Le paysage de l’asile en France en 2025 révèle une dynamique paradoxale. Si le volume global des demandes s’essouffle, la pression migratoire en provenance de Guinée reste l’une des plus soutenues du continent. Selon les chiffres consolidés de l’Ofpra publiés mercredi 28 janvier, 8 640 dossiers ont été déposés par des ressortissants guinéens l’année dernière.
Avec 5,9 % du total des demandes, la Guinée s’impose comme le premier pays d’Afrique de l’Ouest émetteur de demandeurs de protection. Elle devance ainsi la Côte d’Ivoire (5,2 %, soit 7 530 dossiers) et se hisse dans le « Top 5 » mondial, juste derrière des zones de conflits majeurs comme l’Afghanistan, la RDC, Haïti et l’Ukraine. À eux seuls, ces quatre pays captent plus d’un tiers des 145 210 demandes enregistrées en 2025.
Au niveau national, le ministère de l’Intérieur observe une baisse globale de 5,5 % de la demande d’asile par rapport à 2024. Une décrue qui ne semble pas entamer la détermination de la jeunesse guinéenne, dont le flux reste constant vers l’Hexagone.
Un accès à la protection toujours sélectif
Si, globalement, un demandeur d’asile sur deux obtient désormais une réponse favorable (50 % de taux d’accord après recours CNDA), les chances de succès varient drastiquement selon l’origine. En effet les pays comme Haïti (94 %), l’Ukraine (91,5 %) ou le Soudan du Sud (90,9 %) bénéficient d’une reconnaissance quasi systématique.
Contrairement aux nationalités précitées, les ressortissants d’Afrique de l’Ouest, dont les Guinéens, font face à des critères d’éligibilité souvent plus stricts, alors que les réexamens de dossiers, eux, bondissent de 43 % sur l’année.
Vers un « durcissement » des visas ?
Cette forte présence guinéenne dans les statistiques de l’asile crispe les relations entre Conakry et Bruxelles. Ce mercredi 28 janvier 2026, l’ambassadeur de l’Union européenne en Guinée, Xavier Sticker, a ouvertement critiqué la coopération des autorités de transition.
« La coopération est insuffisante concernant la réadmission des ressortissants en situation irrégulière », a martelé le diplomate.
Le point de friction majeur reste la délivrance des laissez-passer consulaires, nécessaires pour expulser les déboutés de l’asile. En réponse, l’UE brandit la menace de l’Article 25A du Code des visas. Si Conakry ne facilite pas les retours, les conséquences pourraient être lourdes pour l’ensemble des citoyens guinéens. Ainsi on pourrait assister à une explosion des frais de dossier de visa, à l’allongement drastique des délais de traitement, ou à la réduction de la validité des titres de séjour pour les étudiants et les opérateurs économiques.
Entre une demande d’asile qui ne faiblit pas et un étau diplomatique qui se resserre, la question de la mobilité des Guinéens vers l’Europe entre dans une zone de fortes turbulences.
Par I. Sylla


