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Opinion

Guinée : respect de la parole donnée (Tribune)

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Le respect de la parole donnée est un principe sacré dans nos valeurs ancestrales. Nos anciens disaient que celui qui ne respecte pas sa parole, ne trouvera que malheurs sur son chemin. Ils préféraient la mort au déshonneur de ne pas tenir parole.

Tous nos pays africains ont accédé à l’indépendance après la seconde guerre mondiale. L’humanité a tiré les leçons des horreurs de cette guerre et les conséquences gravissimes pour la dignité humaine du fascisme. Cette prise de conscience a été sanctionnée par l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1948. C’est donc en tant que pays libre et souverain que nous avions adopté notre première Constitution le 10 novembre 1958 qui proclamait son adhésion totale à cette déclaration des Nations Unies.

Depuis notre indépendance, nous avions librement adopté nos constitutions de 1958, 1990 et 2010. Au vu des actes posés par nos dirigeants, nous pouvons affirmer clairement, qu’ils n’ont respecté ni la lettre, ni l’esprit de ces différentes constitutions. Ils n’ont pas respecté leur parole donnée, c’est pourquoi, malgré ses immenses potentialités naturelles, notre pays n’a connu que des malheurs depuis bientôt 60 ans. Pour cacher leur forfaiture morale et politique de ces dirigeants, des voix s’élèvent pour dire que c’est le fait de vouloir imposer un système démocratique occidental contraire à nos traditions qui est la cause principale de notre faillite politique. Or, nous venons de le voir, c’est en toute liberté que nous avions adopté notre première Constitution et donc le mode d’organisation des institutions de l’Etat et surtout les devoirs et droits fondamentaux des citoyens. Le stricte respect de sa parole donnée et le caractère sacré de la vie humaine ne sont pas des valeurs importées pour nos sociétés. Des contre pouvoirs ont toujours existé pour contenir le pouvoir du chef, qui du reste, avait l’obligation de respecter strictement les traditions au risque d’être destitué notamment  par le Conseil des anciens. Dans ces temps, les chefs avaient l’obligation d’assurer la paix, la sécurité et le bien-être de leurs populations. Ces devoirs étaient sacrés. La seule nouveauté apparue après l’Afrique pré-coloniale dans la pratique de dévolution du pouvoir, c’est le vote libre des populations pour choisir désormais leurs dirigeants. Et c’est cette liberté de choix, que les dirigeants post-coloniaux ont confisqué. Toute l’histoire moderne africaine avec son douloureux cortège de gâchis humain, politique, économique et social se résume à cette confiscation de la souveraineté populaire des peuples par des oligarchies corrompues, violentes et incompétentes. Nous ne voyons pas de changement en ce qui concerne les devoirs qui incombent aux chefs qui gardent toujours les mêmes responsabilités envers leurs concitoyens. Certes, la gestion de l’Etat devient plus complexe, mais les objectifs recherchés au bénéfice des populations sont toujours restés inchangés en tout temps. Ce qui est nouveau, c’est la captation par le chef des biens de toute la collectivité pour son profit exclusif et ses clans familiaux en laissant sombrer dans la misère le reste de la population.

Nos indépendances n’ont pas été accordées brutalement, dès 1946,il y a eu une sorte de période d’apprentissage à la démocratie occidentale dans tous les territoires africains sous domination française. Le multipartisme politique et syndicale fut instauré. Des élections législatives eurent lieu en 1946 et pour la première fois des députés africains ont siégé à l’Assemblée Nationale française pour représenter leurs territoires. Enfin, la loi 56-619 du 23 juin 1956, dite loi-cadre Deffere est adoptée  sur l’initiative de Gaston Defferre ministre des Territoires d;outre-mer et maire de Marseille et de Felix Houphouët-Boigny ministre d’Etat délégué à la présidence du Conseil et maire d’Abidjan. Elle instaure le suffrage universel directe et le collège unique. Elle établit dans tous les territoires, des Conseils de gouvernement qui bénéficient d’une large compétence sur toutes les questions d’intérêt local, il s’agit donc d’une large autonomie.

A l’indépendance, ce sont des dirigeants qui avaient siégé au Palais-Bourbon à Paris, dirigés des gouvernements locaux qui ont pris les reines du pouvoir dans leurs pays respectifs. A qui la faute s’ils ont tracé une autre direction à leurs pays en s’éloignant des valeurs démocratiques, en instaurant des pouvoirs autoritaires? Ce sont eux qui ont mis fin brutalement à l’expérience démocratique dans leur pays. Les partis, les syndicats, les journaux sont devenus uniques, tous étant au service exclusif d’un leader unique aux pouvoirs absolus.

A partir de 1990, un  vent de changement souffle de nouveau en Afrique, partout les jeunesses africaines réclament la démocratie et la fin des partis uniques. Alpha Condé fait partie de cette génération de leaders politiques africains qui seront les porte-parole de cette puissante lame de fond qui porte des revendications pour le changement démocratique. De 1990 à 2010, la jeunesse guinéenne a payé un lourd tribut pour la conquête de la démocratie et de l’Etat de droit dans notre pays. Il y a eu beaucoup de morts et des vies humaines brisées pour cet idéal démocratique. Un seul mot suffit pour Alpha Condé : IMPOSTURE. Et c’est notre soeur Doussou Condé, dont la légitimité dans le combat durant cette période héroïque ne souffre d’aucun doute, qui a su si bien exprimé la trahison d’Alpha Condé qui prétend avoir combattu 50 ans pour nos libertés, la démocratie et l’Etat de droit. Pour masquer cette forfaiture politique, il a introduit le virus ethnique dans la lutte politique. Nous avons combattu le général Lansana Conté parce qu’il a ressuscité le Parti-Etat et pour son autoritarisme et sa mal gouvernance, c’est ce qui faisait l’unanimité au sein de l’opposition de l’époque et même ses partisans ne doutaient pas que c’était bien le sens de notre combat et non pour des raisons bassement ethniques. Depuis le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2010, Alpha Condé a fait voler en éclat ce consensus en menant une agressive campagne ethnique et depuis qu’il est au pouvoir, il poursuit cette voie dangereuse qui est une menace pour notre vivre ensemble, pour l’unité nationale.

Maintenant, nous sommes dans un tournant décisif de notre histoire. Nous devons tous nous retrouver pour nous mettre d’accord sur la place à donner à cette valeur cardinale défendue jadis par nos anciens : le respect de la parole donnée. Les responsables politiques des partis, les responsables des institutions républicaines, les chefs des forces de défense et de sécurité, les chefs religieux, les responsables de la société civile, en fait, toutes les composantes politique et sociale de notre société doivent se prononcer sur la nécessité vitale de respecter la Loi suprême de notre Etat. Nous ne pouvons pas construire un Etat, ni parvenir à éradiquer la pauvreté et assurer la prospérité dans notre pays en ne respectant pas notre Constitution. Aucune société humaine ne peut s’épanouir, se développer, vivre dans la cohésion et en sécurité tout en violant ses propres lois.

Nous sommes 12 millions de Guinéens sur un territoire de 245.857 km2 et au moins 5 millions qui vivent à l’étranger (ceux qui ont fuit la misère et les violences politiques). Avec la montée des populismes, la stigmatisation des immigrés partout dans le monde y compris donc en Afrique, nous n’avons que la Guinée qui nous reste, c’est la terre de nos ancêtres. Il faut impérativement que les lois soient respectées dans notre pays et que ses dirigeants s’acquittent honorablement de leurs responsabilités. On tourne, tourne, tourne, mais on se retrouvera toujours devant le sacro-saint “respect de la parole donnée” par celui d’entre nous qui aurait à prêter serment devant le peuple de Guinée et sur son honneur de respecter et faire respecter la Constitution.

Des voix autorisées disent avec insistance que le 21 ème siècle sera africain, mais à condition que les dirigeants africains respectent l’Etat de droit qui peut garantir le respect des contrats. Les investisseurs ont horreur des incertitudes quant à l’applicabilité des lois et donc de la garantie d’une justice indépendante et impartiale. Il n’y a ni miracle, ni fatalisme, mais des règles universelles à respecter pour tous ceux qui veulent développer leur pays. Partout où le mérite est un délit, la médiocrité la norme et les lois sont bafouées, il n’y aura que la misère et la violence. Des pays qui étaient pauvres, sans ressources naturelles comme la Corée du sud et Singapour, mais à force de travail et de respect stricte de leurs lois se sont hissés au rang  des pays industrialisés. Dans ces deux pays, les meilleurs sont recrutés par l’administration, la méritocratie est une règle d’or dans tous les secteurs d’activité. Leurs leaders sont des exemples pour l’ensemble de la société. C’est cette rigueur qui manque à l’Afrique où les solidarités ethniques prennent le dessus sur toutes les valeurs qui ont permis aux pays occidentaux et maintenant les pays émergents asiatiques d’atteindre un niveau de développement élevé.

Nous avons le choix de vivre dans la pauvreté ou la prospérité. La pauvreté, c’est la loi de la jungle, le règne des médiocres et la prospérité, c’est le règne du droit. Nous avons un choix de société à faire. Qu’on ne nous divertisse pas, la question centrale, l’enjeu majeur pour notre pays se résume au strict respect de la Constitution qui est notre Loi suprême. Celui qui sait qu’il ne pourra pas la respecter et la faire respecter, qu’il s’abstienne de vouloir être président. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation intenable où Alpha Condé a fini de domestiquer toutes les institutions  républicaines du pays, y compris l’armée. Il détient un pouvoir absolu qu’il exerce selon son bon plaisir, c’est un pouvoir hors-la loi. Qui pour lui faire entendre raison? Nous sommes une partie intégrante de l’histoire humaine qui nous enseigne que la liberté ne se donne pas, mais elle s’arrache. Face à l’irresponsabilité de toutes les institutions de la République, il ne nous reste plus que l’article 21 alinéa 4 de notre Constitution qui dispose : Le peuple de Guinée a le droit de résister à l’oppression.

C’est notre droit, maintenant libre à nous de l’exercer ou pas. Ce qui est certain, nous sommes responsables de notre condition de servitude ou de liberté.

Par Alpha Saliou Wann

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A LA UNE

«Pendant que l’État de droit sombre en Afrique, la France regarde ailleurs» (Tribune)

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Un an jour pour jour après l'élection présidentielle au Togo, trois figures majeures de l’opposition congolaise, guinéenne, togolaise et un député français appellent la France à prendre des positions fortes concernant la répression de l'opposition et les fraudes électorales dans plusieurs pays d'Afrique. « Pendant que la démocratie et l’État de droit sombrent en Afrique subsaharienne, la France et l’Europe regardent ailleurs, se paient de quelques mots, puis poursuivent le train-train de leurs relations avec les dictateurs en place. » 

Il y a un an, le 22 février 2020, le Dr. Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo remportait largement l’élection présidentielle au Togo. Il suffit de recoller les procès-verbaux des bureaux de vote pour mesurer l’ampleur de sa victoire populaire. Depuis, menacé par le régime de Faure Gnassingbé dont la famille règne sur le Togo depuis plus d’un demi-siècle, il est contraint à la clandestinité d’où il préside le gouvernement légitime en exil. Face au gouvernement fantoche de Faure Gnassingbé, il œuvre pour le rétablissement de la vérité des urnes et une transition pacifique du pouvoir.

Il y a cinq mois, le 18 octobre 2020, Cellou Dalein Diallo remportait lui aussi l’élection présidentielle en Guinée. Depuis, son parti politique subit la répression du régime d’Alpha Condé, avec plusieurs centaines de ses militants et responsables abattus par les forces de sécurité ou emprisonnés. Plusieurs sont morts récemment en prison faute d’accès aux soins.

En République démocratique du Congo, Martin Fayulu remportait l’élection présidentielle de décembre 2018. Depuis, c'est Félix Tshisekedi qui occupe le fauteuil de président, en connivence avec Joseph Kabila. Martin Fayulu se bat pour arracher des réformes institutionnelles consensuelles entre toutes les parties prenantes, en dehors des institutions illégitimes en place, en vue de la tenue de nouvelles élections transparentes et crédibles en 2022 ou 2023. Il prévient qu’il ne tolérera aucun glissement du pouvoir usurpateur au-delà de 2023.

Au Niger, Hama Amadou, ancien Premier ministre, s’est vu refuser le droit de se présenter  à l’élection présidentielle dont le second tour s’est tenu hier, le 21 février 2021. Au Cameroun, tout laisse penser que Paul Biya n’a pas remporté l’élection présidentielle d’octobre 2018 face à Maurice Kamto. Depuis, le régime jette le pays dans un conflit sanguinaire avec ses provinces anglophones. Il en va de même au Gabon où Ali Bongo continue d’exercer le pouvoir, malgré la victoire manifeste de Jean Ping à l’élection présidentielle d’août 2016.

Pendant que la démocratie et l’État de droit sombrent en Afrique subsaharienne, la France et l’Europe regardent ailleurs, se paient de quelques mots, puis poursuivent le train-train de leurs relations avec les dictateurs en place. Oui : dictateurs. Il n’y pas d’autres mots pour qualifier celui qui accède au pouvoir par un mécanisme autre que démocratique ou s’y maintient par la force, contre le vote des citoyens et au moyen de la répression de toute opposition politique et médiatique. Plus grave encore, certains attisent la dimension ethnique, au risque d’enclencher la dynamique de la guerre civile et des crimes inter-ethniques de masse.

Les moyens d’action de la France et de l’Europe sont pourtant là : le Conseil de sécurité des Nations unies, que la France présidera en juillet prochain, l’activation de l’article 96 de l’Accord de Cotonou sur le respect de la démocratie, les pressions diplomatiques pour organiser des élections transparentes, libres et crédibles, les prises de parole fortes pour exiger la libération des prisonniers politiques, les sanctions individuelles (gel des avoirs, interdiction d’accès au territoire européen).

Alors qu’au tournant du nouveau siècle, l’espoir des processus démocratiques se levait en Afrique, il n’a suffi que de quelques années pour mettre à bas cette dynamique positive. Y a-t-il une fatalité aux aspirations démocratiques, toujours déçues, des peuples d’Afrique ? Alpha Condé, qui s’était illustré comme un défenseur intraitable de la démocratie, s’est mué en son fossoyeur dès que la fin de son deuxième mandat – et dernier selon la Constitution – est apparue à l’horizon. Comme d’autres avant lui, et sans doute après lui, il a modifié la Constitution pour s’octroyer un troisième mandat à 83 ans, au prix de la vie de centaines de Guinéens qui s’y étaient massivement opposés. Comment nous-mêmes, qui prétendons accéder au pouvoir par la voie légitime des urnes, garantirons-nous les conditions de l’alternance politique, c’est-à-dire les conditions de notre propre remplacement par l’opposition ?

Il est temps de refonder un pacte démocratique pour l’Afrique centrale et de l’ouest : de poser les principes constitutionnels intangibles et d’assurer les conditions de leur effectivité, de définir les réformes institutionnelles nécessaires pour prévenir tout retour en arrière, et de convenir ensemble du rôle et de la responsabilité de la France et de l’Union européenne dans cet exercice. Car celles-ci ne sauraient se draper dans un silence coupable, au prétexte de non-ingérence. Faire droit aux peuples d'Afrique est un impératif qui requiert une synergie de dynamiques endogènes et exogènes.

Mais ne nous trompons pas : notre combat pour la démocratie, l’État de droit et les droits humains en Afrique centrale et de l’ouest n’est pas un combat cantonné à l’Afrique. Il est mondial. Il participe du même combat pour la démocratie sur les autres continents, en Amérique, en Asie comme en Europe. Car nous le savons désormais : la démocratie n’est jamais un acquis définitif. Chaque jour qui se lève doit se bâtir en essayant de l’atteindre, collectivement, sans relâche, sans concession.

Avant qu’il ne soit trop tard, nous appelons à définir un nouveau cadre partenarial global entre nos pays d’Afrique centrale et de l’ouest et la France et l’Europe.

Le prochain Sommet Afrique-France de juillet 2021, qui se tiendra à Montpellier, doit servir à cela, et non pas être un énième bal des hypocrites. Nous ferons d’ici là une proposition commune, portée par les aspirations de nos peuples, ancrée dans les valeurs de la démocratie et ouverte à toutes celles et tous ceux qui partagent cette exigence et ce combat pour la démocratie.

Signataires

Cellou Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG)

Martin Fayulu, président de l'Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), Président élu de la République démocratique du Congo

Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo, président du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement du Togo (MPDD), Président élu de la République togolaise

Sébastien Nadot, député français (indépendant)

NB : cette tribune a été publiée en premier sur le site Mediapart

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A LA UNE

Face à eux-mêmes, à leurs leaders et à l’avenir, ce que veulent les Guinéens

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Lamarana-Petty Diallo (sur la photo) invite à bien analyser la situation dans laquelle se trouve la Guinée en prenant en compte la capacité des guinéens  eux-mêmes à façonner leur avenir dans la noblesse du combat pour la démocratisation du pays.

L’espoir d’un nouvel avenir est né avec l’indépendance nationale de 1958. Depuis, les Guinéens sont en quête et s’en sont toujours remis aux dirigeants des régimes politiques successifs et aux prétendants au pouvoir.

Cet espoir a une trajectoire. Il a connu des hauts et des bas. Il a conduit à des perspectives toujours renouvelées mais rarement atteintes. Cependant, des événements de divers ordres se succèdent depuis près de deux décennies et constituent, pour tout observateur de l’histoire politique, des indicateurs d’une fin de cycle : celui des pouvoirs inaltérables et des chefs inébranlables.

La nouvelle ère, celle que les responsables politiques ont souvent empêchée souffle déjà et les soubresauts de violences, de manifestations discontinues mais répétitives en sont les signes annonciateurs. Il nous appartient d’en prendre conscience pour assumer pleinement notre présent et notre avenir. Cela passe nécessairement par un certain nombre de paramètres dont l’avènement de nouvelles habitudes ou pratiques dans la gestion de la cité.

UNE AUTRE POLITIQUE POUR UN NOUVEAU MODE DE GOUVERNANCE

Qu’on ne me prête pas l’intention de faire allusion au « Gouverner autrement », ni à son antithèse « Ment pour gouverner ».

La politique dont il est question implique un nouveau regard, de nouvelles idées, une nouvelle philosophie politique qui devrait émerger pour parer, réformer, voire révolutionner, les mentalités sociales et le mode de gouvernance en cours dans notre pays.

C’est un critère que la classe politique guinéenne devrait prendre en compte pour anticiper sa propre transformation. Elle devrait s’aviser et comprendre que la reproduction de modes de gouvernance du passé, basés sur le nombrilisme régional ou ethnique perd du souffle.

Cette politique-là a fait suffisamment son temps et de mal : aucune génération, de l’indépendance à nos jours n’a échappé à la farce démocratique dont s’est paré plus d’un régime politique guinéen.

Nous avons connu des régimes qui se disent, les uns plus que les autres : démocratique, populaire, rassembleur, républicain, redresseur, patriotique, etc. Mais, qu’avons-nous vu ?

Le premier qui se nommait démocratique a été plus dictatorial. Ceux qui sont venus en redresseurs ont tordu le peu qui restait droit dans notre pays. Ne parlons pas du rassemblement actuel de notre peuple qui a dépassé tous ses prédécesseurs en termes de division et d’ethnocentrisme.

UN MAL GUINÉEN : L’ETHNIE POLITISÉE

L’expérience politique que nous avons menée jusqu’à présent a montré que la coloration nominative d’un parti politique ne détermine pas sa pratique de gouvernance. Sinon, les régimes politiques n’allaient pas reproduire, en pire, les mêmes modes de gouvernance politico -ethnique ou l’ethnostratégie.

L’ethnie ne saurait demeurer au cœur de l’Etat en recyclant les mêmes acteurs qui font souvent de la politique par dépit et non par conviction. Ceux-là qui ont instauré et entretenu une espèce de mœurs politiques qui se régénèrent indéfiniment ne sauraient plus continuer à régir la vie des Guinéens.

Ceux qui ont légué ou sont en train de mettre en pratique le mode de gouvernance qu’ils ont hérité : chaque système qui part cède à celui qui le succèdera ses affidés, ses larbins, ses fossoyeurs, ses courtisans doivent changer ou disparaître du paysage politique. Les pouvoirs qui recrutent sur des critères subjectifs bien connus : régionalisme, clientélisme, corporatisme, corruption et laissent libre cours à la gabegie ont fait leur temps.

Cette évidence s’imposera sous peu. Mais, c’est à nous d’accélérer la fin de cette réalité qui s’apparente à un clonage de systèmes ; à une perpétuelle reproduction de la même « progéniture politique » qui plombe notre pays depuis des décennies. Nous ne pourrions le faire si nous ne mettions un coup d’arrêt à un mécanisme bien rôdé qui vicie le système.

LES TRANSHUMANCES ET LA PLÉTHORE DES PARTIS POLITIQUES

 En Guinée, c’est comme si nous avions une pépinière pour faire germer des partis politiques. Le pays en compte près de deux-cents alors que le nombre d’ethnies se situe autour de la quarantaine. Une part d’explication de la déstructuration sociale et politique qui nous talonne, ces dernières décennies tout particulièrement, tient de cette réalité.

Les partis politiques -pour ne pas dire claniques- se plantent, se transplantent et se greffent à volonté selon les circonstances ou tendances politiques du moment.

Certains de nos compatriotes créent leur parti et le promène comme le ferait un banabana de Madina ou de N’gnenguéma de ses quelques fripouilles. Ils affectionnent tout particulièrement les périodes pré-électorales propices à se vendre au plus offrant.

Ailleurs, les acrobates font du cirque.  Chez nous, ils font de la politique. Ainsi, ce noble art de servir la cité tourne au jeu de cirque. Beaucoup de Guinéens se sont spécialisés à ce jeu que j’appelle : « La politique acrobatique » car, on a des politiciens acrobates.

Ainsi, a-t-on vu des « propriétaires de partis politiques », d’une dizaine de militants à peine, courtiser lors d’échéances nationales « les grands partis ». A force de démagogie, de diffamations, d’invectives, de dénonciations et d’incantations, ils décrochent gracieusement le sésame : le titre d’«Honorable» ou de maire qu’ils convoitaient.

Dès lors, ils reprennent leur bandoulière et « Bye-bye allié, vive le pestiféré d’hier ». Ils changent de camp : d’opposants, ils deviennent alliés au pouvoir et, inversement. Ils n’hésitent pas à revenir d’où ils sont partis si ça ne marchait pas. C’est ce que j’appelle : « La politique du ventre vide ou de la quête de pitance ». Comment sommes-nous arrivés à ces transhumances, migrations ou volte-face qui font malheureusement légion ?

LE GUET-APENS DES FASTES DU POUVOIR

Les fastes du pouvoir poussent beaucoup de responsables politiques, qui n’ont pas d’éthique ou de moralité, aux migrations ou « Navetanat politique ». Ces saisonniers de la classe politique guinéenne, sans attache, sont en quête perpétuelle, n’ont pas uniquement de titres, mais de quoi manger. Passer d’un bord politique à l’autre, traverser la frontière qui sépare opposition et pouvoir ne les gêne point. Cela, d’autant plus qu’ils n’ont, pour la plupart, aucune occupation professionnelle et n’espèrent pas à une retraite.

Dès lors, faire la politique devient une activité commerciale consistant, comme mentionné plus haut,  à vendre leur parti. Leur rachat acquis, ils sont aussitôt promus aux plus hautes sphères de l’Etat. Ils se distinguent par leur zèle sans limite. Ils foulent au sol les promesses de fidélité au parti qui leur avait servi de bouée de sauvetage et déroulé le tapis rouge.

L’ancien allié devient la cible à abattre ; son parti, une menace à s’en débarrasser. Désormais à lui, le déshonneur, les calomnies et les insultes. Un certain parti politique et son président en ont l’amère expérience. Bien de responsables de partis-bandoulière à l’agonie s’en sont servis pour retrouver du souffle et rejoindre l’adversaire au pouvoir. Pourtant, le terrain politique est si glissant.

C’est aux citoyens de mettre fin à ce genre de pratique et de comportement qui sème le flou, discrédite la politique et gangrène le climat social. Pour ce faire, il faudrait bien cerner la moralité des responsables, leur leadership ou représentativité au plan national avant d’adhérer à un parti politique. Ainsi, auront-ils, très certainement, la réponse à la question qui les taraude depuis bien longtemps.

QUI EST RÉELLEMENT OPPOSANT ?

Il n’est interdit à aucun citoyen de militer. Que le parti soit de l’opposition ou du pouvoir n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est le libre-choix et l’engagement qui en découlent.

Par conséquent, cette appartenance doit être pleinement assumée.  Jouer à la fois à l’écureuil et au ras-palmiste : « Je ne peux pas monter mais j’attends le fruit cueilli par l’écureuil pour me régaler » est à bannir dans la conquête du pouvoir.

Qui ne comprendrait les frustrations des militants des premières heures du Rpg par exemple ?  En une décennie de pouvoir de leur parti, certains d’entre-eux ruminent leur déception ou se meurent dans la misère alors que d’autres, qui n’ont lutté ni de près ni de loin, se beurrent. Ces visiteurs de la 25è heure arpentent les arènes du Palais alors que ceux qui ont subi brimades et emprisonnements sont rangés dans les oubliettes.

Les vrais opposants se battent, de loin ou sur le terrain, pour un changement réel ; pour le bien-être des populations. Ils sont sur un double front : contre le système en place et contre les migrants politiques. Les autres, s’ils n’ont pas encore rejoint le camp du pouvoir, cherchent à y arriver par tous les moyens. La preuve ?

Dès le lendemain de la prestation de serment du président déclaré, ils se sont empressés de donner les premières directives et se sont fendu des premières recommandations. A croire qu’ils étaient déjà ministres.

Il fallait les voir se bousculer le 15 décembre 2020, face aux caméras pour marquer leur présence dans l’espoir d’entrer dans la mangeoire gouvernementale.

Qui n’a pas écouté, les jours suivants, leur mea-culpa dans la perspective de se repositionner en potentiels alliés. Leur main tendue, sans aucune consultation des instances de leur parti, a conduit à plusieurs démissions de responsables. Désormais, ce sont les militants qui devront lâcher les troubadours politiques qui n’hésitent pas à mendier.

ALLABÈ,  ANNABIBÈ », UN POSTE POUR JOINDRE LES DEUX BOUTS

l y a de braves politiciens chez nous. Ils « sont opposants » depuis des décennies mais ils sont les premiers à courtiser le système qu’ils combattaient. Si cela n’est pas bien guinéen, ce n’est pas d’ailleurs non plus.

On a partout entendu des « Allabè, Annabibè » (s’il te plait) de la part de certains opposants sauf dans nos langues. Trop gênant. Alors, on se dissimule à dire la langue française : c’est plus commode et plus alambiqué, plus approprier pour se voiler la face. Au cas échéant, on aurait ouvertement entendu des prières faites au « Kê Koroba »  (grand chef) ou au « Mansa Kê ».

Dans tous les cas, bien de ceux qui luttaient contre le troisième mandat se sont subitement montrés, les uns plus que les autres, plus modérés, plus disponibles, plus vertueux en conseils et propositions.

Chacun d’entre-eux a tenu à exposer en premier ses lumineuses idées ; sa légitime volte-face : » Mon parti a tourné la page ; ce que je propose au président Alpha Condé ; nous devons aller de l’avant ; si on me proposait un poste… ; mon parti a pris acte ; il revient au président de la république de…, si on m’invite… ; il faut que… ; je propose que… ». Et Nyatiri poça ! (juron ironique). Mais le cirque continue.

Ne sommes-nous pas dans un pays où le chef de l’opposition qu’on lui a filée dispose d’un nombre illimité de quatre  (4) parlementaires ? Pourtant, il s’est proprement octroyé un cabinet de 15 membres.  Un nombre qui aurait pu augurer le premier gouvernement de la Quatrième République. A se demander où est passé « Korô Mansa » dont le goût pour le partage du pouvoir et l’acceptation de la rivalité sont bien connus.

Mais l’argent pue du côté du chef qui saura bien filer à l’opposition, des lianes, que dis-je, des liasses, de billets. Ah ! Pauvreté politique quand tu nous tiens. Car toutes les acrobaties mentionnées s’expliquent par la poche trouée et le ventre vide.

LES SYSTÈMES NE SONT RIEN

Il n’y a pas de système politique fort. Il ne peut y avoir que de peuple soumis ou qui refuse, du moins tarde, à assumer son destin.  Tout est entre les mains du citoyen détenteur du suffrage universel et unique porteur d’avenir.

Les Guinéens que nous sommes devrions intégrer cette philosophie qui nous permettrait de comprendre que la classe politique n’est que le reflet de notre propre image. Ce qu’exprime en termes simples l’adage : « tout peuple a les chefs qu’il mérite ».

Désormais, nous devrions choisir entre les opposants qui ont des objectifs, nourrissent un idéal réel, assument réellement leur vocation et les opposants fictifs ou virtuels qui nous bernent en nous prenant comme un objet de troc.

Chacun de nous devrait se dire, je veux sortir du cercle vicieux des présidences à vie. Je ne veux plus m’accommoder du comportement néfaste de certains opposants aux convictions aussi fluctuantes qu’une sauce de gombo et bien plus poreuses qu’un filet de pêche.

A nous de savoir qui, de l’opposant assumé à celui qui cherche où se poser selon les jeux politiques du moment, pourrait être le recours.  Qui est du pouvoir ou de l’opposition ? Qui a un pied dedans et l’autre dehors ?

Nous devrions nous demander si des politiciens, englués dans des divisions intestines et des débats qui tournent autour de l’ethnie et non de la nation, pourront mettre fin aux maux séculaires dont nous souffrons.

Enfin, il faudrait nous rendre à l’évidence qu’il nous est rarement arrivé de nous réveiller le cœur net pour nous réjouir des systèmes que nous avons connus. Tous les jours, nous nous répétons, et nos parents avant nous, les mêmes prières, les mêmes doléances, le même questionnement : « Oh ! Mon Dieu, quand est-ce que ce pouvoir aussi va prendre fin ? Fasse qu’il finisse de mon vivant ! ».

N’est-ce pas que l’eau, le courant, les soins, la sécurité, l’entente nationale, qui constituent notre quotidien vital,  nous sont aussi inatteignables que le sommet du Mont Nimba ?

A nous d’assumer notre destin en choisissant des dirigeants qui ne soient pas de simples guérisseurs de nos maux, mais des faiseurs de notre bonheur.

Par Lamarana-Petty Diallo

lamaranapetty@yahoo.fr

 

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A LA UNE

Officiellement prête à tourner la page, la Guinée hésite à feutrer le pas

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Il y a 50 ans, les autorités ont justifié «la victoire du peuple» face à «l’agression portugaise» du 22 novembre 1970 en condamnant à mort 80 personnes, considérées par le Tribunal révolutionnaire comme étant des «traîtres» et d’individus «apatrides» et «déloyaux» envers «la révolution».

Mais puisque «les faits sont têtus», et les commentaires libres, nombreux s’accordent au fait que l’opération du 22 novembre a été planifiée par le régime Sékou Touré en bonne intelligence avec les autorités portugaises qui négocient la libération de leurs 26 prisonniers aux mains des indépendantistes Bissau-guinéens, capturés par les combattants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée Bissau et des îles du Cap-Vert (Paigc) et détenus à Kindia.

En échange, le régime en place tenait à obtenir la livraison de certains des plus farouches opposants guinéens basés à l’étranger (auxquels il a été fait miroiter une opération militaire amphibie montée par la France pour venir à bout du régime Sékou Touré) pour faire une purge interne.

A quelques jours du débarquement, un transfèrement des détenus de Kindia sur Conakry est réalisé. La tâche de déloger les 26 prisonniers du Paigc ne prend qu’un court laps de temps. Les Portugais repartent laissant derrière eux les débarqués.

D’autres présentent une autre version à cette histoire. Ils concluent que l’agression portugaise a été effectivement orchestrée par les puissances occidentales après avoir réussi à débarquer le Ghanéen Kwamé N’Krumah le 24 février 1966 et le malien Modibo Keita le 19 novembre 1968 qui avaient formé avec Sékou Touré l’Union Ghana-Guinée-Mali, une coalition contre les intérêts Occidentaux en Afrique.

«Ils étaient entre 350 et 420 soldats portugais et combattants guinéens en novembre 1970.» Et «l’objectif était de capturer Amilcar Cabral, le chef du Paigc, ou de tuer Ahmed Sékou Touré et renverser son régime». Au bilan, l’opération s’est soldée par la libération des 26 prisonniers de guerre. Selon une version relatée dans les grands médias francophones et lusophones, l’équipage portugais a perdu 8 de ses membres, dont 7 guinéens.

S’il est vrai que les témoignages et écrits sur ces événements ont tendance à inculper ou disculper les présumés victimes et le régime Sékou Touré, et que le pays tarde encore à valider les conclusions des travaux de la Commission provisoire de réflexion sur le processus de Réconciliation en république de Guinée dirigée par l’Archevêque de Conakry et le Grand Imam de la Mosquée de Conakry mise en place le 24 juin 2011 par Alpha Condé lui-même avec notamment l’appui du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix (qui ont montré la voie permettant de rassembler toutes les parties et laver définitivement le linge sale en famille, comme l’a fait Nelson Mandela en Afrique du Sud) c’est qu’il y a assurément un sérieux manque de leadership et d’engagement au plus haut niveau de l’Etat en même temps que beaucoup d’hypocrisie.

Par Alpha Abdoulaye Diallo

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