Le 28 septembre 2026, à Conakry, le président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Alexis Deswaef, conjointement avec l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (Avipa), a solennellement appelé les autorités guinéennes à garantir une justice et des réparations effectives pour les victimes du massacre de 2009, en réponse à l’enlisement actuel du processus judiciaire. Présent pour la première fois dans la capitale guinéenne à l’occasion des commémorations de ce drame survenu il y a dix-sept ans, Alexis Deswaef a rencontré les victimes ainsi que les différentes parties prenantes pour exiger, au nom de ces organisations, que les responsabilités soient pleinement assumées et le droit à la vérité respecté.
Selon les déclarations officielles de la FIDH, de l’OGDH et de l’Avipa, les acquis du verdict historique rendu le 31 juillet 2024 par le Tribunal criminel de Dixinn, qui avait requalifié les faits en crimes contre l’humanité et condamné plusieurs hauts responsables, sont aujourd’hui gravement compromis.
Ces sources soulignent que la justice a été fragilisée par la grâce présidentielle accordée à l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara, le 28 mars 2025, ainsi que par les décès en détention de Claude Pivi et d’Aboubacar Diakité, dit Toumba, survenus au premier trimestre 2026.
Ces organisations pointent également du doigt les récents revers de la seconde phase du procès devant la Cour d’appel de Conakry. Elles citent notamment la remise en liberté de trois accusés (Georges Oulemou, Thomas Touaro et Jean-Louis Kpoghomou) pour vice de forme en février 2026, ainsi que l’acquittement en juillet 2026 du colonel Bienvenu Lamah, promu général dans la foulée, des décisions ayant immédiatement fait l’objet d’un appel par les avocats des parties civiles et le ministère public.
En outre, la FIDH et ses partenaires dénoncent les lacunes du processus d’indemnisation. D’après leurs données, sur les 334 victimes reconnues par le jugement de 2024 et visées par le décret d’indemnisation de mars 2025, seules environ 200 ont été dédommagées à ce jour. Les organisations déplorent l’opacité des critères d’attribution et l’exclusion inexpliquée de plus de 400 autres parties civiles de ce dispositif.
Face à ces obstacles, la FIDH, l’OGDH et l’Avipa interpellent directement le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Les sources estiment que ces dysfonctionnements entrent en contradiction avec le mémorandum d’entente signé en 2022 sur le principe de complémentarité. Elles exigent la tenue rapide et équitable du procès en appel pour clore juridiquement les événements du 28 septembre 2009, date à laquelle la répression d’un rassemblement pacifique pour la démocratie au stade de Conakry avait causé la mort d’au moins 156 personnes et entraîné des violences sexuelles contre plus d’une centaine de femmes.
Par I.Sylla


