Je m’en souviens. L’histoire est une vieille dame têtue qui finit toujours par repasser les plats. Tenez ! Un jour de décembre 2019, sous un soleil de plomb à Conakry, l’air était saturé par la sourde oreille du Pr Alpha Condé. Contre vents et marées, il s’accrochait au mirage d’un troisième mandat.
Dans le sillage d’une délégation du NDI, Nicéphore Soglo et Goodluck Jonathan tentaient de le dissuader de franchir le Rubicon constitutionnel.
En ma qualité de président de l’AGEPI à l’époque, je plaidais pour que nos aînés fussent notre ultime rempart, afin de murmurer à l’oreille du président Condé qu’il existe une vie et même une très belle vie après le palais.
En aparté, le président Soglo me confia cette vérité universelle que les autocrates feignent d’ignorer, à savoir que «le pouvoir est une prison dont la clé est le respect des urnes».
Ce souvenir me revient avec force ce mardi 10 février 2026, date à laquelle le CNT a adopté la loi organique portant statut des anciens présidents et de leurs conjoints.
Enfin ! La transition militaire vient combler un vide juridique, qui, trop longtemps, a servi de prétexte aux fins de règne au forceps.
L’article 74 de notre Constitution sanctuarise désormais les avantages matériels et l’immunité pour les actes de fonction. C’est une avancée notable.
En garantissant l’intégrité physique et le confort financier du sortant du Palais, on neutralise cet instinct de survie qui, souvent, mue le dirigeant en tyran. On offre une sortie honorable plutôt que le silence de la tombe ou l’amertume des exils forcés à Ouagadougou, Addis-Abeba ou Istanbul.
On trace le chemin qui mène du fauteuil présidentiel au banc des sages de notre République. Pourtant, attention aux chèques en blanc !
Si l’alternance par les urnes devient un guichet automatique où l’on encaisse des privilèges sans inventaire, nous ne créons pas des sages, mais une caste de citoyens hors-sol.
Le droit ne peut être un bouclier contre la redevabilité. La Constitution ne saurait offrir un lit de paille de fonio à celui qui en aurait piétiné les principes fondamentaux de la démocratie.
D’ailleurs, quelle est la valeur d’une prime au départ si elle s’applique à celui qui a bâillonné les libertés ou siphonné les deniers publics ? Le défi est là.
A nous de transformer ce pont d’or en un contrat de performance démocratique ! A nous de faire en sorte que la protection des biens ne doit plus blanchir l’illicite et la sécurité du rang ne n’achète le silence de la justice !
Finançons l’alternance au prix du respect sacré des textes et de la morale publique. Car s’il est vrai que les hommes passent et que les institutions demeurent, la République doit protéger ses serviteurs sans jamais s’agenouiller devant ses fossoyeurs. J’ai dit.
Par Alpha Abdoulaye Diallo, in Le Populaire


