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En Afrique, «des autocrates vieillissants s’accrochent au pouvoir»

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 « En Afrique, il y a très peu d'alternance au pouvoir », regrette l'essayiste Pierre Jacquemot, qui a été ambassadeur de France en RDC. Dans son dernier ouvrage, « De l'élection à la démocratie en Afrique », paru aux éditions de la Fondation Jean Jaurès, Pierre Jacquemot se penche sur le phénomène des troisièmes mandats et des oligarchies qui s'accrochent au pouvoir. Y aura-t-il en 2021 autant d'élections verrouillées qu'en 2020? Le chercheur-diplomate, qui enseigne à Sciences-Po Paris, répond aux questions de Christophe Boisbouvier

Entre la Guinée où la présidentielle a été très controversée, et le Burkina Faso où la présidentielle a fait consensus, est-ce que 2020 n’a pas été une année électorale très contrastée ?

Oui, tout à fait. Je vois des situations assez typiques, assez marquées. Il y a d’abord eu de bonnes élections, on a un peu oublié ce qui s’est passé au Malawi où il y a eu une véritable alternance, mais également aux Seychelles, et on oublie quelquefois de parler des bonnes histoires, là il y a eu une alternance, il y a eu une participation élevée et tout ceci s’est fait dans un climat de relative sécurité. J’aurais tendance à rattacher le Ghana également, dont les élections de décembre se sont bien passées.

Puis vous avez à l’opposé des situations qui ne sont pas du tout satisfaisantes du point de vue de la démocratie, si on entend par démocratie la possibilité d’alternance et la possibilité de changement. Là, c’est la Guinée, vous l’avez citée, mais également la Côte d’Ivoire. L’enrôlement a été difficile, la participation a été faible, l’opposition a boycotté, il y a eu des violences, les résultats ont été contestés et puis les candidats se sont présentés pour un troisième mandat.

C’est un peu inquiétant, parce que se profilent d’autres élections un peu du même type. L’Ouganda, le Congo, le Tchad et Djibouti vont connaître des élections dans les prochains mois, qui peuvent laisser craindre qu’on soit un peu sur le même modèle.

 Et le Burkina, vous le rangeriez dans quelle catégorie ?

Je mettrais le Burkina dans une situation intermédiaire parce que l’insécurité règne dans le pays, comme également au Niger qui a connu un premier tour, et la participation électorale a été entravée. Par exemple au Burkina, l’élection de Roch Marc Christian Kaboré ne pose pas de problème, mais il y a eu quand même 300 000 électeurs qui n’ont pas pu voter pour des raisons de sécurité. Et le Niger, où il y a eu des événements récents très graves, laisse penser qu’il y a des électeurs qui sont empêchés de voter.

Dans votre ouvrage « De l’élection à la démocratie en Afrique », vous soulignez qu’il y a très peu d’alternance sur le continent, et que les autocrates s’accrochent au pouvoir, pourquoi ce phénomène ?

Effectivement, il y a très peu d’alternance. Les cas d’alternances connus sont toujours dans les mêmes pays, à savoir Maurice, le Cap-Vert, le Ghana, le Sénégal, c'est une catégorie de pays que je qualifie de démocratie mature.

En revanche, on observe que, dans un certain nombre de pays, des autocrates vieillissants, parfois ayant plus de 75 ans, voire 80 ans - c’est le cas de la Guinée -, s’accrochent au pouvoir et bricolent la Constitution au point de se présenter - c'est le cas pour Yoweri Museveni en Ouganda, qui a plus de 75 ans - pour un sixième mandat, mais on a une situation un peu identique au Tchad ou à Djibouti. C’est essentiellement le fait d’un jeu électoral et d’un jeu politique qui brident l’opposition et qui se concentrent sur une oligarchie politique et une oligarchie d’affaires qui n’ont pas du tout l’intention de passer la main.

Et vous soulignez qu’il y a même des systèmes dynastiques, où l’élection n’est qu’un prétexte pour reconduire le dirigeant...

Effectivement, il y a un certain nombre de cas où l’élection n’a pas véritablement de sens. D’ailleurs, la population s’en rend compte, puisqu’on assiste à ce que j’appelle la fatigue du vote, notamment de la part des jeunes et des femmes qui ne se rendent pas aux urnes, voire qui ne retirent pas leur carte électorale - c’était le cas en Côte d’Ivoire, comme on a pu le constater - et qui cherchent des modes d’expression ailleurs que dans les urnes et le bureau de vote.

Et quand vous parlez de système dynastique, à quel pays pensez-vous ?

Écoutez, regardez les noms des actuels titulaires du poste de Président, de chef de l’État, au Togo, au Gabon ou à Djibouti, vous serez convaincu qu’il y a depuis une cinquantaine d’années, ça vient depuis pratiquement les indépendances, une permanence du pouvoir.

Cette « fatigue du vote » comme vous dites joliment, est-ce que c’est lié aussi à l’âge de certains dirigeants ?

C’est lié à l’âge, c’est lié au fait que beaucoup de jeunes se rendent compte qu’ils sont nés avec Paul Biya au pouvoir, et se rendent compte qu’il ne s’est pas passé grand-chose, et qu'il est impossible de pouvoir trouver par le biais électoral une possibilité d’alternance, et donc de changement. Juste un chiffre, l’écart d’âge entre les politiciens au pouvoir et l’âge moyen des citoyens en Afrique est de 43 ans, si on regarde en Europe, c’est 16 ans.

Vous qui avez été ambassadeur de France à Kinshasa, n’êtes-vous pas obligé quand même de reconnaître que, pour la première fois dans l’histoire de la RDC, il y a eu une alternance pacifique ?

Oui, il y a eu une alternance pacifique, on ne reviendra pas sur les conditions du vote de 2018, qui a vu la victoire de Félix Tshisekedi, plutôt que la victoire de Martin Fayulu. Mais quoi qu'il en soit, il est sûr qu’il y a un processus intéressant de transition actuellement, qui est marqué d’ailleurs par des événements tout à fait exceptionnels, comme la libération de prisonniers qui étaient accusés d’avoir participé à l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en 2001. Incontestablement, il y a des évolutions intéressantes pour assurer un certain changement dans ce pays.

RFI

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La majorité de la classe politique fait bloc autour de son champion : Dalein cherche adversaire désespérément

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Principal leader politique du pays à la tête d’une formation bien enracinée dans les quatre coins de la Guinée, Cellou Dalein Diallo a toujours remporté avec brio le combat électoral dans les urnes. Ce, de 2010 à 2020. Même face à des seconds couteaux, éternels récolteurs de zéro pour cent des suffrages valablement exprimés, et qui se prennent pendant cette période de transition pour des rois des urnes, il ne demande qu’à connaitre son prochain adversaire et la date du coup d’envoi du match électoral.

En Guinée, comme partout ailleurs dans le monde, le ring électoral attire des compétiteurs de toutes les catégories. Ces rendez-vous sont ouverts aux candidats de toute taille. Des nains aux colosses, des folkloriques aux éternels figurants, des m’as-tu-vu aux plus compétitifs des sérieux prétendants, Cellou Dalein Diallo demeure le plus apte à remporter la victoire avec la manière et le plus à même de s’installer au fauteuil du palais présidentiel.

Si les élections présidentielles ont lieu dans le courant de cette transition - dont on ne connait pas encore la date limite - l’homme qui fête ses 69 ans le 3 février 2022, a l’opportunité de porter l’écharpe de président issu des urnes.

Un état d’esprit

Les aras de la politique n’ont qu’à se tenir prêts. Les joutes auront bien lieu pour clôturer la transition.

Les membres de l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg) et des partis politiques de l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique (Anad) resserrent la ceinture. Ils sont plus que jamais soudés et confiants en leur champion. Ils viennent d’être rejoints et renforcés dans leur élan de conquérants du fauteuil présidentiel par le Collectif des partis politiques (Cpp) dont ils sont eux-mêmes partie prenante.

Ils sont si sûrs d’eux et bien organisés, qu’ils ont formulé et apprêté un document portant des propositions concrètes à la réussite de la transition dans un mémorandum comportant les grandes lignes de la future constitution, du code électoral à revoir, du fichier électoral à réviser, ainsi que de l’organe de gestion des élections sous le regard des institutions supranationales comme la Cedeao, l’Union africaine et leurs partenaires de l’Union européenne et de l’Onu.

L’état d’esprit qui prévaut au sein de ce front commun est de porter au pouvoir leur candidat naturel dans le fair-play politique habituel porteur des valeurs pour lesquels Cellou Dalein Diallo dédie son combat.  L’heure de la victoire se prépare. Activement. Elle est sera dédiée aux martyrs de la démocratie et à toutes les personnes victimes de la répression du régime Condé.

Seul obstacle majeur à franchir par les soutiens et alliés de Cellou Dalein Diallo, le manque de chronogramme précis de la transition.

Un engagement

Le président de la junte auteure du coup d’Etat du 5 septembre 2021 est, quant à lui, prêt à rendre le pouvoir.

Le colonel Mamadi Doumbouya a déclaré être venu «tout simplement pour rendre le pouvoir au peuple». C’est un engagement solennel.

Tenir cet engagement, c’est tout ce que l’Ufdg et ses alliés de l’Anad et du Cpp souhaitent.

Du reste, ils sont tous convaincus d’avoir l’assise et l’expertise nécessaires pour  s’imposer dans le ring électoral et s’offrir la victoire devant n’importe quel adversaire.

Par Ahmed Tidiane Diallo (Le Populaire)

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Manifestation des étudiants à Gamal Abdel Nasser de Conakry

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Les étudiants de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry sont sortis dans la rue, ce jeudi 20 janvier 2022. Ils réclament à la junte de bus de transport, de laboratoires, ainsi que de salles d’informatique permettant d’améliorer leurs conditions d’études.

Mais leur marche pacifique a vite tourné au vinaigre. Ils ont été rapidement dispersés par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes.

Plusieurs d’entre eux ont été interpelés.

Par Mariam Bâ

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Revisitons l’histoire pour comprendre la fermeté de la CEDEAO contre les coups d’Etat

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Il faut revisiter l’histoire des pays membres de la CEDEAO pour comprendre la fermeté de l’organisation sous régionale contre les coups d’État militaires.

Le Sénégal est le seul pays de la sous-région qui n’a pas connu de coup d’Etat.

Les coups d’Etat ont été un frein pour le développement de ces pays durant la période 1960-1990. L’instabilité politique qui en découle a été un facteur de refoulement  des investisseurs étrangers dans ces pays, hormis dans l’exploitation minière.

Des régimes militaires corrompus et incompétents n’ont pu impulser le développement économique dans la région. Ce n’est  pas étonnant que le Sénégal et la Côte d’Ivoire soient devenus durant cette période troublée les fleurons économiques en raison de leur stabilité politique. La Côte d’Ivoire a connu finalement un coup d’arrêt en fin 1990 par le coup d’Etat suivi de 10 ans de guerre civile. Elle n’a renoué avec la croissance économique forte qu’à partir de 2011 pour rattraper son retard.

Le Nigéria n’a pu profiter de son énorme potentiel pétrolier en raison de l’instabilité politique chronique liée aux coups d’Etat et la corruption endémique de ses chefs militaires. La dictature militaire prend fin en 1999. Depuis le 29 mai 1999, successions régulières de présidents élus.

Au Ghana, il a fallu l’arrivée au pouvoir du capitaine Jerry Rawlings (sans doute le seul militaire non corrompu  des années 1960-1980) pour mettre fin à la série des coups d’Etat. Depuis le 7 janvier 1993, successions régulières de présidents élus.

La Guinée est un cas particulier, car durant 26 ans, le pays était hermétiquement fermé et soumis à des violences inouïes qu’aucun pays de la sous-région n’a connu en temps de pays. Depuis 1984, il est devenu le théâtre des coups d’Etat.

Tous les autres pays de la CEDEAO dont le Mali, le Niger, la Gambie, la Guinée Bissau, le Bénin (qui a eu le record de quatre coups d’Etat en six ans), le Togo, le Libéria, le Burkina Faso et le Sierra Leone ont été victimes de coups d’Etat.

La CEDEAO veut mettre fin définitivement au cycle des coups d’Etat militaires. Dès lors que les géants de la Sous-région que sont le Nigéria, le Ghana et la Côte d’Ivoire sont guéris de ce fléau et avec le soutien du Sénégal, vous comprendrez que les coups d’Etat militaires ne sont plus en odeur de sainteté, donc inacceptables dans l’espace politique CEDEAO.

Quand un pays adhère librement à une entité communautaire comme la CEDEAO, elle accepte par cet acte un transfert de souveraineté au profit de l’organisation supranationale, ce qui implique que les traités de la CEDEAO sont des normes supérieures à sa Constitution.

La CEDEAO a le droit de rappeler à l’ordre tout pays qui viole ses traités. C’est une union économique et politique. Aucun État de l’union ne peut se soustraire à l’application stricte des traités. Les règles sont encore plus contraignantes dans l’Union Européenne.

La discipline n’est vraiment pas la qualité des gouvernements africains. On ne peut pas adhérer en toute souveraineté à une organisation communautaire et crier au complot lorsqu’on en viole les règles.

Les coups d’Etat au Mali et en Guinée sont un facteur de risques systémiques pour la CEDEAO. Pour parer aux critiques récentes contre son inaction, l’organisation  sera à l’avenir plus regardante sur les violations de ses traités par des gouvernements civils qui favorisent l’intrusion des militaires sur la scène politique.

Toutefois, rien ne justifie que l’armée confisque le pouvoir politique, même temporairement. Elle a le devoir de retirer sa confiance, donc de désobéir à un pouvoir civil qui viole systématiquement la Constitution et les lois de la République, instaure la violence comme mode de gouvernance et entretient un climat de crise politique grave dans le pays.

Dans ce cas, nos armées doivent suivre la jurisprudence des armées de certains pays de l’Est lors de soulèvements populaires en Serbie, en Ukraine et en Géorgie.

L’armée doit se ranger derrière les forces politiques et sociales et garantir le déroulement du processus de transition démocratique par de nouvelles élections générales dans le pays. Elle ne participera pas dans la gestion politique de la transition qui sera réservée aux forces vives de la nation. Point besoin de suspendre la Constitution, ni les institutions républicaines. Pas plus de trois mois pour organiser de nouvelles élections.

Il faut savoir s’adapter à l’ère du temps. Aujourd’hui, il est admis universellement que l’institution militaire soit sous l’autorité du pouvoir civil. Il est exclu qu’elle s’empare du pouvoir politique. L’armée est cantonnée à sa vocation de défense de l’intégrité territoriale du pays sous l’autorité du pouvoir civil.

Les régimes militaires sont tous mis au ban de la communauté internationale. Ils ne sont tolérés que pour le temps d’organiser, dans le plus bref délai, le retour à l’ordre constitutionnel.

Depuis le début des années 1990, le principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’un pays inscrit dans la charte de l’ONU a cédé la place au devoir d’ingérence humanitaire. On ne laisse plus un dictateur massacrer impunément son peuple. Les putschs militaires aussi sont désormais condamnés et sanctionnés par la communauté internationale.

Par Alpha Saliou Wann

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