Deux ans après le verdict jugé historique, le processus judiciaire concernant le massacre du 28 septembre 2009 en Guinée menace de s’effondrer, selon une déclaration conjointe publiée le 3 août 2026 par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (Avipa). Ces organisations alertent sur un délitement de la justice à Conakry, marqué par des libérations controversées, des décès en détention et un processus d’indemnisation opaque, privant de nombreuses victimes de leur droit à la réparation et à la vérité.
Les inquiétudes des parties civiles font suite à une série de revers judiciaires majeurs survenus ces derniers mois, entravant la manifestation de la vérité. Selon la déclaration des ONG, ce recul a débuté avec la grâce présidentielle accordée pour raisons de santé en mars 2025 à l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara, initialement condamné à vingt ans de prison.
La situation s’est aggravée au début de l’année 2026 avec les décès successifs en détention de l’ancien ministre de la Sécurité présidentielle, Claude Pivi, et d’Aboubacar Diakité, dit Toumba. Plus récemment, la seconde phase du procès devant la Cour d’appel s’est soldée par l’annulation des procédures contre trois accusés pour vice de forme en février 2026, et par l’acquittement, le 27 juillet dernier, du colonel Bienvenu Lamah.
Me Alpha Amadou DS Bah, président de l’OGDH, affirme que ces événements portent un coup sévère au cours de la justice, précisant que le collectif d’avocats a immédiatement interjeté appel de ces dernières décisions.
Au-delà des audiences, le volet des réparations cristallise également les tensions, les organisations signataires dénonçant un processus d’indemnisation exclusif et dysfonctionnel.
Bien qu’un décret adopté en mars 2025 prévoie de dédommager sur le budget national les 334 victimes reconnues par le jugement de juillet 2024, le communiqué souligne qu’en mai 2026, moins de deux cents personnes avaient perçu un premier versement. Plus de 400 autres parties civiles demeurent exclues du dispositif sans explication ni calendrier, avec des critères de sélection jugés particulièrement opaques.
Face à cette situation qui alimente un profond sentiment d’injustice, Asmaou Diallo, présidente de l’Avipa, exhorte les autorités guinéennes à raviver la volonté politique qui avait permis l’ouverture du procès.
De son côté, Alexis Deswaef, président de la FIDH, rappelle que ces manquements mettent aujourd’hui à l’épreuve la crédibilité de la justice guinéenne vis-à-vis de la Cour pénale internationale (CPI) et du principe de complémentarité.
Pour rappel, les procédures en cours visent à faire la lumière sur les événements survenus le 28 septembre 2009, lorsque les forces de défense et de sécurité guinéennes ont réprimé dans le sang un rassemblement pacifique au grand stade de Conakry en faveur d’une transition démocratique.
Selon les données compilées par les défenseurs des droits humains, ce massacre a fait au moins 156 morts, des dizaines de disparus et plus d’une centaine de victimes de violences sexuelles. Près de dix-sept ans après les faits, environ 750 parties civiles attendent toujours que la procédure judiciaire aille à son terme.
Par Alpha Abdoulaye Diallo


