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Un ex ministre de la Justice du Mali à Alpha Condé : « n’y allez pas, c’est dangereux ! »

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Paris, le 27 février 2020

À Monsieur Alpha CONDÉ

Président de la République de Guinée

Monsieur le Président,

Cher Alpha,

Depuis l’annonce de votre initiative de réforme constitutionnelle, une énorme suspicion entoure cette initiative et nombreux sont ceux, Guinéens ou autres citoyens du continent, qui vous accusent de vouloir poursuivre le dessein funeste d’un troisième mandat, et ce en violation de tous les engagements.

Au fur et à mesure que le terme de votre second et dernier mandat approche, votre velléité de briguer un troisième mandat apparaît. Il transcende encore plus nettement, contre le gré de nombreux Guinéens plutôt déterminés à se dresser contre ce qui leur apparaît comme une violation inattendue et inacceptable des règles qui vous lient à la Guinée.

Cela est une évidence depuis votre annonce de coupler élections législatives et révision constitutionnelle via référendum. Plus personne ne doute de votre volonté de briguer un troisième mandat.

D’ailleurs, interrogé au sujet d’une éventuelle candidature, vous avez indiqué clairement à la presse qu’il revient plutôt à votre Parti, le RPG, de désigner son candidat. J’imagine que vous ne diriez pas non si ce choix se portait sur vous.

Sans ambages ni détours, votre volonté est constante de détourner la loi fondamentale – à votre profit et pour votre intérêt personnel, pour atteindre votre objectif de vous maintenir au pouvoir sans droit ni fondement.

Au-delà de la Guinée, c’est tout le continent et le monde qui s’élèvent désormais contre le principe même de la violation du terme constitutionnel des mandats politiques. Dans un continent comme l’Afrique, qui ne conçoit plus que les actions de ses dirigeants franchissent le cadre légal, s’il y a par nature et par essence une faute lourde et inexcusable c’est bien ce type de geste et toutes les attitudes qui l’entourent.

Monsieur le Président, l’État et la République sont régis par des principes, vous ne pouvez ni ne devez l’ignorer.

Monsieur le Président, le respect scrupuleux des principes qui régissent l’État et la République s’impose à tous les gouvernants.1

L’État de droit et la démocratie sont essentiels à une époque où la gouvernance est confrontée à des choix ultimes et difficiles pour la lutte contre la terreur, le développement, la bataille contre les pandémies. Les incidences politiques et institutionnelles sont souvent imprévisibles.

N’est-ce pas le cas pour vous aujourd’hui en Guinée ?

Je ne préjuge guère quant à la véritable posture qui sera en définitive la vôtre durant les derniers jours qui vous séparent encore de la date fatidique que vous avez fixée pour tenir ce double scrutin.

Je ne préjuge pas non plus du sort de la Guinée et des Guinéens le lendemain de ce double scrutin.

Je ne suis pas devin non plus pour prédire ce que sera votre propre sort, Monsieur le Président, mais dans tous les cas, j’imagine qu’il sera tout pour vous sauf le bonheur.

Un proverbe de la culture mandingue, qui nous est si chère à tous les deux et que nous partageons, ne dit-il pas que lorsque vos amis ne sont plus capables de vous dire la vérité en face, il faut aller implorer vos ennemis et les payer s’il le faut pour qu’ils vous disent cette vérité.

Monsieur le Président, votre décision de réviser la Constitution guinéenne est un droit qu’il vous revient de mettre en œuvre en votre qualité de Président de la République. Une telle décision est même légale puisque la Constitution que vous voulez anéantir l’a prévue.

En homme averti, pensez-vous que cette décision vers laquelle vous vous dirigez aujourd’hui est véritablement légitime ?

Toujours en pays mandingue, il est dit que lorsqu’une situation vous embarrasse, prenez soin de regarder à gauche et à droite et scrutez les regards et les visages de ceux qui vous entourent.

En ce qui vous concerne, regardez à votre gauche et vous vous rendrez compte qu’en Guinée, ceux qui s’opposent à votre révision constitutionnelle sont nettement plus nombreux que ceux qui vous y encouragent. À votre droite, vos vrais amis, en Guinée et ailleurs, ne cessent de vous alerter et vous appellent à la retenue. Ils vous invitent à suspendre votre initiative et à reculer.

Ne rajoutez pas à la témérité, l’arrogance et le dédain !

Monsieur le Président, je vous sais homme déterminé, à la limite de l’acharnement et de la témérité. Pensez-vous qu’une telle détermination vous aurait conduit à sortir de prison, tout seul et sans aucune aide, après une mise en cause inique et un procès injuste dont vous avez été l’objet, et durant lequel j’ai été auprès de vous, aux côtés de plusieurs autres avocats ?

Au-delà, nombreux sont vos amis qui sont inquiets pour vous et mal à l’aise. Ils ont mal dans leur être et leur conscience de vous laisser tout seul, face à votre détermination à affronter le feu qui finira sans aucun doute par vous brûler.

Pouvais-je rester insensible dans une atmosphère politique guinéenne si délétère et invivable, qui donne un signal de danger de mort ?

Je n’en suis pas si sûr dans la mesure où, jusque-là, je me suis abstenu de m’exprimer publiquement sur ce sujet pour ce qui vous concerne. Je me suis abstenu de vous mettre personnellement en cause pour des raisons que vous devinerez aisément.

Devant l’insupportable, je prends l’option de m’adresser à vous aujourd’hui. J’en appelle au militant que vous êtes. Je m’adresse à votre conscience première, la plus ardente, celle de l’époque des combats d’antan, épiques et légitimes, menés contre la dictature, la tyrannie de la violation du droit et la négation des libertés fondamentales qui ont anéanti l’homme africain.

J’ose imaginer, Monsieur le Président, qu’il vous reste encore quelque jugeote pour prendre la mesure, toute la mesure, du danger qui vous guète, pour arrêter la marche fatale qui vous conduit plus vers la décadence que vers la gloire.

Monsieur le Président, je vous imagine capable d’un sursaut et vous sais incapable de résister longtemps à l’appel des bisaïeuls, qui vous demandent de changer de côté et de chemin.

Vos pairs d’Afrique sont mécontents du niet insoutenable que vous leur avez signifié aujourd’hui lorsqu’ils ont souhaité venir en Guinée, pour palabrer avec vous et les autres protagonistes de ce qui apparait aujourd’hui comme la crise guinéenne.

L’Organisation Internationale de la Francophonie, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et peut-être bientôt l’Union Africaine, vous ont tourné le dos ou le feront. Le spectre de la Guinée de Sékou TOURÉ renaît avec vous et par vous. Êtes-vous devenu subitement un adepte de Sékou TOURÉ et de ses méthodes sanguinaires ? Êtes-vous devenu celui qui mènera la Guinée vers l’abîme ?

Monsieur le Président, vous avez encore le temps et l’occasion de faire mentir tous vos détracteurs en leur disant qu’il s’agit là d’une vilaine rumeur. Dressez-vous contre cela et rejoignez Jacques ATTALI, qui affirme que la « rumeur agit comme un virus » et qu’elle est « le pire » de tous les virus puisqu’elle « détruit les défenses immunitaires de sa victime ».

Monsieur le Président, ne soyez victime d’aucune rumeur ni d’aucun entêtement, ne soyez pas téméraire ni obtus.

Monsieur le Président, agissez vite contre cette rumeur et tuez-la au plus vite, avant qu’elle ne devienne virus… pour vous emporter.

Parce que, Monsieur le Président, en laissant plus longtemps ce virus vivre et se propager, il viendra très vite assombrir de nuages le ciel pourtant dégagé de la Guinée. C’est vous qui le dites, en partie du fait de votre leadership. Vous aspirez encore à éclairer la Guinée, mieux et plus que la lampe à pétrole.

Monsieur le Président, la Guinée et les Guinéens ont-ils plus besoin de lumière ou de modification de la Constitution ? Y incorporer des dispositions nouvelles, alors même que sa mise en œuvre n’a signalé aucune anomalie ? L’anéantir d’un coup, au profit d’une autre que l’on imagine meilleure puisque relookée ?

Monsieur le Président, n’est-ce pas cette même Constitution qui vous a installé au pouvoir et vous a permis d’exercer paisiblement un pouvoir absolu depuis une décennie ?

Monsieur le Président, le confort constitutionnel actuel dont vous jouissez est le premier signe évident de l’expression par les Guinéens de leur liberté. C’est leur volonté affirmée et jamais démentie de ne pas cautionner un pouvoir indéfini, qui perdure dans le temps et n’a pas d’autre limite que l’infini.

Avant votre ère, Monsieur le Président, les Présidents Ahmed Sékou TOURE et Lansana CONTÉ se sont renouvelés au pouvoir autant qu’ils l’ont voulu. Pour y parvenir, ils ont fait passer leur souhait personnel de demeurer au pouvoir comme émanant du peuple entier, « dévoué » pour la Guinée. Vous avez personnellement pâti de cette suprématie et de cette manière prégnante d’exercer le pouvoir en Guinée.

Monsieur le Président, cette époque est révolue en Guinée, mais également en Afrique, et vous avez contribué à l’enterrer.

L’heure est à l’affirmation du droit et à la suprématie de la loi, qui doit être scrupuleusement respectée !

Monsieur le Président, j’affirme ces exigences nouvelles. En les évoquant, j’ai le souvenir de deux douzaines d’avocats, alignés au tribunal de Conakry, pour vous, à l’entrée du bureau du procureur de la République. C’était la veille de l’ouverture du procès qui vous a fait comparaître, pour exiger des autorités du ministère public guinéen de vous rencontrer préalablement et impérativement, sous peine de boycotter l’audience du lendemain.

Ce fut fait comme demandé !

Cette demande, exprimée avec insistance, presque par la force, par vos avocats-défenseurs dont j’étais, vous a permis de les rencontrer. Plus de la moitié de ces défenseurs, venus de l’étranger, étaient révoltés à la vue de cette ignoble prison de Conakry dans laquelle vous avez été gardé, en violation sans cesse répétée de vos droits fondamentaux de citoyen et des libertés de l’homme politique que vous étiez, injustement emprisonné et bafoué.

Vous êtes devenu, après toutes ces péripéties, Président de la République, Chef de l’État, et vous avez prêté serment pour respecter la Constitution guinéenne et l’observer scrupuleusement.

Monsieur le Président, l’État de droit exige soumission au droit, y compris lorsqu’il s’agit du premier personnage de Guinée, que vous êtes devenu aujourd’hui.

Dans ce pays, il est aujourd’hui question de modification et/ou de révision constitutionnelle. Dans un tel cadre, faut-il aller jusqu’à penser ou croire que les exigences de l’État de droit, notamment la soumission au droit, ne concerneraient plus que les autres ? Elles ne concerneraient donc jamais ceux qui, comme vous, ont à cœur de servir le pays et la nation en suivant leur seule conception du pouvoir et du devoir, même si elle est aux antipodes de ce que ressent la plus grande partie du peuple ?

Faut-il dans ce cas poursuivre le bon service à la nation sans fin ni aucune limite, contre la volonté du peuple dont on dit être le représentant ?

Monsieur le Président, la modification de la Constitution devient dans ce cas la nouvelle trouvaille politico institutionnelle du génie politique africain. Le but visé devient celui de clouer le bec à la limitation de mandat, acquis depuis les années 1990, pour passer par le changement de régime et faire le bond de la limitation du mandat.

L’homme politique est au pouvoir sans fin, sa volonté est supra humaine et infra divine.

Monsieur le Président, même si dans leur rêve le plus démoniaque des fils de Guinée en venaient à vous demander de mettre en œuvre un tel dessein, il vous reviendrait d’y renoncer d’entrée de jeu. Il faudrait mettre en avant les exemples douloureux des première et seconde républiques guinéennes, qui n’ont pas apporté que du bonheur sur ce plan.

Monsieur le Président, il vous reviendra également de reculer face à une telle offre, en rappelant aussi le sort de vos pairs africains qui se sont frottés à cette modification-changement de régime et qui en ont eu pour leur grade.

Enfin, Monsieur le Président, le sort préoccupant des jeunes de Guinée devrait vous inquiéter plus encore. Ne pas rajouter à leurs douleurs de l’ignorance, du désœuvrement et de la déperdition, celle de l’exode ou du sang. Ce serait la seule issue qui s’offrirait à eux dans un pays disloqué de votre fait par les effets d’une crise aux relents politiques et sociaux.

Face à un tel scénario, j’ai été incapable de rester silencieux et de ne pas réagir vis-à-vis de vous. Il fallait que je vous parle. De vous à moi… n’y allez pas, c’est dangereux !

Je me suis persuadé de vous adresser la présente pour en appeler à votre esprit d’antan, mais également à votre responsabilité ultime. Elle m’apparaît être celle qui vous engagera demain et fera évoquer votre nom et votre personne en bien ou en pire. Comme ceux qui vous ont précédé à la place qui est la vôtre aujourd’hui, vous ne serez alors, comme eux, plus de ce monde.

Monsieur le Président, il est encore temps de cesser ce qui peut encore être considéré comme une méprise de votre part, avant que cela ne soit la source de discordes. Cette Guinée a besoin d’aller de l’avant, plus loin que vous ne l’avez menée.

Monsieur le Président, la fonction suprême que vous avez incarnée et assumée dans ce pays ne vous autorise pas à aller à contre-courant de l’histoire de la Guinée et de l’Afrique. La vocation ultime des institutions est désormais la construction de l’État de droit et de la démocratie, l’affermissement de la paix et de la concorde.

Monsieur le Président, entendez ma voix quand elle sonnera dans vos oreilles avec des milliers d’autres, qui viendront vous dire la même chose… Si vous les entendiez de manière plus véhémente, ce ne serait pas de votre goût et vous laisserait moins de répit pour agir et vous ressaisir.

Monsieur le Président, que les voix et les esprits d’Afrique vous parlent et que vos actions soient ultimement dirigées vers le bonheur du peuple de Guinée. Pour cela, vos efforts doivent inspirer l’Afrique et ses fils.

Mamadou Ismaïla KONATÉ

Avocat aux barreaux du Mali et de Paris

Ancien garde des Sceaux et ministre de la Justice du Mali

Ancien défenseur d’Alpha CONDÉ, opposant politique de Guinée

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Des toilettes publiques pour Ninguelandé, un projet d’une association locale

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L’Union des Jeunes  de Ninguelandé pour le Développement (UJND) envisage de doter des latrines publiques à cette sous-préfecture située dans la préfecture de Pita, en moyenne Guinée.

Pour venir en aide à la communauté, l’association vient de lancer un projet de construction des latrines publiques dans cette commune rurale d’environ 35.000 habitants.

« La mise en place de ce projet n'est pas des moindres, car il résout un certain problème d'hygiène publique et lutte contre les périls fécaux facteurs de plusieurs parasitologies », a expliqué à notre rédaction, Dr Alpha Oumar Diallo, président de l’UJND.

Le coût de ce projet communautaire est estimé à 50.956.210 GNF, a-t-il précisé.

Pour y parvenir, l’association sensibilise les ressortissants de la sous-préfecture pour collecter l’argent nécessaire.

Par Guinee28

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Massacre du 28 septembre : les Etats-Unis, la France et l’UE réclament un procès dans les plus brefs délais

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Malgré l’engagement des autorités guinéennes, la justice se fait toujours attendre, onze ans après le massacre du 28 septembre 2009, au stade du même nom, à Conakry. Face à cette situation qui ronge les familles des victimes et les organisations de défenses de droits de l’homme, les Etats-Unis, la France et l’Union Européenne ont appelé le gouvernement guinéen à  tenir un procès ‘’dans les plus brefs délais’’, dans un communiqué conjoint.

« Nous exhortons le gouvernement guinéen à  tenir un procès dans les plus brefs délais afin que les responsables de ce crime odieux répondent de leurs actes devant un tribunal. Le fait de veiller à ce que le système rende justice à ces victimes ainsi qu’à tous ceux ayant souffert d’autres actes de violences politiques, démontrera l’engagement du gouvernement guinéen à promouvoir la paix, à rejeter toutes les formes de violences et à défendre l’Etat de droit »

Le 28 septembre 2009, peu avant midi, plusieurs centaines d’agents des forces de sécurité ont ouvert le feu sur des dizaines de milliers de personnes rassemblées pacifiquement au stade du 28 septembre, pour protester contre l’intention de Moussa Dadis Camara, alors chef de la junte au pouvoir, de se présenter à l’élection présidentielle, tuant ainsi plus de 150 personnes.

Les forces de sécurité ont également violé des femmes, individuellement ou collectivement, y compris au moyen d’objets tels que des matraques ou des baïonnettes.

Elles se sont ensuite attelées à une opération organisée de dissimulation, dans le but de cacher l’ampleur des tueries, en bouclant tous les accès au stade et aux morgues et en emportant les corps pour les enterrer dans des fosses communes, dont beaucoup doivent encore être identifiées.

L’enquête menée par des juges d’instruction guinéens, ouverte en février 2010 a été  bouclée fin 2017.

En avril 2018, un comité de pilotage chargé d’organiser le procès avait été mis en place par l’ancien ministre de la Justice, Cheick Sako. Ce comité a décidé qu’il se tiendrait à la Cour d’appel de Conakry. Mais, plus de deux ans après la clôture de l’enquête, la date du procès n’est toujours pas fixée.

Plus de 13 suspects ont été inculpés dans ce dossier, dont Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte appelée Conseil national pour la démocratie et le développement,( CNDD) ainsi que son vice-président, Mamadouba Toto Camara.

Plusieurs individus inculpés de charges liées aux homicides et aux viols occupent toujours des postes d’influence, y compris Moussa Tiégboro Camara, Secrétaire général chargé des Services spéciaux de lutte contre le grand banditisme et les crimes organisés.

L’aide de camp de Dadis Camara, Abubakar « Toumba » Diakité, a également été inculpé. Il a été extradé vers la Guinée en mars 2017, après plus de cinq ans de cavale.

Quatre autres individus sont en détention à la Maison Centrale de Conakry, respectivement depuis 2010, 2011, 2013 et 2015 dans le cadre de l’affaire.

Mais leur détention provisoire est jugée illégale par les ONG de défense des droits humains, « dans la mesure où elle excède la durée maximale prévue par la loi guinéenne, soit 18 à 24 mois en matière criminelle, en fonction du chef d’inculpation ».

Par Alpha Diallo

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Guinée : « les violences de Nzérékoré sont une tragédie », dénonce Human Rights Watch

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(Nairobi) – Les forces de sécurité guinéennes ont failli à leur responsabilité de protéger la population de violences électorales et intercommunautaires tout en commettant elles-mêmes des violations des droits humains à Nzérékoré, dans le sud-est de la Guinée, lors des élections législatives et du référendum constitutionnel de mars 2020, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Ce rapport de 51 pages, intitulé « “Ils ont laissé les gens s’entretuer” : Violences à Nzérékoré lors du référendum constitutionnel et des élections législatives en Guinée », documente des violences lors desquelles au moins 32 personnes ont été tuées et plus de 90 blessées. Les affrontements entre partisans du gouvernement et de l’opposition ont rallumé de vieilles tensions politiques et ethniques. Les forces de sécurité déployées pour assurer la sécurité des opérations de vote n’ont pas pris de mesures suffisantes pour empêcher ces meurtres, ni des destructions généralisées de biens. En outre, elles ont elles-mêmes tué deux personnes, et ont passé à tabac et arrêté arbitrairement des dizaines d’hommes, a constaté Human Rights Watch.

« Les forces de sécurité guinéennes n’ont pas agi avec l’efficacité ou la volonté requises pour faire cesser les violences dévastatrices qui ont accompagné les élections législatives et le scrutin constitutionnel de mars à Nzérékoré », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur l’Afrique à Human Rights Watch. « À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre, le gouvernement devrait prendre d’urgence des mesures pour s’assurer que les forces de sécurité respectent et protègent le droit des citoyens à participer à des manifestations politiques, tout en agissant avec retenue et respect pour les droits humains. »

Entre mars et septembre, Human Rights Watch s’est entretenu avec 48 victimes et témoins des violences à Nzérékoré, ainsi qu’avec 31 proches de victimes, membres du personnel médical, journalistes, avocats, membres des partis d’opposition, représentants de la société civile et autres informateurs pertinents. Human Rights Watch a également consulté des rapports publiés par des organisations guinéennes de défense des droits humains et par les médias nationaux et internationaux, et a examiné des photos, des vidéos et des dossiers médicaux.

Le référendum constitutionnel du 22 mars a été l’aboutissement d’un effort controversé de la part du président Alpha Condé et de ses partisans, durant plusieurs mois, pour modifier la constitution de 2010 afin de lui permettre de briguer un troisième mandat.

Durant la journée du référendum et des élections législatives, des violences ont entaché le processus dans tout le pays, y compris dans la capitale, Conakry, des opposants à la proposition de nouvelle constitution se heurtant violemment aux partisans du gouvernement et aux forces de sécurité.

Ces violences ont atteint leur comble à Nzérékoré, la deuxième ville de Guinée. Des victimes et des témoins ont déclaré à Human Rights Watch que les violences répondaient souvent à des critères ethniques. De membres armés de l’ethnie Guerzé, considérée comme proche de l’opposition, ont affronté des membres également armés des ethnies Konianké et Malinké, largement perçues comme sympathisantes du parti au pouvoir. Certaines victimes auraient été prises pour cible en raison de leur identité ethnique. De nombreuses personnes ont été abattues, tuées à coups de machette ou battues à mort, et au moins une a été brûlée vive. Human Rights Watch a également documenté le cas d’une jeune fille de 17 ans qui a été violée par un groupe d’hommes armés.

Des témoins ont affirmé que malgré la présence de forces de sécurité y compris la police, les gendarmes et les militaires déployés pour assurer la sécurité des élections, ni ces forces ni les autorités politiques ne sont intervenues ou n’ont répondu à des appels désespérés pour empêcher des bandes armées d’attaquer des personnes ou de se livrer à des déprédations.

« Quand j’ai entendu les premiers coups de feu, j’ai appelé un haut responsable du gouvernement, qui m’a répondu que je devais défendre ma maison en jetant des pierres sur la foule qui commettait des violences », a déclaré un habitant âgé de 66 ans. « J’étais choqué. Je ne suis pas du genre à réagir à la violence par la violence. Ce haut responsable de l’État n’a pris aucune mesure pour s’assurer que la situation ne dégénère pas. »

Le gouvernement guinéen a d’abord affirmé que quatre personnes avaient été tuées, mais a reconnu plus tard un bilan humain plus lourd, de 30 morts. Human Rights Watch a documenté au moins 32 meurtres et a recueilli des éléments crédibles corroborant des déclarations des organisations guinéennes de défense des droits humains, selon lesquelles les corps de plus de 24 personnes tuées lors de ces violences avaient été retirés de l’hôpital régional de Nzérékoré, pour être enterrés secrètement dans une fosse commune de la ville. Des proches des victimes ont affirmé à Human Rights Watch que l’hôpital avait refusé de leur remettre les corps des membres de leur famille et qu’ils ne savaient pas où ceux-ci avaient été enterrés.

Le gouvernement guinéen, en réponse aux questions de Human Rights Watch, a partagé un rapport de juillet 2020 rédigé par un juge guinéen qui, après une visite sur le site, a confirmé l'existence de la fosse commune. Un autre rapport, cosigné par le directeur général de l'hôpital de Nzérékore et par un représentant du ministère de la Santé, indiquait que le nombre de personnes tuées avait dépassé la capacité de la morgue de l'hôpital et que pour des raisons de santé publique, les autorités avaient donc décidé de procéder à un « enterrement de circonstance ».

Même si la majorité des meurtres de Nzérékoré ont été commis par des citoyens armés, des témoins ont affirmé que les forces de sécurité ont également tué au moins deux personnes, dont une femme enceinte, en ont arrêté de nombreuses personnes. Elles sont aussi entrées par effraction dans des maisons, et ont pillé et endommagé des biens. La plupart des personnes arrêtées ont été détenues illégalement, entre le 22 et le 25 mars, au camp militaire de Beyanzin à Nzérékoré, où elles ont été passées à tabac, gardées dans des conditions inhumaines, dans une cellule crasseuse dépourvue d’une ventilation adéquate, et privées de nourriture et d’eau.

« J’ai été battu à plusieurs reprises par des soldats armés de matraques avant d’être emmené dans une cellule avec une centaine d’autres personnes », a affirmé un homme de 29 ans qui a été arrêté par les militaires le 23 mars à son domicile à Nzérékoré et détenu au camp militaire. « Nous n’avons reçu ni eau ni nourriture pendant trois jours. C’était horrible. »

Le 8 septembre 2020, Human Rights Watch a envoyé ses conclusions préliminaires et une liste de questions à Albert Damantang Camara, le ministre guinéen de la Sécurité et de la Protection civile. Le 21 septembre, le ministre Camara a partagé avec Human Rights Watch un rapport de la police guinéenne en date du 30 avril sur les violences de mars à Nzérékoré. Le rapport indique qu’un procureur à Nzérékoré a mis en place une commission d’enquête pour identifier et poursuivre les responsables des crimes commis dans cette ville entre le 22 et le 24 mars. Cependant, ce rapport n’aborde presque pas le rôle des forces de sécurité dans la réponse aux violences à Nzérékoré. Il indique seulement que le quartier de Bellevue, où les violences du jour de l’élection ont commencé, avait été « inaccessible » à la police guinéenne en raison des « troubles » qui s’y déroulaient, ajoutant que « l’armée avait été réquisitionnée pour se joindre aux forces de sécurité pour ramener le calme ». Le 21 septembre, Human Rights Watch a sollicité des informations supplémentaires au ministre Camara concernant le rôle des forces de sécurité dans la prévention de la violence, et les allégations selon lesquelles elles auraient commis des violations des droits humains, mais n’a reçu aucune réponse.

Alors que la Guinée s’apprête à tenir son élection présidentielle en octobre, les autorités devraient faire en sorte que les forces de sécurité déployées autour des bureaux de vote, des rassemblements politiques ou d’autres événements liés à cette élection protègent effectivement les citoyens, tout en respectant leur droit de manifester pacifiquement. Le gouvernement et les autorités judiciaires devraient également prendre des mesures d’urgence pour identifier toutes les personnes responsables des crimes commis à Nzérékoré, y compris par les forces de sécurité, et exiger qu’elles répondent de leurs actes dans le cadre de procès équitables.

Les partenaires internationaux de la Guinée, notamment la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine, les Nations Unies, l’Union européenne et les États-Unis, devraient exhorter le gouvernement à mettre fin à l’impunité pour les auteurs de violences électorales. Ils devraient signifier clairement aux autorités ou aux membres des forces de sécurité guinéens impliqués dans des violations des droits humains qu’ils sont passibles de sanctions ciblées, notamment d’une interdiction de voyager et d’un gel de leurs avoirs.

« Les violences de Nzérékoré sont avant tout une tragédie pour les personnes qui ont perdu des proches ou qui ont elles-mêmes subi de graves blessures, et qui méritent de voir leurs agresseurs traduits en justice », a affirmé Ilaria Allegrozzi. « Ces événements sont aussi un signe qu’en Guinée, le dangereux mélange constitué de la crise politique, de vieilles tensions ethniques et intercommunautaires, et d’abus parfois commis en toute impunité par les forces de sécurité, fait planer le risque de nouvelles violations des droits humains avant et pendant l’élection d’octobre. »

Source : Human Rights Watch

 

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