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Un ex ministre de la Justice du Mali à Alpha Condé : « n’y allez pas, c’est dangereux ! »

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Paris, le 27 février 2020

À Monsieur Alpha CONDÉ

Président de la République de Guinée

Monsieur le Président,

Cher Alpha,

Depuis l’annonce de votre initiative de réforme constitutionnelle, une énorme suspicion entoure cette initiative et nombreux sont ceux, Guinéens ou autres citoyens du continent, qui vous accusent de vouloir poursuivre le dessein funeste d’un troisième mandat, et ce en violation de tous les engagements.

Au fur et à mesure que le terme de votre second et dernier mandat approche, votre velléité de briguer un troisième mandat apparaît. Il transcende encore plus nettement, contre le gré de nombreux Guinéens plutôt déterminés à se dresser contre ce qui leur apparaît comme une violation inattendue et inacceptable des règles qui vous lient à la Guinée.

Cela est une évidence depuis votre annonce de coupler élections législatives et révision constitutionnelle via référendum. Plus personne ne doute de votre volonté de briguer un troisième mandat.

D’ailleurs, interrogé au sujet d’une éventuelle candidature, vous avez indiqué clairement à la presse qu’il revient plutôt à votre Parti, le RPG, de désigner son candidat. J’imagine que vous ne diriez pas non si ce choix se portait sur vous.

Sans ambages ni détours, votre volonté est constante de détourner la loi fondamentale – à votre profit et pour votre intérêt personnel, pour atteindre votre objectif de vous maintenir au pouvoir sans droit ni fondement.

Au-delà de la Guinée, c’est tout le continent et le monde qui s’élèvent désormais contre le principe même de la violation du terme constitutionnel des mandats politiques. Dans un continent comme l’Afrique, qui ne conçoit plus que les actions de ses dirigeants franchissent le cadre légal, s’il y a par nature et par essence une faute lourde et inexcusable c’est bien ce type de geste et toutes les attitudes qui l’entourent.

Monsieur le Président, l’État et la République sont régis par des principes, vous ne pouvez ni ne devez l’ignorer.

Monsieur le Président, le respect scrupuleux des principes qui régissent l’État et la République s’impose à tous les gouvernants.1

L’État de droit et la démocratie sont essentiels à une époque où la gouvernance est confrontée à des choix ultimes et difficiles pour la lutte contre la terreur, le développement, la bataille contre les pandémies. Les incidences politiques et institutionnelles sont souvent imprévisibles.

N’est-ce pas le cas pour vous aujourd’hui en Guinée ?

Je ne préjuge guère quant à la véritable posture qui sera en définitive la vôtre durant les derniers jours qui vous séparent encore de la date fatidique que vous avez fixée pour tenir ce double scrutin.

Je ne préjuge pas non plus du sort de la Guinée et des Guinéens le lendemain de ce double scrutin.

Je ne suis pas devin non plus pour prédire ce que sera votre propre sort, Monsieur le Président, mais dans tous les cas, j’imagine qu’il sera tout pour vous sauf le bonheur.

Un proverbe de la culture mandingue, qui nous est si chère à tous les deux et que nous partageons, ne dit-il pas que lorsque vos amis ne sont plus capables de vous dire la vérité en face, il faut aller implorer vos ennemis et les payer s’il le faut pour qu’ils vous disent cette vérité.

Monsieur le Président, votre décision de réviser la Constitution guinéenne est un droit qu’il vous revient de mettre en œuvre en votre qualité de Président de la République. Une telle décision est même légale puisque la Constitution que vous voulez anéantir l’a prévue.

En homme averti, pensez-vous que cette décision vers laquelle vous vous dirigez aujourd’hui est véritablement légitime ?

Toujours en pays mandingue, il est dit que lorsqu’une situation vous embarrasse, prenez soin de regarder à gauche et à droite et scrutez les regards et les visages de ceux qui vous entourent.

En ce qui vous concerne, regardez à votre gauche et vous vous rendrez compte qu’en Guinée, ceux qui s’opposent à votre révision constitutionnelle sont nettement plus nombreux que ceux qui vous y encouragent. À votre droite, vos vrais amis, en Guinée et ailleurs, ne cessent de vous alerter et vous appellent à la retenue. Ils vous invitent à suspendre votre initiative et à reculer.

Ne rajoutez pas à la témérité, l’arrogance et le dédain !

Monsieur le Président, je vous sais homme déterminé, à la limite de l’acharnement et de la témérité. Pensez-vous qu’une telle détermination vous aurait conduit à sortir de prison, tout seul et sans aucune aide, après une mise en cause inique et un procès injuste dont vous avez été l’objet, et durant lequel j’ai été auprès de vous, aux côtés de plusieurs autres avocats ?

Au-delà, nombreux sont vos amis qui sont inquiets pour vous et mal à l’aise. Ils ont mal dans leur être et leur conscience de vous laisser tout seul, face à votre détermination à affronter le feu qui finira sans aucun doute par vous brûler.

Pouvais-je rester insensible dans une atmosphère politique guinéenne si délétère et invivable, qui donne un signal de danger de mort ?

Je n’en suis pas si sûr dans la mesure où, jusque-là, je me suis abstenu de m’exprimer publiquement sur ce sujet pour ce qui vous concerne. Je me suis abstenu de vous mettre personnellement en cause pour des raisons que vous devinerez aisément.

Devant l’insupportable, je prends l’option de m’adresser à vous aujourd’hui. J’en appelle au militant que vous êtes. Je m’adresse à votre conscience première, la plus ardente, celle de l’époque des combats d’antan, épiques et légitimes, menés contre la dictature, la tyrannie de la violation du droit et la négation des libertés fondamentales qui ont anéanti l’homme africain.

J’ose imaginer, Monsieur le Président, qu’il vous reste encore quelque jugeote pour prendre la mesure, toute la mesure, du danger qui vous guète, pour arrêter la marche fatale qui vous conduit plus vers la décadence que vers la gloire.

Monsieur le Président, je vous imagine capable d’un sursaut et vous sais incapable de résister longtemps à l’appel des bisaïeuls, qui vous demandent de changer de côté et de chemin.

Vos pairs d’Afrique sont mécontents du niet insoutenable que vous leur avez signifié aujourd’hui lorsqu’ils ont souhaité venir en Guinée, pour palabrer avec vous et les autres protagonistes de ce qui apparait aujourd’hui comme la crise guinéenne.

L’Organisation Internationale de la Francophonie, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et peut-être bientôt l’Union Africaine, vous ont tourné le dos ou le feront. Le spectre de la Guinée de Sékou TOURÉ renaît avec vous et par vous. Êtes-vous devenu subitement un adepte de Sékou TOURÉ et de ses méthodes sanguinaires ? Êtes-vous devenu celui qui mènera la Guinée vers l’abîme ?

Monsieur le Président, vous avez encore le temps et l’occasion de faire mentir tous vos détracteurs en leur disant qu’il s’agit là d’une vilaine rumeur. Dressez-vous contre cela et rejoignez Jacques ATTALI, qui affirme que la « rumeur agit comme un virus » et qu’elle est « le pire » de tous les virus puisqu’elle « détruit les défenses immunitaires de sa victime ».

Monsieur le Président, ne soyez victime d’aucune rumeur ni d’aucun entêtement, ne soyez pas téméraire ni obtus.

Monsieur le Président, agissez vite contre cette rumeur et tuez-la au plus vite, avant qu’elle ne devienne virus… pour vous emporter.

Parce que, Monsieur le Président, en laissant plus longtemps ce virus vivre et se propager, il viendra très vite assombrir de nuages le ciel pourtant dégagé de la Guinée. C’est vous qui le dites, en partie du fait de votre leadership. Vous aspirez encore à éclairer la Guinée, mieux et plus que la lampe à pétrole.

Monsieur le Président, la Guinée et les Guinéens ont-ils plus besoin de lumière ou de modification de la Constitution ? Y incorporer des dispositions nouvelles, alors même que sa mise en œuvre n’a signalé aucune anomalie ? L’anéantir d’un coup, au profit d’une autre que l’on imagine meilleure puisque relookée ?

Monsieur le Président, n’est-ce pas cette même Constitution qui vous a installé au pouvoir et vous a permis d’exercer paisiblement un pouvoir absolu depuis une décennie ?

Monsieur le Président, le confort constitutionnel actuel dont vous jouissez est le premier signe évident de l’expression par les Guinéens de leur liberté. C’est leur volonté affirmée et jamais démentie de ne pas cautionner un pouvoir indéfini, qui perdure dans le temps et n’a pas d’autre limite que l’infini.

Avant votre ère, Monsieur le Président, les Présidents Ahmed Sékou TOURE et Lansana CONTÉ se sont renouvelés au pouvoir autant qu’ils l’ont voulu. Pour y parvenir, ils ont fait passer leur souhait personnel de demeurer au pouvoir comme émanant du peuple entier, « dévoué » pour la Guinée. Vous avez personnellement pâti de cette suprématie et de cette manière prégnante d’exercer le pouvoir en Guinée.

Monsieur le Président, cette époque est révolue en Guinée, mais également en Afrique, et vous avez contribué à l’enterrer.

L’heure est à l’affirmation du droit et à la suprématie de la loi, qui doit être scrupuleusement respectée !

Monsieur le Président, j’affirme ces exigences nouvelles. En les évoquant, j’ai le souvenir de deux douzaines d’avocats, alignés au tribunal de Conakry, pour vous, à l’entrée du bureau du procureur de la République. C’était la veille de l’ouverture du procès qui vous a fait comparaître, pour exiger des autorités du ministère public guinéen de vous rencontrer préalablement et impérativement, sous peine de boycotter l’audience du lendemain.

Ce fut fait comme demandé !

Cette demande, exprimée avec insistance, presque par la force, par vos avocats-défenseurs dont j’étais, vous a permis de les rencontrer. Plus de la moitié de ces défenseurs, venus de l’étranger, étaient révoltés à la vue de cette ignoble prison de Conakry dans laquelle vous avez été gardé, en violation sans cesse répétée de vos droits fondamentaux de citoyen et des libertés de l’homme politique que vous étiez, injustement emprisonné et bafoué.

Vous êtes devenu, après toutes ces péripéties, Président de la République, Chef de l’État, et vous avez prêté serment pour respecter la Constitution guinéenne et l’observer scrupuleusement.

Monsieur le Président, l’État de droit exige soumission au droit, y compris lorsqu’il s’agit du premier personnage de Guinée, que vous êtes devenu aujourd’hui.

Dans ce pays, il est aujourd’hui question de modification et/ou de révision constitutionnelle. Dans un tel cadre, faut-il aller jusqu’à penser ou croire que les exigences de l’État de droit, notamment la soumission au droit, ne concerneraient plus que les autres ? Elles ne concerneraient donc jamais ceux qui, comme vous, ont à cœur de servir le pays et la nation en suivant leur seule conception du pouvoir et du devoir, même si elle est aux antipodes de ce que ressent la plus grande partie du peuple ?

Faut-il dans ce cas poursuivre le bon service à la nation sans fin ni aucune limite, contre la volonté du peuple dont on dit être le représentant ?

Monsieur le Président, la modification de la Constitution devient dans ce cas la nouvelle trouvaille politico institutionnelle du génie politique africain. Le but visé devient celui de clouer le bec à la limitation de mandat, acquis depuis les années 1990, pour passer par le changement de régime et faire le bond de la limitation du mandat.

L’homme politique est au pouvoir sans fin, sa volonté est supra humaine et infra divine.

Monsieur le Président, même si dans leur rêve le plus démoniaque des fils de Guinée en venaient à vous demander de mettre en œuvre un tel dessein, il vous reviendrait d’y renoncer d’entrée de jeu. Il faudrait mettre en avant les exemples douloureux des première et seconde républiques guinéennes, qui n’ont pas apporté que du bonheur sur ce plan.

Monsieur le Président, il vous reviendra également de reculer face à une telle offre, en rappelant aussi le sort de vos pairs africains qui se sont frottés à cette modification-changement de régime et qui en ont eu pour leur grade.

Enfin, Monsieur le Président, le sort préoccupant des jeunes de Guinée devrait vous inquiéter plus encore. Ne pas rajouter à leurs douleurs de l’ignorance, du désœuvrement et de la déperdition, celle de l’exode ou du sang. Ce serait la seule issue qui s’offrirait à eux dans un pays disloqué de votre fait par les effets d’une crise aux relents politiques et sociaux.

Face à un tel scénario, j’ai été incapable de rester silencieux et de ne pas réagir vis-à-vis de vous. Il fallait que je vous parle. De vous à moi… n’y allez pas, c’est dangereux !

Je me suis persuadé de vous adresser la présente pour en appeler à votre esprit d’antan, mais également à votre responsabilité ultime. Elle m’apparaît être celle qui vous engagera demain et fera évoquer votre nom et votre personne en bien ou en pire. Comme ceux qui vous ont précédé à la place qui est la vôtre aujourd’hui, vous ne serez alors, comme eux, plus de ce monde.

Monsieur le Président, il est encore temps de cesser ce qui peut encore être considéré comme une méprise de votre part, avant que cela ne soit la source de discordes. Cette Guinée a besoin d’aller de l’avant, plus loin que vous ne l’avez menée.

Monsieur le Président, la fonction suprême que vous avez incarnée et assumée dans ce pays ne vous autorise pas à aller à contre-courant de l’histoire de la Guinée et de l’Afrique. La vocation ultime des institutions est désormais la construction de l’État de droit et de la démocratie, l’affermissement de la paix et de la concorde.

Monsieur le Président, entendez ma voix quand elle sonnera dans vos oreilles avec des milliers d’autres, qui viendront vous dire la même chose… Si vous les entendiez de manière plus véhémente, ce ne serait pas de votre goût et vous laisserait moins de répit pour agir et vous ressaisir.

Monsieur le Président, que les voix et les esprits d’Afrique vous parlent et que vos actions soient ultimement dirigées vers le bonheur du peuple de Guinée. Pour cela, vos efforts doivent inspirer l’Afrique et ses fils.

Mamadou Ismaïla KONATÉ

Avocat aux barreaux du Mali et de Paris

Ancien garde des Sceaux et ministre de la Justice du Mali

Ancien défenseur d’Alpha CONDÉ, opposant politique de Guinée

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Décès de Oury Barry : « ça n’a rien de naturel », estime Fabien Offner

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Les réactions continuent suite à la mort en détention le 16 janvier dernier de Mamadou Oury Barry, âgé de 21 ans.

Alors que le ministère de la justice évoque la maladie, tandis que sa famille parle « d'empoisonnement et de « crime d'État », pour le responsable pour l'Afrique de l'Ouest d'Amnesty International, son décès « n’a rien de naturel ».

Ces décès « n'ont évidemment rien de naturel et résultent de violations graves des principes fondamentaux de l'ONU relatifs au traitement des détenus », a estimé Fabien Offner, cité par le point.fr.

Une centaine de personnes au moins sont mortes en détention en Guinée entre 2015 et octobre 2019, a-t-il souligné.

Depuis novembre dernier, au moins quatre détenus politiques sont morts en prison avant leurs procès à la Maison centrale de Conakry.

Dans un communiqué jeudi, l'Union européenne a souligné que ces décès « mettent en évidence les dysfonctionnements du système pénitentiaire et de l'appareil judiciaire guinéen ».

Les États-Unis ont également réagi. Se disant « gravement préoccupés » par le « ciblage de l'opposition politique par le gouvernement », pour Washington, « les actions du gouvernement et la mort de deux membres de l'opposition pendant leur détention remettent en question l'engagement de la Guinée en faveur de l'État de droit ».

Par Ibrahim Sylla

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Simandou : Beny Steinmetz condamné à 5 ans de prison ferme pour corruption

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Sept ans après l’ouverture de l’enquête, le Tribunal correctionnel de Genève a condamné vendredi le magnat franco-israélien Beny Steinmetz à cinq ans de prison ferme pour corruption d’agents publics en Guinée dans un dossier de droits miniers.

«Il ressort de ce qui a été exposé… que les concessions ont été obtenues par la corruption et que Steinmetz a collaboré avec d’autres personnes» en vue de les obtenir, a déclaré la présidente du tribunal correctionnel de Genève, Alexandra Banna, en pointant du doigt les «mobiles éminemment égoïstes» de l’homme d’affaires. Le tribunal le «condamne à une peine privative de liberté de cinq ans», a-t-elle ajouté, suivant ainsi la demande du parquet.

L’homme de 64 ans a également été condamné à verser une créance compensatrice (une forme de dédommagement) de 50 millions de francs à l’État de Genève. Le parquet avait requis 5 ans de prison et la confiscation de 50 millions de francs.

«Je prends acte de cette décision que je trouve injuste et dont je fais immédiatement appel», a déclaré Beny Steinmetz à l’AFP, qui reste «totalement combatif et confiant». «Cette décision ne reflète absolument pas ce que les 6 jours d’audience ont révélé: il n’y a ni pacte ni acte de corruption». «Je dénonce dix ans de manipulation et de mensonges, une enquête menée uniquement à charge et dans la violation des droits de la défense», a-t-il ajouté.

«Pratiques prédatrices»

Pour l’ONG Public Eye, qui dénonce les injustices ayant leur origine en Suisse, cette affaire est «emblématique des pratiques prédatrices du secteur minier» et constitue une «véritable plongée dans les mécanismes de la corruption internationale, avec en toile de fond la Guinée, l’un des pays les plus pauvres de la planète».

Le procès, qui s’est tenu du 11 au 18 janvier est l’aboutissement d’une longue enquête internationale lancée en 2013 en Suisse et portant sur des permis miniers octroyés en Guinée au Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), dans lequel le diamantaire a le titre de conseiller.

Ce dernier avait obtenu en 2008, peu avant la mort de l’ancien président guinéen Lansana Conté, le droit d’exploiter les blocs 1 et 2 de l’un des plus importants gisements de fer au monde à Simandou, où il a investi 170 millions de dollars (environ 150 millions de francs). Il en a depuis revendu 51% au groupe brésilien Vale, pour 2,5 milliards (environ 2,2 milliards de francs).

Selon le parquet genevois, Beny Steinmetz aurait promis dès 2005, puis versé ou fait verser, de 2006 à 2012, des pots-de-vin, dont certains auraient transité par des comptes suisses, à la quatrième épouse de l’ancien président Conté, Mamadie Touré, en échange de ces droits miniers dans ce pays pauvre d’Afrique.

Personnage clé de cette affaire, Mamadie Touré a reconnu avoir reçu des versements et est depuis protégée par la justice américaine. Convoquée comme témoin à Genève, elle ne s’est pas présentée au procès, tout comme une dizaine d’autres témoins de la défense.

«Mariage coutumier»

Beny Steinmetz était accusé par le parquet d’avoir mis en place un montage financier via des sociétés-écrans afin de verser environ 10 millions de dollars (environ 8,8 millions de francs) de pots-de-vin à Mamadie Touré, afin que BSGR supplante le groupe anglo-australien Rio Tinto dans les blocs 1 et 2.

La présidente du tribunal a relevé que «l’argent versé à Mamadie Touré provient bien de BSGR» et que «le président Conté n’avait aucun intérêt à retirer les droits à Rio Tinto… si ce n’est pour en retirer un intérêt personnel ou favoriser un tiers, en l’occurrence sa quatrième épouse».

Beny Steinmetz, qui résidait à Genève lorsque les faits qui lui sont reprochés se sont déroulés, a assuré pendant le procès n’avoir «jamais» demandé à quiconque de verser des fonds à Mamadie Touré, et l’a accusée de raconter des «mensonges».

Selon la défense, cette dernière n’était pas l’épouse de l’ancien président Conté, mais une maîtresse n’exerçant aucune influence. Mais pour la présidente du tribunal, Mamadie Touré était bien «la quatrième épouse du président Conté, peu importe s’il s’agissait d’un mariage coutumier».

Seulement un «conseiller»

Lors de son audience, Beny Steinmetz a cherché à minimiser son rôle, assurant n’être qu’un «conseiller» au sein de BSGR peu au fait des détails financiers.

Une vision rejetée par le tribunal genevois, dont la présidente a notamment souligné qu’il ressort d’une réunion de 2007 que «Steinmetz connaît tous les projets du groupe et est très impliqué» dans les questions financières.

Après des années de bataille juridique, Beny Steinmetz et la nouvelle présidence guinéenne d’Alpha Condé sont parvenus début 2019 à un accord convenant que BSGR renonce aux droits sur Simandou en échange d’un abandon des poursuites pour corruption en Guinée.

À Genève, Beny Steinmetz était jugé aux côtés de deux partenaires d’affaires, dont le Français Frédéric Cilins, qui en 2014 a été condamné à deux ans de prison aux États-Unis pour obstruction à la justice dans ce dossier.

Selon des enregistrements du FBI cités par le procureur genevois, il a promis plusieurs millions de dollars à Mamadie Touré en échange de la destruction de certains documents compromettants. Il a été condamné jeudi à 3 ans et demi de prison ferme, et à verser 5 millions de francs suisses.

AFP

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Perquisition dans les locaux du groupe de presse Gangan

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Des agents à bord de deux pick-ups de la BRB (Brigade de répression du banditisme) ont perquisitionné vendredi 22 janvier, les locaux du groupe de presse Gangan, appartenant à l’opposant Ibrahim Abbé Sylla.

Dans un communiqué, la Direction dit ignoré les motifs de la visite « sans mandat » de ses agents.

« Sans aucun mandat, ils se sont permis de perquisitionner les régies télé et radio ainsi que les bureaux ce, malgré les remarques qui leur ont été faites par les travailleurs présents qui n'ont pas manqué de rappeler qu'ils n'avaient pas le droit de poser un tel acte de surcroît, dans les locaux d'un média ».

« En attendant d'approfondir les enquêtes sur les motifs réels de cette violation grave qui porte atteinte à la liberté de la presse, nous alertons l'opinion nationale et internationale sur le danger qui guette nos travailleurs depuis quelques temps », a alerté la Direction du groupe, rappelant qu’ « qu'en 2017 aussi nos locaux avaient fait l'objet d'une telle violation de la part des gendarmes qui ont kidnappé à l'époque 3 de nos journalistes avant de les placer en garde à vue à la gendarmerie de Yimbaya »

Par Mariam Bâ

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