Un document confidentiel que l’ONG Climate Rights International a pu consulter, détaille les menaces du projet d’extraction de fer au mont Nimba. Entre déforestation massive et péril social, l’étude d’impact environnemental, encore non publiée, sonne l’hallali pour ce site classé à l’UNESCO.
C’est une étude qui aurait dû rester dans les tiroirs des ministères jusqu’à l’approbation finale. Ses conclusions sont pourtant sans appel. Le projet « Kon Kweni », porté par la société Ivanhoe Atlantic, s’apprête à défigurer le Mont Nimba, l’unique site guinéen inscrit au patrimoine mondial.
Un « défi écologique » hors de portée ?
L’étude ne mâche pas ses mots : la protection de la biodiversité sur ce site représentera « un véritable défi écologique qui va nécessiter des moyens humains, techniques et financiers très conséquents ». Sans une rigueur absolue, le rapport prévient que « le projet générerait des impacts inacceptables sur la biodiversité du mont Nimba et sur les Valeurs Universelles Exceptionnelles du site ».
Le document pointe notamment du doigt une perte sèche de 485 hectares de forêts. Les experts soulignent que l’impact sur le climat local sera de « nature négative et directe avec une intensité forte, de fréquence répétée, et partiellement réversible ». Un verdict qui classe l’importance de ces dommages comme « majeure ».
Le climat et l’eau sous haute tension
Au-delà des chiffres, c’est la survie même des espèces locales qui est en jeu. Le rapport révèle que les émissions de gaz à effet de serre (1 000 000 de tCO₂e prévues) « menacent la résilience [des] espèces micro-endémiques du Mont Nimba, particulièrement sensibles aux variations climatiques ».
L’hydrologie de la région n’est pas épargnée. L’étude soulève des inquiétudes majeures sur « une baisse locale des niveaux de nappe et une augmentation du ruissellement de surface en raison de l’érosion des sols ». Les habitats d’espèces rares, « strictement adaptés aux savanes de plaine et montagnardes, seront particulièrement exposés ». Même les chimpanzés sont en première ligne : la construction d’une route couloir induira « une perte d’habitat […] directement et indirectement par un effet lisière plus important ».
Un cocktail social explosif
L’impact humain est le troisième pilier de ce réquisitoire. Selon le rapport, les résidents locaux craignent déjà que le projet « exacerbe les changements déjà observés par les communautés sur le climat ».
Plus inquiétant encore, l’étude souligne que les infrastructures minières vont supprimer une partie des surfaces cultivables des villages environnants, augmentant la pression foncière dans une zone déjà marquée par des « conflits mortels entre éleveurs et agriculteurs ». Le document alerte sur les « impacts cumulatifs […] sur le foncier, les groupes vulnérables et la cohésion sociale », notamment à cause du manque de coordination des relocalisations entre les différents projets miniers de la région.
Le double discours de Conakry
Alors que la Guinée s’est engagée dans sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN) de 2025 à « enrayer la déforestation », ce projet semble contredire ses propres promesses. « Autoriser un projet sans garantir la préservation de l’unique site du pays classé au patrimoine mondial semble difficile à concilier avec ces ambitions », martèle Fabien Offner de Climate Rights International.
Alors qu’Ivanhoe Atlantic prévoit de lancer les travaux de construction au premier trimestre 2026, la question reste entière : le gouvernement guinéen, détenteur de 10 % du projet, va-t-il ignorer les alertes rouges de sa propre étude d’impact ?
Par Alpha Abdoulaye Diallo


