La promotion de Bienvenu Lamah au grade de général de brigade de la gendarmerie nationale par le président Mamadi Doumbouya provoque une vive indignation chez les ONG de défense des droits humains. Cette décision est intervenue quelques jours à peine après l’acquittement de cet officier par le Tribunal criminel de Dixinn, et alors que les parties civiles viennent de faire appel de ce jugement dans le cadre du procès du massacre du 28 septembre 2009.
Pour les organisations signataires d’un communiqué conjoint publié le 13 août 2026, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA), cette nomination équivaut à une normalisation de la violence par les autorités et elles exigent que le régime y renonce.
Maître Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH et avocat des parties civiles, souligne : « Au regard des accusations qui pèsent encore sur Bienvenu Lamah, puisque nous avons fait appel de la décision prononçant son acquittement, sa promotion au rang de général de brigade de la Gendarmerie nationale guinéenne indigne les parties civiles et tend à la normalisation de la violence du 28 septembre 2009 ».
De son côté, Maître Alpha Amadou DS Bah, président de l’OGDH, dénonce : « Avec cette promotion accordée à l’un des présumés responsables des massacres du 28 septembre 2009, le Président de la République Mamadi Doumbouya a fait le choix de récompenser, avant même la fin de la procédure judiciaire, une personne accusée des faits qualifiés de crimes contre l’humanité. C’est un mauvais signal envoyé à toutes les victimes mais aussi à tou·tes les Guinéen·nes, qui va à l’encontre de l’état de droit et la dignité humaine ».
La douleur est particulièrement ravivée chez les survivants, comme l’explique Asmaou Diallo, fondatrice et présidente de l’AVIPA : « Nous constatons qu’au procès de Bienvenu Lamah, les victimes ont été écoutées sans être entendues. Leur récit glaçant ne laissait pas de doute sur l’implication directe du prévenu dans les pires violations commises le 28 septembre et au cours des jours qui ont suivi. Sa promotion, après son acquittement, est vécue comme une profonde blessure et une nouvelle injustice pour toutes celles et ceux qui attendent encore reconnaissance et justice ».
L’appel interjeté contre l’acquittement de Bienvenu Lamah s’inscrit dans un ensemble de trois recours formulés par les parties civiles. À ce jour, les autorités judiciaires guinéennes n’ont encore donné aucune réponse concrète quant à la suite de ces procédures.
Bienvenu Lamah était jugé pour complicité de meurtres, viols, coups et blessures volontaires, enlèvements, séquestrations et entrave aux mesures d’assistance aux personnes. Le parquet, qui avait sollicité la requalification des faits en crimes contre l’humanité, avait initialement requis dix ans de réclusion criminelle contre lui.
Lors de ces événements qui ont causé 156 morts, le viol de plus d’une centaine de femmes et fait plus d’un millier de blessés, l’officier était en service au Centre de formation militaire de Kaléyah. Selon l’accusation, ce camp aurait servi de point de départ aux recrues impliquées dans les exactions perpétrées au stade de Conakry.
Par I.Sylla


