Trois individus accusés de trafic international d’écailles de pangolin ont été présentés à Conakry ce jeudi 23 juillet 2026 par le Secrétariat général à la Présidence, chargé des Services spéciaux et de la Lutte contre le Crime organisé, à la suite d’une saisie de 359 kg de cette marchandise prohibée. Cette interpellation met en lumière les activités d’un vaste réseau criminel transnational opérant en Afrique de l’Ouest, ciblant une espèce intégralement protégée par les législations nationales et internationales.
Les faits se sont déroulés le lundi 20 juillet 2026, aux alentours de 13 heures, dans le quartier de Yimbaya-Tannerie. Les forces de l’ordre ont intercepté Ousmane Sidibé, alias « Toubadou », et Ali Sylla, accompagnés de Samba Sidibé, en plein jour. Selon les informations communiquées par le commissaire divisionnaire de police Foromo Soropogui, de la Direction centrale de lutte contre le crime organisé, la cargaison illicite était répartie dans cinq sacs et convoyée à bord d’un taxi immatriculé AP5677. Samba Sidibé est directement poursuivi pour complicité, les enquêteurs lui reprochant d’avoir fourni ce moyen de transport en parfaite connaissance de la nature de la marchandise. Les écailles, prisées sur les marchés asiatiques pour la médecine traditionnelle en raison de leur teneur en kératine, sont évaluées à plusieurs centaines de millions de francs guinéens.
Lors de leurs interrogatoires, les prévenus ont reconnu les faits, admettant leur implication dans une filière dépassant les frontières guinéennes. Selon les sources policières, les suspects ont révélé qu’un de leurs complices avait récemment été interpellé en Côte d’Ivoire alors qu’il tentait d’exporter des écailles vers le Liberia. Ousmane Sidibé, qui s’est présenté comme le propriétaire des écailles saisies, a déclaré : « Je reconnais bien sûr [que] cette marchandise a été saisie avec moi. C’est ma première fois de transporter ça mais la personne qui m’a donné m’avait dit de faire attention. »
Pour les autorités et leurs partenaires, l’ampleur de cette saisie illustre un massacre écologique significatif. « Ce poids reflète le nombre très élevé d’espèces animales entièrement protégées mais abattues par des moyens divers », a souligné le commissaire Foromo Soropogui lors de la présentation. Cette analyse est corroborée par l’ONG EAGLE Guinée, partenaire des Services spéciaux.
Antonia Gustafsson, coordinatrice de l’organisation, a précisé que les mis en cause ne sont pas des trafiquants occasionnels, de sérieux indices pointant vers un réseau international impliqué dans la falsification de documents d’exportation et le commerce d’autres espèces, dont des chimpanzés. « Cette arrestation montre encore que les autorités sont toujours mobilisées pour lutter contre la criminalité faunique », s’est-elle félicitée.
Les trois suspects ainsi que la marchandise saisie ont été transmis au parquet. Ils seront traduits devant la justice pour trafic international d’objets de faune protégée, en vertu de l’Annexe 1 de la Convention CITES, des articles 56 et 168 du Code de protection de la faune sauvage, et de l’article 20 du Code pénal guinéen.
Les spécialistes rappellent que le pangolin, essentiel à la régulation des populations d’insectes mais extrêmement vulnérable en raison de son faible taux de reproduction, demeure l’un des mammifères les plus braconnés au monde pour des croyances dépourvues de tout fondement scientifique.
Par Mariam Bâ


