Dans un entretien sans concession accordé à la Deutsche Welle, Tiken Jah Fakoly dresse un constat amer sur l’état de l’unité ouest-africaine. Le célèbre reggaeman ivoirien, figure historique de l’engagement panafricain, ne cache pas sa douleur face à la fracture entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES). S’il reconnaît l’échec d’une CEDEAO incapable de résoudre équitablement les conflits, il perçoit la création de l’AES par le Mali, le Burkina Faso et le Niger comme une division délétère plutôt qu’une solution.
Pour l’artiste, cette nouvelle alliance manque de substance institutionnelle, pointant du doigt la persistance de trois présidences et de trois gouvernements distincts.
Il va plus loin en suggérant que cette union de façade pourrait n’être qu’un stratagème pour se soustraire aux échéances électorales, une situation qui le laisse « meurtri ».
Ce sentiment de régression, Tiken Jah Fakoly le vit comme un échec personnel, lui qui a consacré sa carrière à chanter le rassemblement d’un continent aujourd’hui plus affaibli que jamais par ses scissions.
Malgré ce tableau sombre, l’artiste refuse de céder au fatalisme total et place ses espoirs dans un renouvellement générationnel de la classe politique. Il appelle de ses vœux l’ascension de jeunes leaders capables de restaurer la crédibilité des institutions régionales et de porter enfin une voix africaine forte et cohérente sur la scène internationale.
Par I.Sylla


