer la société vers le haut. Et cela n’est possible que si elle se prémunit de la médiocrité et garde comme un inestimable trésor, son libre-arbitre. Le rôle d’une élite ce n’est pas de revendre des parcelles et d’amasser des dollars ; de spéculer sur le diamant ou de vendre des clous rouillés,  c’est de produire des idées fortes et des émotions saines, bref de galvaniser le peuple, de lui donner de quoi se projeter dans l’avenir en toute lucidité et en confiance. Si la dictature se perpétue dans ce pays, c’est à cause du manque cruel de parapets, de garde-fous, de contre-pouvoirs. Et il va de soi que le premier moyen de résistance est d’ordre mental ; il va de soi que le  premier contre-pouvoir est d’ordre intellectuel. La dictature reculera dans ce pays le jour où les intellectuels se réveilleront, le jour où ils se réconcilieront avec les notions d’idéal (c’est le plus beau des rêves, l’idéal !), de solidarité,  d’indépendance d’esprit et de débat d’idées.

Que nos intellectuels ne se leurrent pas : Sékou Touré, Lansana Conté, Dadis Camara, Sékouba Konaté et Alpha Condé ont trouvé leur raison d’être et leur force dans leur laxisme ou dans leur opportunisme. Qu’ils sachent bien qu’en cas de grabuge, aujourd’hui comme hier, ils seront les premiers à remplir les prisons et les tombes.

Tierno Monénembo

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