Aujourd’hui, notre pays se recueille à la lisière d’un pâturage inédit. L’avènement de la Ve République consacre le retour à la normalité constitutionnelle, tel un astre dont la clarté doit dissiper les brumes de la discorde. Puisque la sagesse pastorale enseigne qu’on ne saurait guider un troupeau en restant immobile, il nous appartient d’écouter ce vibrant appel au calme. Cette exhortation, jaillie de notre âme collective, exige une écoute sacrée.
Pourquoi une telle urgence ? Parce que l’heure est venue de sacrifier nos ego sur l’autel de l’intérêt supérieur car, à l’instar de l’avertissement d’Abraham Lincoln, une demeure divisée contre elle-même est vouée à l’effondrement.
Nos ambitions personnelles et nos susceptibilités identitaires s’apparentent aux termites qui rongent la charpente de notre maison commune.
En vérité, si nous ne privilégions pas l’intérêt général, nous fragilisons le toit qui nous abrite tous.
Le berger sait que chaque bête de son troupeau, quelle que soit sa robe, possède la même valeur face à l’orage.
En République, le délit de faciès constitue une maladie de l’âme qui défigure la nation. C’est pourquoi nous devons refuser cette haine stérile pour embrasser ce que Martin Luther King appelait la « fraternité humaine ».
Ce dernier nous rappelait avec force que nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, faute de quoi nous allons mourir ensemble comme des idiots. Ces mots résonnent aujourd’hui dans nos quartiers, de Conakry à Nzérékoré, tel un impératif de survie.
La préférence de l’intérêt général est le seul pâturage où la paix peut brouter sans crainte.
Si la Ve République nous offre le cadre institutionnel, il nous appartient désormais d’y insuffler l’esprit de tolérance où le voisin n’est plus perçu comme un suspect mais comme un bâtisseur. Car, dans l’hypothèse où le troupeau se disperserait à cause de la colère du berger ou de l’entêtement des bêtes, l’hyène de l’instabilité l’emporterait fatalement.
Sous ce soleil nouveau, l’ordre constitutionnel est un véritable contrat de cœur.
Désormais, après avoir franchi avec succès le cap de la présidentielle, nous nous acheminons tranquillement vers les législatives et les communales. Cette étape cruciale va conduire à l’architecture complète de nos institutions républicaines, dont le Sénat.
Vivre sous le toit de la Guinée sans haine revient à accepter que la différence est une richesse et non une menace, afin que chacun d’entre nous, du plus humble au plus puissant, se sente chez lui et protégé par des lois justes. Laissons donc nos rancœurs au bord du chemin pour forger une République où la seule préférence est celle de la patrie. C’est à ce prix, et à ce prix seul, que nous honorerons l’héritage de nos devanciers ainsi que l’avenir de nos enfants. La route est certes longue mais, comme on dit dans nos villages, c’est en marchant ensemble que l’on écrase les épines.
J’ai dit.
Par Alpha Abdoulaye Diallo, in Le Populaire


