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Politique

Enfin, l’impérieuse nécessite de relancer le dossier des crimes du 28 septembre 2009.

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La Guinée n'est pas un pays normal. Je n'ai jamais vu un tel déversement de haine des Guinéens contre des Guinéens. Même une armée ennemie ne va pas massacrer sauvagement des civils désarmés, qui plus est, dans un stade où ils ne représentent aucun danger pour personne. C'est inexplicable et les tragédies se succèdent sans qu'on ne se pose les questions de fond, et qu’on ne cherche à comprendre, qu'est ce qui conduit de façon récurrente une partie des forces armées guinéennes à massacrer leurs propres concitoyens? Pour plusieurs faits, que j'ai personnellement vécu, j'ai compris que ces fous furieux ne considéraient pas leurs victimes comme étant leurs propres soeurs et frères, qu’ils ont l’obligation de protéger. A mon avis, c'est la clef du problème. Nous refusons obstinément d’en débattre publiquement pour exorciser le mal. A chaque fois, les forces de sécurité, sur ordre du pouvoir au plus haut niveau, tuent, violent des citoyens innocents en toute impunité. Je crois que comme c’est l’Etat qui, en toute illégalité, exerce ces violences gratuites contre les citoyens du pays, ces derniers ont l’obligation naturelle et constitutionnelle de se défendre contre cette oppression. Nous devons étudier cette alternative pour mettre fin aux meurtres de civils dans notre pays.

J’ai jugé nécessaire de m’exprimer sur ce sujet sensible, parce que je viens d'apprendre que le commandant Toumba Diakité a été extradé à Conakry et qu'il est déjà incarcéré à la maison centrale de Coronthie. Je rappelle que, nous les leaders politiques présents ce jour au stade, nous lui devons la vie. Oui, c'est le commandant Toumba qui nous a tiré des griffes de la furie des militaires qui nous frappaient avec les crosses de leurs fusils. Je le revois encore se débattre pour nous éviter le pire et crier "arrêtez, arrêtez", finalement, il parviendra à calmer cette bande de barbares surexcités. Vous remarquerez que nous avions tous eu les têtes fendues (moi j'ai eu deux blessures sur ma tête, il a fallu 13 et 10 points de soutures pour me soigner et après le sommet de l’UA sur le cas guinéen, et sur les conseils de Abe Sylla, j’ai effectué des examens approfonndis de ma tête à Abidjan), Sydia Touré (le premier qu'ils ont giflé et qui a reçu des coups sur la tête), Lounceny Fall, Mouctar Diallo, Aboubacar Sylla, Cellou Dalein Diallo (j'ai entendu un forcéné crier à tue-tête "où est Cellou, où est Cellou"), feu Jean Marie Doré, tous ont été blessés. N'eut été l'intervention du commandant Toumba, ces barabares nous auraient massacré sur place dans l'enceinte du stade. Et c'est encore, lui qui nous a sauvé de la colère du commandant Marcel à la clinique Ambroise Paré. Moi je n'ai pas eu de chance comme les autres, car au niveau du palais du peuple, notre 4*4 a pris le chemin inverse pour nous amener au camp Alfa Yaya et de là-bas au camp Koundara, actuel camp Makambo où j'ai été torturé, en compagnie du colonel Almami Diallo et d’autres jeunes gens que nous y avions trouvé, 3 jours durant. Contrairement au commandant Toumba, le colonel Tiegboro Camara qui faisait partie de l'equipée meurtrière, n'a nullement protesté contre la violence de ses hommes, c'est pourquoi je suis reconnaissant au commandant Toumba et je peux confirmer qu'il était lui venu avec cette volonté, peut-être secrète, de nous sauver ce jour. C’est le seul qui avait une certaine humanité ce jour dans ce déluge innommable de violences. Quelques minutes auparavent, je n'en arrivais pas à croire mes yeux, j'étais comme hébété de voir des militaires Guinéens tirer à l'horizontale sur des jeunes gens rassemblés pacifiquement et joyeusement sur la pelouse du stade. Je suis marqué à jamais par ces images et c’est pourquoi, je ne cesserai jamais de combattre cette injustice dont nous sommes victimes de la part de ces hommes qui ont pris notre Etat en otage pour assouvir leurs desseins criminels. Déjà, du haut de la tribune, j'ai pu voir les premières attaques sur des femmes. Ce qui s'est passé ce jour est inqualifiable. Mais le plus intolérable, c'est l'indifférence de beaucoup de Guinéens face à des malheurs pourtant collectifs. Il se trouve encore une large frange de notre société qui défend des criminels qui ont causé tant de douleurs aux familles des victimes. Quant ils ne sont pas directement touchés par les violences, nos compatriotes minimisent, relativisent et banalisent l'horreur. Ce sont les peuples étrangers qui s’indignent pour nous et exigent que justice soit faite. Aucune mobilisation puissante, coordonnée sur l’ensemble du pays pour dire “Ça suffit et que justice soit faite”. Nous n’avons pas entendu nos autorités réligieuses et morales au lendemain du massacre. Notre pays a perdu son âme. Ce sont des fils de ce pays qui ont commis cette barbarie, il ne s’est trouver aucun sage du pays pour les dénoncer et exiger que justice se fasse, car c’est le dégré zéro de la bestialité humaine que nous avions vécu. Qui peut moralement protéger ses fils dès lors qu’ils ont commis des crimes contre leurs propres frères et soeurs ou même contre des étrangers? C’est ce que nous faisons en toute conscience, sans regrets, ni remords.

Maintenant, il y a le cas spécial d'Alpha Condé. Il était l'un des plus chauds partisans de la manifestation du 28 septembre au cours de nos réunions des forces vives (les syndicats et la société civile se sont désolidarisés des partis politiques et suspendu leur participation dans l’organisation, certains de leurs responsables étaient en réalité favorables à la junte, mais ils seront encore les premiers à dire présent à notre réunion, après la tragédie, lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara avait proposé la primature à l'opposition). Une fois la décision prise, il prendra son avion pour nous laisser face à la junte et le carnage de ce jour fatidique du 28 septembre 2009. Il va s’attribuer seul une mission à l’exterieur pour le compte de l’opposition à la junte. Mais parmi nous, il est le seul qui est devenu chef de l'Etat et donc c'était de sa responsabilité, ne serait-ce que morale, de faire rendre justice et mettre fin à l'impunité. Qu'est ce qu'il a fait? C'est de prendre dans son gouvernement et nommer à des postes importants de l'administration militaire et civile, les mêmes chefs militaires et des civils qui étaient nommément accusés de crimes contre l'humanité par la commission d'enquête de l'ONU sur les événements du 28 septembre 2009. Puis, il les a maintenu en fonction après leur inculpation, cette fois-ci, par la justice guinéenne. Plus grave, chaque fois qu'on lui pose la question sur le 28 septembre, il se fâche et il nous ramène aux crimes passés depuis l'indépendance, comme pour les absoudre. Il avait même dit à Kassa, qu'il allait demander aux blancs d'abandonner cette affaire du 28 septembre. En outre, ce qui conforte les soupçons sur le manque de volonté d'Alpha Condé de rendre justice, c'est lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara prend la décision de se mettre à la disposition de la justice (qui ne l'a inculpé, comme une sorte de représailles, que lorsqu'il s'est porté candidat à l'élection présidentielle de 2015, il a d'ailleurs pris à deux reprises son avion pour venir en Guinée), qu'il soit confronté au refus ferme et définitif du pouvoir à son retour en Guinée. Voilà que le Sénégal lui a refilé son colis encombrant. Il est clair que c'est inacceptable que le commandant Toumba Diakité soit le seul incarcéré dans cette affaire et que les autres qui sont déjà inculpés par la justice continuent d'occuper de hautes fonctions de l'Etat. Nous devons exiger vigoureusement que des mandats de dépôt soient immédiatement délivrés contre eux et qu'ils rejoignent leur co-accusé, car la balance de la justice doit-être égale pour tous. Si c'est pas fait dans les heures qui suivent, nous exigeons la libération du commandant Toumba Diakité et le transfert du dossier à la CPI. En effet, ça sera la preuve que la justice guinéenne est incapable de garantir l'équité et n'ose pas froisser le pouvoir en incarcérant ses protégés. Comment d'ailleurs comprendre autrement cette justice si prompte à jeter en prison des petits voleurs à la tire et en même temps laisser en liberté ceux qu'elle a inculpé de crimes contre l'humanité? Sur ce dossier du 28 septembre 2009, la justice guinéenne est aux ordres et seules les fortes pressions internationales et les menaces de transfert du dossier à la CPI, l'ont obligé à donner quelques gages comme l'inculpation de ces officiers, qu'elle prend bien soin de laisser en liberté contrairement à sa jurisprudence traditionnelle de mandat de dépôt immédiat après inculpation.

Alpha Condé n'a aucune excuse pour se justifier dans ce dossier. Nous avons vu la célérité de ses pairs Alassane Ouattara et Ibrahima Boubacar Keita, ce dernier n'a pas hésité à arrêter le chef de la junte (qui l'avait pourtant soutenu à la présidentielle) et ses complices qui croupissent en prison en attendant leur procès. Nous voulons donc voir la preuve par des faits concrets qu'il va garantir l'indépendance de la justice et donc ne pas faire obstacle a l'arrestation de ses protégés et au retour sans délai, comme ils le souhaitent d'ailleurs, du capitaine Moussa Dadis Camara et du général Sékouba Konaté pour faire toute la lumière sur ces crimes contre l'humanité perpétré en Guinée, ce jour du 28 septembre 2009. A dire vrai, compte tenu de l'ampleur et de la gravité des crimes commis (il y a eu en réalité plus de 500 morts et non les 156 dont on nous parle, des charniers existent, des cadavres ont été largués en mer dont certains ont échoué sur les côtes léonaises, j’ai entendu un militaire révélé à son collègue, lors de mon incarcération au camp Koundara, que 80 jeunes arrêtés sont morts étouffés dans un conteneur au camp Alfa Yaya etc. et c’est là-bas aussi que j’ai appris pour les cadavres jetés en mer, car un autre militaire a proposé de nous y jeter comme ces cadavres et que c’est ce qu’on mérite, c’est la nuit même de ce 28 septembre aussi, qu’un militaire revenant de mission a dit à son ami qu’il y a eu trop de morts, impossible de compter tellement qu’il y a eu des morts), il faut faire appel au moins à une juridiction d'exception africaine comme celle qui a jugé Hissene Habre au Sénégal. La justice guinéenne n'a ni l'expérience et ni l'indépendance nécessaires pour juger cette affaire. Ne nous y trompons pas, cette affaire nous dépasse, il est hors de question de bâcler ce procès, c'est pourquoi nous réclamons, soit un tribunal exceptionnel au niveau africain, ou soit la CPI qui à mon avis est plus outillé et qualifié pour cette mission. Il s'agit pour nous de mettre définitivement fin aux cycles de massacres dont nous sommes victimes depuis 1958.

Pour cela, il faut que tous les leaders politiques présents ce jour au stade et tous ceux qui ont participé à la prise de décision pour la manifestation, se joignent aux organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme et aux organisations des victimes pour demander au gouvernement Guinéen de transférer le dossier à la CPI. Que tous les leaders politiques se prononcent nettement et individuellement sur cette demande. Moi je suis pour et l’exprime solennellement ici dans cette tribune. Trêve de discours, il faut agir maintenant. Que tous les députés épris de justice et surtout tous ceux qui ont de la compassion pour nos compatriotes lâchement assassinés ce jour, écrivent ensemble officiellement une motion dans ce sens au président de l’Assemblée nationale. Et enfin que les citoyens Guinéens fassent une pétition à adresser au gouvernement et à la CPI pour qu’elle se saisisse du dossier. Ce qui compte pour nous, c’est la justice, pourvue qu’elle soit rendue et nous rejetons d’ores et déjà les cris d’orfraie de ceux qui se taisent sur les massacres, mais sous prétexte de panafricanisme, sont contre toute intervention internationale pour réprimer les dérives meurtrières de nos dirigeants. Un dirigeant panafricaniste défend d’abord la vie des africains et non se contenter de tenir des discours incendiaires contre l’occident alors qu’il opprime son propre peuple. Nous voyons bien ces dirigeants occidentaux honnis déployer tout leur armada militaire et diplomatique pour défendre leurs citoyens, voilà le bon exemple à suivre. Pourquoi s’étonner donc qu’ils nous traitent avec mépris, lorsque nos dirigeants n’hésitent pas à nous massacrer, même si c’est sur leur injonction supposée? Honte à ces dirigeants indignes qui ne méritent aucun respect de notre part. Honte à vous!

Alpha Saliou Wann

 

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Guinée : les hommages de Cellou Dalein Diallo aux détenus politiques

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Ce samedi 17 avril 2021, c’est la journée internationale des prisonniers politiques. A cette occasion, Cellou Dalein Diallo a rendu un hommage aux détenus politiques guinéens, qui sont majoritairement ses plus proches collaborateurs.  

« A l’occasion de la Journée internationale des prisonniers politiques, je souhaite rendre un hommage appuyé́ à mes principaux collaborateurs et aux nombreux militants de l’UFDG, de l’ANAD et du FNDC arbitrairement détenus dans les prisons guinéennes en raison de leur combat pour le respect de la vérité́ des urnes ou de leur opposition au troisième mandat. Je félicite tous ceux qui, de l’intérieur comme de l’extérieur, dénoncent cette détention illégale et œuvrent pour la libération de ces prisonniers d’opinion. »

Guinee28

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A cause des violations des droits de l’homme, la Guinée recalée au programme de Millenium Challenge Corporation

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C’est une énorme opportunité d’aide que le gouvernement guinéen vient de perdre du côté des Etats-Unis.  En Raison des violations des droits de l’homme en Guinée, le pays a été recalé au programme de Millenium Challenge Corporation.

« La Guinée, bien qu’ayant validé 9 des 20 indicateurs du MCC n’a cependant pas pu accéder à ce programme en raison de la perte d’indicateurs relatifs aux droits démocratiques », a annoncé jeudi  le ministre des Investissements et des partenariats public-privé, expliquant que  l’agence de notation américaine Freedom House, dans son dernier rapport publié le 22 mars 2021, a abaissé de deux points la note de la Guinée dans ce registre.

Créé en 2004, le Millenium Challenge Corporation (MCC) est un programme d’aide bilatérale du Gouvernement des Etats Unis en faveur des pays à faibles revenus, sélectionnés sur la base d’indicateurs de performance. L’objectif est de mettre en œuvre des partenariats avec les pays qui réalisent des performances satisfaisantes dans les trois domaines clés que sont : La bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques ; La création d’un environnement favorable à l’initiative privée ; L’engagement de l’Etat à faire des investissements conséquents dans le secteur social.

Cette assistance du Gouvernement américain allant jusqu’à 500 millions de dollars U, est apportée aux pays bénéficiaires sous forme de Dons, pour la mise en œuvre d’un programme d’investissement pays appelé « Compact Pays » ou « Compact ».

Par Ibrahim Bangoura

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Droits de l’homme en Guinée : après les Etats-Unis, Amnesty accable à en son tour le régime d’Alpha Condé

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Quelques jours après les Etats-Unis, Amnesty International a accablé le régime du président Alpha Condé. Dans son rapport annuel sur les droits humains publié ce mercredi 7 avril 2021, l’ONG note que des violations graves des droits de l’homme, avec l’assassinat des dizaines de personnes ont été commises en Guinée l’année dernière, dans le contexte de la modification controversée de la Constitution et des résultats contestés de l’élection présidentielle.

Lisez le rapport :

Des violations des droits humains ont été commises dans le contexte d’une modification controversée de la Constitution et des résultats contestés de l’élection présidentielle. Des dizaines de personnes ont été tuées par des membres des forces de défense et de sécurité lors de manifestations, et les auteurs de ces homicides demeuraient impunis. Des membres de partis politiques d’opposition et des militant·e·s en faveur de la démocratie ont été arrêtés et détenus arbitrairement. Le droit à la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique ont fait l’objet de restrictions. Le droit à la santé des prisonnières et prisonniers était mis à mal par une surpopulation chronique et des conditions de détention déplorables.

CONTEXTE

À partir du mois de mars, les autorités ont décrété l’état d’urgence pour faire face à la pandémie de COVID-19 et pris des mesures qui restreignaient, entre autres, le droit de circuler librement et le droit à la liberté de réunion. En mars, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile, a été l’instigateur de manifestations de grande ampleur contre un projet de réforme de la Constitution qui devait autoriser le président de la République à briguer un troisième mandat. Il a également appelé à boycotter les élections législatives et le référendum sur la Constitution, qui ont eu lieu le 22 mars. En avril, la Cour constitutionnelle a indiqué que près de 90 % des votant·e·s s’étaient prononcés en faveur de la réforme. Le 24 octobre, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé qu’Alpha Condé avait remporté l’élection présidentielle, bien qu’un autre candidat, Cellou Dalein Diallo, ait déjà revendiqué la victoire.

HOMICIDES ILLÉGAUX

Les forces de défense et de sécurité ont fait usage d’une force excessive contre des manifestant·e·s. Des dizaines de personnes ont été abattues et de nombreuses autres ont été blessées par balle ou touchées par des grenades lacrymogènes. Entre le 21 et le 22 mars, au moins 12 personnes ont été tuées lors de manifestations organisées par le FNDC. Le 12 mai, sept personnes ont trouvé la mort dans des manifestations, dont certaines ont tourné à la violence, dans les villes de Manéah, Coyah et Dubréka (région de Kindia) ainsi qu’à Kamsar (région de Boké). Elles dénonçaient la manière dont les forces de sécurité faisaient appliquer les restrictions de circulation liées à la pandémie de COVID-19. Dans les jours qui ont suivi l’élection présidentielle d’octobre, au moins 16 personnes ont été tuées par les forces de sécurité alors qu’elles protestaient contre les résultats du scrutin. Les forces de défense et de sécurité ont également commis des violences à l’encontre des populations de quartiers de la capitale, Conakry, perçus comme favorables à l’opposition, tuant au moins un habitant de Wanindara le 1 er décembre, sans raison.

Selon les autorités, deux policiers ont été tués à Conakry, le 21 octobre et le 30 novembre respectivement, et trois gendarmes et un soldat ont eux aussi trouvé la mort lors d’une attaque visant un train de la compagnie minière Rusal le 23 octobre, également dans la capitale.

ARRESTATIONS ET DÉTENTIONS ARBITRAIRES

Entre janvier et septembre, plusieurs dizaines de représentant·e·s d’organisations de la société civile et militant·e·s politiques ont été arrêtés arbitrairement pour s’être opposés au référendum, avoir appelé à manifester ou avoir dénoncé des violations des droits humains commises dans le pays. Le 6 mars, la police a arrêté Ibrahima Diallo, dirigeant du FNDC et coordonnateur du mouvement en faveur de la démocratie Tournons la page-Guinée (TLP-Guinée), et Sékou Koundouno, coordonnateur du Balai citoyen, un mouvement citoyen qui promeut la démocratie, à Conakry. Plus tôt dans la journée, ces deux hommes avaient tenu une conférence de presse, notamment pour dénoncer les arrestations arbitraires auxquelles se livraient les forces de sécurité. Ils ont été inculpés, entre autres, d’« outrage à agent », de « violences et voies de fait » et de « production, diffusion et mise à disposition d’autrui de données de nature à troubler l’ordre et la sécurité publics ou à porter atteinte à la dignité humaine ».

Le 15 juillet, la cour d’appel de Conakry, ayant constaté des irrégularités juridiques et procédurales, a décidé de l’abandon des poursuites. Un autre dirigeant du FNDC et membre de TLP-Guinée, Oumar Sylla, a été arrêté le 17 avril à Conakry par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), après avoir participé à une émission de radio lors de laquelle des membres du FNDC avaient appelé à manifester contre la réforme de la Constitution. Il avait également dénoncé les homicides, les actes de torture, les détentions arbitraires et le harcèlement dont des membres du FNDC avaient été victimes dans la ville de Nzérékoré. Il a été inculpé de « communication et diffusion de fausses informations » et de « violences et menaces de mort ». Il a été libéré le 27 août, un juge ayant décidé de l’abandon des poursuites à son encontre. Cependant, le 29 septembre, il a de nouveau été détenu arbitrairement après que des policiers en civil l’ont arrêté lors d’une manifestation interdite à Matoto, l’une des communes de Conakry. Il se trouvait toujours à la maison centrale de Conakry pour « participation à un attroupement susceptible de troubler l’ordre public ». Le 7 mai, Saïkou Yaya Diallo, conseiller juridique du FNDC, a été arrêté à Conakry après avoir participé à une conférence de presse au cours de laquelle, avec d’autres personnes, il a isolé dans un bureau une femme qui, selon eux, travaillait pour les services de renseignement, aux fins semble-t-il de la protéger des autres participant·e·s. Il a été inculpé de « voies de fait », « violences », « menaces » et « injures publiques » et incarcéré à la maison centrale de Conakry, bien que deux décisions de justice aient ordonné sa libération et son placement sous contrôle judiciaire. Condamné le 16 novembre, il a été remis en liberté le 11 décembre, après avoir purgé sa peine. Le 10 novembre, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn a annoncé que 78 personnes, dont des personnalités de l’opposition, avaient été déférées à la justice dans le contexte des manifestations et violences post-électorales, et inculpées, entre autres, de « détention et fabrication d’armes légères », d’« association de malfaiteurs » et de « propos incitant à la violence ».

TORTURE ET AUTRES MAUVAIS TRAITEMENTS

Ibrahima Sow (62 ans) a été arrêté le 24 octobre, après l’attaque contre le train de la compagnie Rusal (voir Homicides illégaux). D’après les autorités, il a été testé positif au COVID-19 pendant sa détention. Il se serait rétabli mais, après s’être « plaint d’un diabète », il a été hospitalisé et est décédé. Des photos des blessures qui lui ont été infligées en détention incitaient fortement à penser qu’on l’avait brûlé au fer chaud ou au moyen d’un objet similaire.

LIBERTÉ DE RÉUNION ET D’EXPRESSION

Les autorités nationales et locales ont porté atteinte au droit à la liberté de réunion en interdisant, sans motif légitime, au moins sept manifestations contre le référendum sur la réforme de la Constitution et la candidature du président de la République à un troisième mandat. Des manifestations prévues en janvier dans les villes de Kissidougou et de Nzérékoré ont été interdites afin de « préserver la paix ». En mars, des manifestations ont également été frappées d’interdiction à Matoto et à Matam en raison de la visite d’une délégation de la CEDEAO qui devait avoir lieu peu après et des préparatifs de la Journée internationale des droits des femmes. Il en a été de même pour des manifestations qui devaient se dérouler à Matoto pendant la campagne électorale, entre septembre et octobre. Le droit à la liberté d’expression a aussi été restreint. Selon l’ONG Access Now, l’accès aux réseaux sociaux a été perturbé pendant 36 heures au total entre le 21 et le 23 mars. Le 18 octobre, la Haute autorité de la communication a suspendu pour un mois le site d’information Guineematin.com, après que celui-ci eut diffusé en direct le dépouillement des voix dans plusieurs bureaux de vote.

IMPUNITÉ

Bien que les autorités aient promis que tous les homicides de manifestant·e·s feraient l’objet d’une enquête, elles n’avaient pas communiqué d’informations officielles à ce sujet à la fin de l’année. La promesse faite en 2019 par le ministre de la Justice selon laquelle, à l’issue de l’information judiciaire conclue en 2017, le procès des auteurs présumés du massacre perpétré en septembre 2009 au stade de Conakry s’ouvrirait en juin 2020, ne s’était toujours pas concrétisée. Les forces de défense et de sécurité avaient alors tué 157 manifestant·e·s pacifiques dans le stade et violé au moins 100 femmes.

DROIT À LA SANTÉ/ CONDITIONS CARCÉRALES

La santé des personnes détenues était particulièrement menacée depuis le début de la pandémie de COVID-19 en raison de la surpopulation chronique et de l’insuffisance des installations sanitaires et des soins médicaux dans les lieux de détention. Selon les autorités, en mai, 68 des 713 détenu.e.s soumis à un test de dépistage du COVID-19 à la maison centrale de Conakry avaient obtenu un résultat positif. Le ministère de la Justice a déclaré que ces personnes étaient prises en charge dans des unités de soins déployées au sein de la prison. À la prison de Kindia, 30 tests positifs ont été enregistrés parmi les 352 détenu·e·s et les 25 surveillant.e.s que comptait l’établissement. Le ministère de la Justice a indiqué que les 28 détenu·e·s contaminés avaient été envoyés à la maison centrale de Conakry afin d’y être soignés. Il s’agissait de l’établissement pénitentiaire le plus surpeuplé du pays, avec 1 500 détenu·e·s alors qu’il était prévu pour n’en accueillir que 300.

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