Vingt ans d’attente touchent à leur fin, mais la souveraineté audiovisuelle de la Guinée a désormais un prix précis : 66 millions d’euros. En promulguant la loi L2025018CNT le 16 avril, le président Mamadi Doumbouya a officiellement activé le levier de l’endettement extérieur pour sortir le pays de l’ère de l’analogique. Cette décision fait suite à une correction législative indispensable pour débloquer les fonds auprès des bailleurs français, mettant fin à un imbroglio administratif qui paralysait le dossier.
Le montage financier révèle l’ampleur de l’engagement de l’État guinéen : sur l’enveloppe globale, 56,1 millions d’euros constituent le cœur du prêt, répartis entre un crédit de 31,1 millions garanti par BPI France et une ligne directe de 25 millions consentie par le Trésor français. À cette créance s’ajoute une prime d’assurance de 9,9 millions d’euros, confirmant que cette modernisation technologique repose sur un investissement lourd, contracté auprès de partenaires européens.
Ces capitaux empruntés sont le moteur d’un chantier titanesque visant à résorber un retard historique. Alors que l’Union internationale des télécommunications avait fixé l’échéance de la migration à 2015, la Guinée affichait fin 2024 un bilan critique, avec seulement huit sites de diffusion fonctionnels sur trente-deux et une couverture TNT limitée à une infime portion du territoire.
L’argent frais doit transformer la Radiotélévision de Guinée (RTG) en un réseau moderne, finançant aussi bien les studios de Boulbinet que le futur centre technique R+3 de Koloma, tout en déployant des infrastructures de production à Boké, Kindia, Labé, Kankan et Nzérékoré.
Au-delà des équipements, ce crédit servira à l’agrégation des médias privés et à la formation d’une nouvelle génération de techniciens, liant ainsi l’avenir du paysage médiatique national à la gestion rigoureuse de cette dette stratégique.
Par Guinee28


