L’ex-Premier ministre Ousmane Sonko, limogé le 22 mai dernier par le président Bassirou Diomaye Faye, a été élu président de l’Assemblée nationale ce mardi 26 mai 2026 à Dakar. Il a obtenu 132 voix sur les 133 exprimées, avec une seule abstention et aucun vote contre. Cette élection s’est déroulée en l’absence d’une trentaine de députés de l’opposition, qui ont boycotté la séance pour contester la légalité de sa réintégration au Parlement, son mandat de député ayant été suspendu pendant qu’il dirigeait le gouvernement. Ousmane Sonko succède immédiatement à El Hadj Malick Ndiaye, un de ses fidèles, qui avait démissionné de son poste le 24 mai pour lui céder la place. Cette accession au perchoir fait désormais de Sonko la deuxième personnalité de l’État, survenant au lendemain de la nomination d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô comme nouveau chef du gouvernement, le 25 mai.
Ce bouleversement institutionnel met fin à l’ancienne alliance politique résumée par le slogan « Diomaye Moy Sonko ». Le président Faye a choisi de sanctionner ce qu’il considérait comme la « personnalisation excessive » de son Premier ministre. Le conflit de pouvoir s’est intensifié autour d’une récente réforme électorale ouvrant la voie à une candidature d’Ousmane Sonko pour l’élection présidentielle de 2029, entrant en confrontation directe avec les ambitions politiques du président sortant.
Les divergences se sont également cristallisées sur la ligne politique clivante de Sonko, qui avait fustigé la « tyrannie » de l’Occident sur les questions de mœurs devant le Parlement, alors même que le Sénégal traverse une crise économique marquée par une dette atteignant 132% du PIB et la suspension des aides du FMI. Au soir de son éviction, Sonko avait réagi depuis son domicile de Keur Gorgui face à ses partisans en déclarant : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger ».
Désormais installé à la présidence de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko installe le pays dans une configuration de cohabitation conflictuelle inédite, puisque son parti y détient la majorité parlementaire. Le politologue Malao Kanté souligne que cette situation « risque d’installer le pays dans une situation un peu compliquée et de bloquer le bon fonctionnement de l’Etat », évoquant notamment le risque immédiat d’une motion de censure contre le gouvernement du nouveau Premier ministre. De son côté, l’opposition, menée par Aïssata Tall Sall et le groupe parlementaire Takuu Walu, qualifie cette manœuvre de « coup d’Etat constitutionnel ».
L’opposition rejette la démission préalable de Malick Ndiaye pour vice de procédure et exhorte le président Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel pour invalider la réintégration de Sonko, prédisant que ce dernier utilisera l’Assemblée nationale pour s’attaquer directement au fauteuil présidentiel. Face à cette crise qui secoue le parti Pastef, où plusieurs cadres ont démissionné en signe de solidarité, le responsable politique Adama Fall tente de relativiser cette rupture historique en déclarant : « Nous sommes une génération consciente, et l’histoire ne va pas se répétée dans ce sens-là ; elle va se répéter dans le bon sens », assure-t-il.
Par Guinee28


