Mercredi 11 mars, l’Assemblée nationale du Sénégal a adopté à la quasi-unanimité, 135 voix pour et trois abstentions, un projet de loi doublant les peines encourues pour les relations homosexuelles, désormais passibles de cinq à dix ans de prison. Ce texte, qui doit encore être promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye, prévoit également des sanctions pénales contre la promotion de l’homosexualité, érigeant de fait le pays parmi les plus répressifs du continent.
Ce vote intervient dans un climat de tension extrême, marqué par des vagues d’arrestations quotidiennes et des débats virulents alimentés par des accusations de propagation volontaire du sida. Si la loi introduit une disposition contre les « dénonciations abusives de mauvaise foi », le ton à l’hémicycle est resté sans équivoque. La députée Diaraye Bâ a ainsi salué la fin de la « liberté d’expression » pour les personnes concernées, tandis que le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, a qualifié la mesure de « belle loi », invoquant la protection des valeurs nationales face à des influences perçues comme étrangères.
Malgré ce durcissement, le texte cristallise des fractures politiques. Bien que les associations religieuses réclament de longue date une « criminalisation » totale, l’exécutif a maintenu la qualification de « délit ». Ce choix a permis au Premier ministre Ousmane Sonko d’estimer les objectifs atteints, tout en s’attirant les foudres d’une partie de l’opposition qui l’accuse de trahir ses promesses de campagne.
Alors que les organisations de défense des droits humains dénoncent une dérive sécuritaire, le Sénégal rejoint le bloc des nations africaines — plus de la moitié du continent, disposant d’une législation répressive en la matière.
Par Mariam Bâ


