Le vendredi 5 juin 2026, à Sèfan, une localité située dans la préfecture de Kindia, Mamadama Sylla a été interpellée par une équipe de la gendarmerie nationale pour les nécessités de l’enquête ouverte suite au décès de sa petite-fille, Fatoumata Camara, une élève âgée de 10 ans. Cette arrestation, ordonnée par le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kindia, fait suite à des accusations de maltraitance ayant entraîné la mort de l’enfant, survenue deux jours après avoir été violemment bastonnée.
Selon guineematin, la suspecte a initialement justifié son acte par une volonté d’éducation. Lors de son interrogatoire, elle a affirmé avoir agi à la demande de la mère de la victime : « Étant une personne à mobilité réduite, c’est sa maman qui est venue se confier à moi en me demandant de corriger Fatou, car cette dernière refusait de laver les ustensiles de cuisine. C’est ainsi que j’ai dit à Fatou d’avoir pitié de sa mère. J’ai pris mon bâton pour la corriger, mais elle s’est accrochée à moi. Après cela, j’ai constaté que son corps était brûlant de fièvre. J’ai alors demandé à mon mari de l’envoyer au poste de santé, et c’est ce qui a été fait. Mais des proches m’ont conseillé de l’évacuer plutôt chez les tradipraticiens, estimant que son cas n’était pas simple. Une fois là-bas, le soignant a commencé les traitements et son état semblait s’améliorer. Ensuite, elle a été transportée chez une autre personne avant son décès ce matin. Je ne sais rien d’autre, j’ai juste voulu corriger ma petite-fille pour qu’elle aide sa mère », a-t-elle déclaré.
Cette version des faits est toutefois contredite par le président du district de Sèfan. Cité par nos confrères Mohamed Makia Camara a révélé que la grand-mère avait dans un premier temps nié la gravité des coups avant de reconnaître des actes de séquestration physique face aux témoignages du voisinage.
Celui-ci a précisé : « J’étais à la maison vers 21 heures lorsque le médecin m’a appelé pour m’informer qu’il avait reçu une patiente. Il m’a dit qu’elle avait été sérieusement frappée et qu’il ne pouvait pas intervenir sans mon autorisation. Quand je suis arrivé, j’ai constaté que la fillette saignait du nez. Nous avons demandé à sa grand-mère pourquoi elle l’avait frappée. Elle a d’abord répondu qu’elle ne l’avait pas battue avec un fouet, mais qu’elle lui avait seulement donné de légers coups, et que son état était dû au paludisme. Pourtant, des témoins affirmaient que l’enfant avait été ligotée pendant un long moment. Face aux évidences, elle a finalement reconnu avoir attaché la fillette avec son foulard au niveau des mains et avec une corde au niveau des jambes ».
Sur le plan médical, la prise en charge de la victime met en lumière des complications sévères et des choix thérapeutiques traditionnels tardifs. Harouna Camara, le chef du poste de santé de Sèfan interrogé par la même source, a retracé le parcours clinique de la fillette en indiquant l’avoir reçue une première fois le 2 juin 2026, accompagnée de son grand-père. Si le test de diagnostic rapide s’est révélé positif au paludisme et a fait l’objet d’un traitement immédiat, la situation a basculé le lendemain.
Le chef du poste de santé a rapporté : « Le lendemain, ils ont ramené l’enfant dans un état critique. Elle était inconsciente et saignait abondamment du nez. Mon suppléant lui a administré du sérum et des médicaments pour arrêter l’hémorragie. C’est à ce moment précis que nous avons appris qu’elle avait été battue. J’ai immédiatement recommandé son évacuation d’urgence vers l’hôpital régional de Kindia, car son état était particulièrement critique. Malheureusement, la famille a finalement conduit l’enfant chez un tradipraticien après avoir évoqué un cas de sorcellerie. C’est là-bas que l’enfant est décédée quelques jours plus tard ».
À la suite de ce drame et sur instruction de la magistrature, le corps de Fatoumata Camara a été inhumé le soir même de l’interpellation de la grand-mère.
Par Mariam Bâ


