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Politique

Guinée : pas le temps de reprendre haleine

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Réélu au premier tour de la présidentielle en octobre 2015, Alpha Condé n'a connu depuis aucun répit. Après deux années de crise sanitaire, la situation économique et sociale est tendue. Comment va-t-il y répondre ?

«Un coup KO », mais pas d’état de grâce… Alpha Condé a été réélu dés le premier tour de la présidentielle, le 11 octobre 2015, avec 57,84% des suffrages exprimés. Le fondateur du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) a donc gagné son pari d’envoyer au tapis son principal opposant, Cellou Dalein Diallo, de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFGG), qui a été crédité de 31,45 % des voix. Pourtant, après cette victoire, le chef de l’État n’a visiblement pas bénéficié de la fameuse « parenthèse enchantée » de cent jours. Le 15 février, la Guinée a été paralysée par une grève générale. La première depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé, il y a plus de cinq ans.

Pourquoi un tel paradoxe ? D’abord parce que cette très large victoire d’« Alpha » ne convainc pas tout le monde. Certes, elle a été validée par la Cour constitutionnelle. Mais, outre l’opposition, qui parle de « hold-up électoral » (lire pp. 76-78), l’Union européenne (UE) s’interroge. Dans son rapport final rendu public le 6 février à Conakry, la mission d’observation électorale de l’UE relève, à propos des taux de participation et du pourcentage de bulletins nuls, « des disparités fortes pour certaines régions, dont celle de Kankan (taux de participation élevé et taux de bulletins nuls faible), pouvant y questionner sur les modalités du vote ». Deux lignes plus loin, le document souligne que la région de Kankan est « le fief » d’Alpha Condé.

Les difficultés qui attendent le président guinéen

Par ailleurs, la situation économique n’est pas bonne. Avec un taux d’à peine 1 % en 2014 et de 0 % en 2015, la croissance économique ne suit pas la croissance démographique (2,5 % par an) et les Guinéens s’appauvrissent. Certes, le premier quinquennat d’Alpha Condé a été marqué par des réussites. Grâce à l’inauguration, en septembre 2015, du grand barrage de Kaléta, les habitants de Conakry ont enfin pu s’éclairer à l’électricité, et cette bonne nouvelle explique sans doute, deux semaines plus tard, la percée électorale du président sortant dans la capitale guinéenne. « Les gens ont apprécié, c’est certain », reconnaît l’ex-candidat de l’opposition, Sidya Touré, aujourd’hui haut représentant du chef de l’État. Mais faute de relance économique, les caisses sont vides. Et, cette année, le budget de l’État recule de 5 % par rapport à celui de 2015.

À qui la faute ? « Au virus Ebola », affirment tous les dirigeants. « Nous avons vécu deux années d’épidémie, avec des effets négatifs parfois supérieurs à ceux qu’un pays en guerre aurait subis », n’hésite pas à déclarer le porte-parole du gouvernement, Albert Damantang Camara. « Les investissements se sont arrêtés, poursuit-il. Nous avons perdu plus de 1 000 milliards [de francs guinéens, soit environ 120 millions d’euros] de recettes. »

Autre cause de la crise actuelle : le ralentissement de l’économie chinoise

Du côté de l’opposition, on cherche au contraire à minimiser l’effet Ebola. Cellou Dalein Diallo critique la mauvaise gouvernance et, notamment, la multiplication des contrats de gré à gré, qu’il évalue à quelque 800 millions de dollars sur la période 2014-2015.

Ebola a évidemment fait beaucoup de mal. Quand le virus est apparu, de nombreux partenaires de la Guinée ont plié bagage. Le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Côte d’Ivoire ont fermé leurs frontières avec le pays pendant de longs mois. Autre calamité nationale : la corruption. « L’unicité des caisses de l’État a porté un rude coup à ce fléau [de la corruption], mais il y avait des failles dans lesquelles se sont glissés les malfrats », reconnaît le président Alpha Condé lui-même. « Il y a encore des marchés de gré à gré. Et, aussi, un mauvais suivi de l’exécution des contrats après leur signature. Il est urgent de réformer la politique des marchés publics », confie Sidya Touré. Autre cause de la crise actuelle : le ralentissement de l’économie chinoise, qui provoque la chute des cours de la bauxite et du fer guinéens.

Un gouvernement de combat

Pour redresser l’économie, Alpha Condé a formé un gouvernement de combat. « Je ne me préoccupe pas de la politique pour le moment. La preuve, je n’ai pas choisi les membres du gouvernement au sein de mon parti. J’ai pris des gens qui peuvent nous faire faire des sauts qualitatifs pour la relance de notre économie », a-t-il déclaré en janvier, lors de la nomination de son équipe. Outre un Premier ministre jusqu’alors quasi inconnu du grand public, Mamady Youla, qui dirigeait depuis dix ans l’un des grands groupes miniers privés du pays, son ex-épouse, Kanny Diallo, qui a fait toute sa carrière au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement, a intégré l’équipe de ses nouveaux ministres-experts. Aujourd’hui, la voilà ministre du Plan. Pourquoi ce choix ? Beaucoup plus par souci d’efficacité que pour des raisons sentimentales.

Pour l’instant, on ne peut pas baisser le prix du carburant, car la taxe sur le pétrole est l’une des seules recettes qui nous restent, a expliqué Sidya Touré

Évidemment, quand il affirme qu’il ne fait pas de politique « pour le moment », Alpha Condé en fait quand même. En « débauchant » Sidya Touré, l’ex-numéro deux de l’opposition, pour lequel il a créé le poste de haut représentant du chef de l’État, le président a réussi un joli coup. Non seulement « Sidya » apporte à la majorité présidentielle le renfort de l’Union des forces républicaines (UFR) et de ses dix députés, mais l’ancien Premier ministre de Lansana Conté, réputé bon gestionnaire, est aussi le nouveau joker d’« Alpha » sur le terrain social. « Pour l’instant, on ne peut pas baisser le prix du carburant, car la taxe sur le pétrole est l’une des seules recettes qui nous restent », a expliqué Sidya aux syndicalistes médusés, à la veille de la grève générale du 15 février.

Alpha II est-il différent -d’Alpha I ? « Il a évolué », répond Sidya Touré, son nouveau complice que d’aucuns voient déjà – un peu vite ? – comme son dauphin pour 2020. « Son côté gauchiste, il le garde. C’est sa culture. Il a toutefois compris que la politique ne règle pas tout et que les lois du marché s’imposent à tout le monde, continue l’ancien Premier ministre. Il a mûri, mais, vous savez, quand je voulais bousculer un peu le « vieux » général Lansana Conté, il me répliquait : « Moi je suis comme du bois mort. Si tu veux le redresser, tu vas tout casser ! » »

Alpha II sera-t-il plus souple qu’Alpha I ? Ce second mandat étant son dernier, beaucoup espèrent qu’il sera plus serein et plus à l’écoute.

ÇA GRONDE AU RPG

Depuis le début du second mandat d’Alpha Condé, un vent de contestation souffle dans les rangs du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel), le parti présidentiel. Le 9 janvier, plusieurs dizaines de militants ont barricadé le siège national du parti, à Conakry, pour protester contre la formation du gouvernement de Mamady Youla. Objet du courroux des « frondeurs » : la sous-représentation des cadres de leur formation dans la nouvelle équipe, avec, pour 33 portefeuilles, seulement 4 ministres considérés comme étant des membres du RPG originel. « Plusieurs membres du gouvernement ont été nommés grâce à leurs relations dans l’entourage présidentiel mais n’ont aucun lien avec le parti. Pis, certains étaient nos ennemis quand nous étions dans l’opposition. Ce n’est pas normal ! » tonne un ancien du RPG.

Comme lui, ils sont nombreux dans le parti majoritaire à avoir du mal à digérer de ne pas avoir été remerciés pour les longues années de lutte passées aux côtés d’Alpha Condé. Désormais, ils le considèrent comme un autocrate qui les a trahis au nom de ses intérêts personnels. « Il n’y a aucune démocratie au sein du RPG, personne n’a son mot à dire. C’est à se demander si Alpha Condé a envie que le RPG lui survive », critique une figure du parti, qui réclame une grande réforme interne et l’élection de nouvelles instances dirigeantes, « afin de redonner le pouvoir aux militants » et d’« en finir avec le système de cooptation au sein du comité central ».

Si le malaise est réel, son ampleur et sa durée sont difficiles à évaluer. En effet, aucun baron du RPG n’ose incarner cette contestation qui semble avant tout portée par les sections de jeunes du parti à Conakry. « Certains réclament des postes, mais ils n’ont pas les compétences. Être membre du parti ne saurait suffire pour exercer de hautes fonctions », explique Amadou Damaro Camara, président du groupe RPG Arc-en-ciel à l’Assemblée nationale. De leur côté, les proches d’Alpha Condé minimisent le phénomène, l’un d’entre eux évoquant une « petite crise de croissance d’un parti en évolution », et promettent qu’un débat sera bientôt ouvert sur son fonctionnement.

Par Christophe Boisbouvier

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Alpha Condé réfractaire aux exigences de l’apaisement

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Il gracie, libère provisoirement, puis fait kidnapper et emprisonner.

Deux jours avant d’officialiser la libération provisoire accordée à quatre gros bonnets du principal parti d’opposition, en l’occurrence Ousmane Gaoual Diallo, Chérif Bah, Cellou Baldé et Abdoulaye Bah, parmi les 325 opposants en détention depuis 2020, le régime a fait kidnapper l’opposant Thierno Yaya Diallo et emprisonner Keamou Bogola Haba le 14 juillet.  Ce procédé digne d’une danse à reculons embrume la voie de sortie de crise.

A la veille de la tabaski célébrée du mardi 20 au mercredi 21 juillet 2021, le régiAme Alpha Condé a accordé, vendredi 17 juillet, une liberté provisoire à quatre gros bonnets des 325 prisonniers politiques en détention depuis 2020. A savoir : Ousmane Gaoual Diallo, Ibrahima Chérif Bah, Mamadou Cellou Baldé et Abdoulaye Bah.

Ces prisonniers ont bénéficié d’une liberté conditionnelle, pour leur permettre de poursuivre les traitements prescrits par leurs médecins personnels. Ils ont été placés en détention en novembre 2020. Malades, ils suivaient des soins à l’hôpital national Ignace Deen situé à quelques mètres de la prison centrale de Coronthie.

Libérés, ils sont tenus de ne pas sortir de Conakry sans autorisation préalable de l’administration pénitentiaire qui peut, à tout moment, requérir leur replacement en prison.

Les quatre gros bonnets de l’Ufdg, principal parti d’opposition, ainsi que des dizaines d’autres avaient été renvoyés le 29 avril dernier devant le tribunal de Dixinn pour être jugé des faits notamment de «détention, fabrication d’armes, pillage,  participation à un mouvement insurrectionnel, menace de violences ou de mort, diffusion et mise à disposition d’autrui de données de nature à troubler l’ordre public». Ils attendent de connaître la date de leur procès.

Cette « décision que vient de prendre la justice de notre pays est un acte souverain qui est de nature certes à contribuer à apaiser les esprits et les cœurs. C’est aussi et surtout une raison de plus, de faire confiance en nos institutions », a commenté, le 17 juillet 2021, le ministre d’Etat, ministre porte-parole du gouvernement, Tibou Kamara.

Selon Cellou Dalein Diallo, le principal opposant au régime Alpha Condé, les bénéficiaires de cette mesure, « sont des innocents, tout comme beaucoup de leurs compagnons de bagne, (...) Etienne Soropogui, Foniké Menguè et Ismaël Condé qui croupissent en prison depuis plus de 8 mois, ainsi que Keamou Bogola Haba, déféré (...) à la Maison centrale » de Conakry.

L’opposant laisse entendre que, « cette libération conditionnelle ne peut réparer et atténuer cette injustice et les préjudices physiques et moraux qu’elle a causés à ces innocentes victimes, à leurs familles et à l’Ufdg, leur parti».

«Cela dit, renchérit Sékou Koundouno, responsable des Stratégies et planification du Fndc (Front national de défense de la constitution) dans une tribune publiée par les médias,  il ne faut pas se tromper sur le caractère politique de ce dossier comme les avocats l’ont toujours dénoncé».

« Sur le plan juridique, la semi-liberté est un régime d’exécution d’une peine. Autrement dit, elle concerne une personne qui a déjà fait l’objet d’une condamnation». Mais il se trouve qu’ «Elhadj Ibrahima Chérif Bah et ses compagnons d’infortune n’ont pas encore été jugés à plus forte raison condamnés », souligne Koundouno.

Retour à la case départ

A deux jours de cette libération provisoire qui ouvrait la voie à un apaisement politique favorable au contexte marqué par la nomination de Fodé Bangoura, un ancien cacique du régime Conté, au secrétariat général permanent du dialogue social et politique – suivie d’une série de grâces présidentielles accordées à des prisonniers membres de l’Ufdg, deux opposants membres de l’Anad, nouvelle version, ont été inquiétés à Conakry.

Le jeune leader politique Thierno Yaya Diallo a été enlevé à son domicile de Lambanyi en compagnie de son homologue Keamou Bogola Haba, le mercredi 14 juillet, quelques heures seulement après avoir assisté à la signature officielle de la Charte de l’Anad.

M. Diallo a été relaxé après son audition à la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj). Quant à M. Haba, il a été accusé d’« incitation à la désobéissance civile» et jeté en prison à la Maison centrale de Conakry.

Ce procédé du régime Condé, digne d’une danse à reculons, embrume la voie de sortie de crise, remet en question sa volonté d’aller à l’apaisement avec le camp Cellou Dalein Diallo et renforce l’union sacrée des leaders de l’Anad autour de  leur objectif.

Par Diallo Alpha (Le Populaire)

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Justice : quatre détenus politiques bénéficient d’une liberté conditionnelle

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Quatre responsables de l’Union des forces démocratiques de Guinée, (UFDG), le principal parti de l’opposition dirigé par Cellou Dalein Diallo, incarcérés depuis novembre dernier, ont bénéficié d’une liberté conditionnelle et devraient sortir de la maison centrale ce samedi 17 juillet.

Il s’agit de Ibrahima Chérif Bah, Ousmane Gaoual, Abdoulaye Bah et Mamadou Cellou Baldé.

Dans un communiqué lu vendredi nuit à la télévision nationale, le directeur de l’administration pénitentiaire a expliqué qu’il a pris cette décision pour raison de santé.

En séjour médical prolongé au CHU Ignace Deen, ces quatre prévenus vont désormais poursuivre leurs traitements à domicile à Conakry, avec des obligations comme, déférer à toute réquisition de l’administration pénitentiaire, ou ne pas sortir de la capitale guinéenne sans autorisation préalable de l’administration pénitentiaire.

Ils ont tous poursuivis pour « atteinte aux institutions de la république », « trouble à l’État par la dévastation et le pillage », « participation à un mouvement insurrectionnel », « menace de violence ou de mort par le biais d’un système d’information », et « production, diffusion et mise à disposition d’autres de données de nature à troubler l’ordre public ou la sécurité publique. »

Plusieurs autres détenus politiques comme Etienne Soropogui, président du mouvement politique Nos valeurs communes, croupissent toujours en prison.

Aucune date d’audience n’a encore été fixée pour eux.

Par Guinee28

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Cellou Dalein Diallo « la reprise prochaine des manifestations sèment la panique du pouvoir »

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Le principal opposant Guinéen a exprimé son soutien à ses deux alliés, arrêtés mercredi soir, par des agents de la police judiciaire, juste après la signature de la nouvelle Charte de l’ANAD.

Pour  Cellou Dalein Diallo, cette signature et l’annonce de la reprise prochaine des manifestations pacifiques sèment la panique dans les rangs du pouvoir, dit-il.

« C’est cette panique, associée à la volonté incurable de Alpha Condé de museler l’Opposition et de faire taire toute voix discordante, qui explique l’arrestation de Bogola Haba dit « Bogos », Responsable de la communication de l’ANAD et Thierno Yaya DIALLO, Président de  Guinée Moderne (GM). » Dénonce-t-il.

Tous deux membres de l’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie (ANAD), ils ont été arrêtés à Lambagni puis conduits à la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), quelques heures après la signature le 14 juillet, d’une nouvelle charte de l’ANAD, dirigée par Cellou Dalein Diallo.

Après quelques heures d’auditions, Thierno Yaya Diallo,  a lui,  été finalement libéré.

Bogola Haba quant à lui, il reste toujours maintenu en garde à vue.

Intervenant, jeudi soir sur RFI, Tibou Kamara a affirmé que M. Haba « s’est livré à des déclarations appelant à la désobéissance civile et à l’insurrection».

« Je pense qu’il est tout à fait normal que les services de sécurité interpellent la personne concernée pour qu’elle s’en explique », estime le ministre porte parole du gouvernement.

Par Issaga Sylla

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