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Opinion

Casse de Demoudoula : preuve flagrante de la déconfiture de l’Etat (opinion)

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Je ne voulais pas m'exprimer sur "la casse de Demoudoula , parce que j'ai une idée précise des propositions de solutions aux errements de la politique d'urbanisme (plutôt un pilotage à vue ) de nos dirigeants. A l’ami qui m’a informé du drame en cours, j’ai expliqué les mesures radicales à prendre pour mettre fin à l’injustice. Nos réactions émotionnelles le temps de déverser nos frustrations pour quelques jours pour revenir à nos préoccupations quotidiennes de survie ne font que renforcer le pouvoir dans ses certitudes que la violence paie. Nous sommes incapables de persévérer dans la lutte jusqu’à obtenir gain de cause. Notre appauvrissement n’explique pas notre apathie, notre renoncement, est un cas d’école intéressant à étudier par nos sociologues pour nous aider à comprendre.

Comme Sisyphe, nous sommes dans un éternel recommencement pour sensibiliser et remobiliser nos compatriotes pour ne pas céder au fatalisme face à nos despotes. Mais face au désarroi de nos compatriotes, leur hantise, voire le réveil du douloureux souvenir de Kaporo-rails, j'ai finalement décidé de dire un mot sur le sujet. Il faut rappeler qu'au temps colonial, la ville de Conakry allait de Kaloum le centre - ville à Dixinn sa banlieue. Mais avec la forte poussée démographique, l'administration coloniale avait commencé à prévoir l'extension de la ville et à l'indépendance, les nouvelles autorités ont poursuivi cette mission, notamment avec le plan triennal 1960-1963. Ainsi, hormis les villages bagas le long du littoral, tout le reste du territoire actuel de Conakry est érige en domaine réservé de l'Etat avec ses zones industrielles. Un vaste domaine laissé en friche, parce qu'on a l'impression que le régime révolutionnaire avait d'autres priorités plus importantes que la mise en valeur de sa capitale réputée à l'époque coloniale comme la perle de l'AOF.

L'arrivée au pouvoir du CMRN en 1984 a permit le retour des exilés et une forte poussée de l'exode rural vers Conakry. Pour le Général Lansana Conté, la liberté c'était de laisser chacun faire ce qu'il veut et donc ce qui était une brousse a été occupé de manière anarchique par ce nouvel afflux de populations, l'Etat se contentant d'accompagner ce processus par des lotissements, sans respecter les normes de l'urbanisme. Il a fallu attendre le ministre Bana Sidibe surnommé "casse casse ", qui a effectivement cassé des maisons, pour ouvrir des routes notamment les transversales etc. Après son limogeage, la pagaille a continué de plus belle. Dans les années 1990, toute la haute banlieue était dans l’opposition, avec Matoto pour le RPG d'Alpha Condé et Ratoma pour l'UNR de notre regretté Bâ Mamadou. En 1998, les stratèges du pouvoir vont décider de "casser Kaporo-rails pour faire déguerpir plus de 100.000 familles. Ce sera fait avec une brutalité inouïe suivi d'une répression politique sans précédent depuis l'instauration du multipartisme, avec l'arrestation du leader Ba Mamadou et deux responsables de son parti, Mamadou Barry, qui vient de nous quitter, paix à son âme et Thierno Ousmane Diallo l'actuel ministre du Tourisme. Pour le pouvoir, Kaporo-rails est un domaine réservé de l'Etat où il était prévu de transférer le nouveau centre administratif. C'était en vérité une opération à visée bassement électoraliste et donc le pouvoir n'avait nullement l'intention de faire de cette zone le nouveau centre - ville de Conakry, ce qui a été confirmé par les faits, car rien n'a été construit sur place, hormis l'immeuble de la RTG Koloma offert par la Chine.

Maintenant, le pouvoir actuel justifie à son tour la casse en cours de Démoudoula par le souci de préserver l'environnement. C'est tout à fait louable de préserver l'environnement, mais comme hier, personne ne peut nous blâmer d'y voir des arrière-pensées politiques en l'absence de toute crédibilité d'Alpha Condé pour la défense de l'environnement. Est-ce que l'Etat fait preuve d'exemplarité ? Alpha Condé a vendu les forêts classées du Ziama, il a autorisé la construction de l'hôtel Sheraton à côté de la source de la rivière Kakimbo qui met une touche finale à la destruction du poumon vert de Conakry, une forêt classée de 120 hectares à l'époque coloniale, prévu aussi pour être un château d'eau de la ville de Conakry. Il faut ajouter la construction du nouveau marché de Conakry à Dabondy dans une zone à protéger, le Diamond Plazza au Centre émetteur, les vastes plaines rizicoles de Lambanyi à Sonfonia qui sont cédées à des promoteurs immobiliers, la construction de l'hôtel Noom à la place des jardins prévus par les colons pour les malades de l'hôpital Ignace Deen etc.

Alpha Condé a un appétit féroce pour distribuer le patrimoine bâti - public à des intérêts privés douteux. Certes, le ton a été donné par le général Lansana Conté, mais Alpha Condé a fini de privatiser la cité ministérielle où des immeubles poussent à la place des anciennes résidences ministérielles. Des familles entières de fonctionnaires sont vidées des bâtiments où ils ont payé des loyers à l'Etat, pour certains, depuis plus de 40 ans, au profit des amis du pouvoir qui y bâtissent des immeubles. A la place de l'abattoir de Coléah, c'est un hôtel qui sera construit. Alpha Condé ne manque aucune occasion de parler de la nécessité de transférer les habitants de Kaloum à des HLM à construire, mais que voit-on? D'ores et déjà, nous voyons des concessions rachetées les unes après les autres et des immeubles pousser comme des champignons. Si Alpha Condé était crédible dans sa volonté de moderniser Kaloum pour en faire une vitrine de Conakry, il n'allait pas autoriser ces nouvelles constructions qui ne sont pas conformes à la vision de cette nouvelle ville qu'il veut bâtir. Non, Alpha Condé n'a aucune vision de Conakry en 2040, nous constatons plutôt, que Conakry est devenue l'eldorado du blanchissement de capitaux criminels, d’ou l’inquiétude de nos partenaires au développement qui ont jugé utile d’organiser un séminaire de sensibilisation des acteurs publics et prives concernés par ce fléau. Toutes les caractéristiques de cette économie noire qui tue l'économie réelle sont là et en laissant faire, les soupçons de connivence avec ce système de type maffieux pèsent lourdement sur Alpha Conde.

Cette affaire de casse de Demoudoula est la preuve flagrante de la déconfiture de l'Etat. A quoi servent le gouvernement et l'administration? Comment expliquer que le ministère de l'urbanisme et de l'Habitat puisse accorder des titres de propriété et des permis de construire aux citoyens dans des "domaines réservés de l'Etat" ou des zones à risque sur le plan environnemental ? Toutes les victimes de Kaporo-rails et maintenant de Demoudoula détiennent leurs titres dûment délivrés par le ministère de l'urbanisme et de l'Habitat. Le ministre de la Justice a signé une circulaire le 29 juin 2017 à l'adresse de tous les Procureurs généraux, les Procureurs de la République, les Juges de paix, les huissiers de justice, les Chefs de services de sécurité et toutes les autorités locales pour porter à leur intention que pour des raisons humanitaires, les expulsions pendant la saison pluviale sont suspendues pour la période allant du 15 juin au 15 octobre 2017 inclusivement, sur toute l'étendue du Territoire National. Ajoutant que les autorités judiciaires et parajudiciaires sont invitées à veiller au respect scrupuleux de la mesure envisagée et en assurer une large diffusion.

Qui a donné l'ordre d'expulsion des habitants et la destruction de leurs maisons en violation de la décision du ministre de la Justice en application de la loi? Pourquoi toutes les autorités concernées sont restées indifférentes à cette situation dramatique? Malheureusement les Guinéens sont traditionnellement soumis au diktat du pouvoir. Les victimes, sur la base de cette circulaire du ministre de la Justice, peuvent attaquer l'Etat guinéen devant la Cour de Justice de la CEDEAO. L'Etat est vidé de sa substance et seule compte la volonté du Chef de l'Etat qui peut réprimer en toute impunité les personnes et groupes qu'il juge hostiles à son pouvoir. Sous prétexte de reconstruire Conakry, Alpha Condé va utiliser l'argument "domaines réservés de l'Etat " pour déposséder les Guinéens de leurs maisons afin de faire main basse sur la ville au profit de ses amis, des investisseurs douteux comme c'est le cas pour certaines parties de Conakry. Aujourd'hui, des ministères et plusieurs administrations, des institutions républicaines sont devenus des locataires dans des immeubles privés construits à la place d'anciens bâtiments publics cédés aux amis du pouvoir. Si nous n'y prenons garde, Alpha Condé va finir par nous enfoncer dans des difficultés insolubles. Après avoir fini de vendre nos mines, il s'attaque à nos biens immobiliers publics et privés et finalement nos terres cultivables, bref nous allons nous réveiller pour constater que concrètement rien ne nous appartient plus dans notre pays. Chacun pense qu'il n'est pas concerné, or après Kaloum et Ratoma, ça sera le tour de Dixinn, Matoto et Matam. Depuis 7 ans qu’il est au pouvoir, rien n’a été fait pour construire des logements sociaux. Par contre les spéculations immobilières en raison des opérations de blanchissement font que les citoyens moyens ne peuvent plus avoir accès à la propriété d’une maison.

La casse de Démoudoula est l’annonce d’une vaste opération d’expropriation des Guinéens. Comme toujours, on blâmera les victimes en dédouanant cette administration corrompue dont l’impunité est garantie par Alpha Condé en personne. Que dire d’un Chef d’Etat qui dit ouvertement que tous ses ministres de l’Education on construit des écoles et des universités privées sans engager de poursuites judiciaires contre eux? Comme je l’ai dit plus haut, presque tout Conakry est une zone réservée de l’Etat et les documents délivrés par le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat n’ont aucune valeur. Ces fonctionnaires véreux savent parfaitement que l’impunité leur est garantie et nous voyons bien que ni les lois, ni les décisions du ministre de la Justice ne sont respectées dans ce pays. On ne parle de respect de l’autorité de l’Etat que pour réprimer les citoyens. Tous ceux qui ont cru au mythe fabriqué de l’opposant historique Alpha Condé sont bien servis. Il n'y que nos richesses qui intéressent Alpha Condé et les clans voraces et cupides qui gravitent autour de lui. Comme ils n'ont pas fini de mettre en coupes réglées notre pays, il lui faut obligatoirement selon eux, un 3ème mandat pour leur champion, qui est plus que jamais assoiffé de pouvoir. Sa forfaiture démocratique est manifeste et il nous a plongés encore plus profondément dans la misère. L'avenir de la jeunesse guinéenne est compromis : n’ayant pas de formation de qualité, pas d'emplois, il ne leur reste plus que le chômage de masse et le suicide en mer méditerranée. A chacune de ses rencontres publiques, il balance des promesses chimériques comme l'usine d'assemblage de camions et tracteurs prévue pour le mois de mai dernier. En 2010, c'était un étudiant, un ordinateur et en 2015, un étudiant, une tablette, puis en 2017, il pique une colère noire parce que les étudiants ont eu l'impolitesse, preuve de leur mauvaise éducation selon lui, alors qu’ils lui demandaient à juste que le respect de sa promesse.

Que pouvons nous attendre d'un tel dirigeant qui ne croit en rien, ne respecte rien? Cela fait 60 ans que nous sommes asservis par une oligarchie corrompue, vorace, irresponsable et violente, nous travaillons pour l'entretenir grassement et en retour, elle nous maintient dans la pauvreté. Elle s'impose par la force, car notre armée et toutes nos forces de sécurité n'existent que pour protéger cet ordre inique et neutraliser tous les contestataires. Maintenant, il est de la responsabilité de la nouvelle génération de jeunes Guinéens de subir ou de combattre ce système et son représentant actuel Alpha Condé. Chaque peuple tient son destin en main. "Ils sont grands parce que nous sommes à genoux ". Le moment est venu de nous tenir debout et de les affronter avec fermeté et détermination.

Par Alpha Saliou Wann

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L’exception sénégalaise ! (Par Tierno Monénembo)

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Macky Sall, à son tour,  succombera-t-il à la funeste tentation du troisième mandat, comme on lui en prête l’intention ou son échec relatif aux législatives finira-t-il par l’en dissuader ? Le proche avenir le dira.

S’il s’en va à la fin de son mandat, nous pousserons tous un grand ouf de soulagement. Sinon, cela ne nous inquiétera pas outre mesure car son coup de force institutionnel n’aurait aucune chance de passer. Nous sommes au Sénégal, le pays du lettré Senghor. Dans cette société tout en subtilités et en nuances, les différences ne sont pas conflictuelles et les contradictions, pas forcément mortelles. C’est un corps sain, disposant des anticorps qu’il faut pour résister aux virus qui empoisonnent la vie politique de ses voisins : coup d’Etat, troisième mandat, parti unique, guerre de clan ou de religion.

 

Non, l’exception sénégalaise n’est pas une fiction. François Hollande se voulait un « président normal », eh bien, le Sénégal peut  être traité de « pays normal », c’est-à-dire d’une terre à la  singularité presque miraculeuse dans le sordide contexte que l’on sait. C’est vrai que les trains n’y arrivent pas à l’heure, puisqu’ils sont souvent en panne quand ils existent. C’est vrai que les éboueurs ne passent pas tout le temps mais les facteurs sont à l’œuvre, le courrier arrive à destination. C’est vrai que parfois, le débat politique s’enflamme et les grèves deviennent dures mais dans l’ensemble, la courtoisie régnant partout -même chez les flics !-,  le climat social est agréable.

 

Si l’Etat sénégalais n’est pas parfait, il a au moins le mérite d’exister. Ici, contrairement à la Guinée par exemple, on a le sens de l’institution et le respect de la procédure. Le formalisme, le principe de base de l’Etat est la règle, ce qui fait qu’en toute circonstance, l’administration assure le service minimum. Rien d’étonnant à cela : ce pays n’a jamais connu de dirigeant catastrophique. S’ils n’ont pas réalisé des prouesses économiques, tous ceux qui se sont succédé à sa tête ont veillé à favoriser l’instruction, à respecter la vie humaine, à préserver la trame sociale et à protéger les élites.

 

Le Sénégal est sans doute, le pays le moins réprimé d’Afrique.  Cela donne cette société intelligente où les forces vives sont intactes physiquement aussi bien que mentalement. En cas de danger, les prêtres, les marabouts, les écrivains, les médecins, les avocats ont le réflexe de tous sortir du bois pour éviter la dérive. Le pays de Birago Diop et de Cheikh Hamidou Kane ne tombe jamais dans le fossé, il tient la route malgré les énormes défis économiques et sociaux qui jonchent son chemin.

 

Voilà ce que Senghor avait répondu à Ahmadou Ahidjo quand celui-ci lui avait confié son intention de quitter, à son instar, volontairement le pouvoir et de le céder à Paul Biya : « Faites attention, Monsieur Le Président. Le Cameroun, ce n’est pas le Sénégal. »  La Guinée, non plus n’est pas le Sénégal, est-on tenté d’ajouter. Impossible d’imaginer un troisième mandat suivi d’un coup d’Etat militaire, à Dakar ! Dans un pays où les Généraux quand ils ne sont pas philosophes, sont juristes ou  historiens, à 20 comme à 67 ans, nul ne peut commencer une carrière de dictateur.

Tierno Monénembo, in Le Point

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REVEILLE-TOI, LENO, ILS SONT DEVENUS FOUS ! (Tierno Monénembo)

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Je viens d’avoir Sékou Koundouno du FNDC au téléphone : ce que l’on redoutait depuis quelques heures est arrivé. Ils viennent d’arrêter Foninké Mengué, Djanii Alpha et Billo Bah. Ils ont osé, les salauds ! Mais à quelque chose, malheur est bon, l’acte ignoble qu’ils viennent de commettre montre enfin leur véritable visage. Mamadi Doumbouya et ses acolytes ne peuvent plus nous mentir : leurs têtes de monstres parlent mieux que leurs bouches de bluffeurs.

Je l’ai déjà écrit dans ces colonnes : l’attribution (absolument illégale !) du nom de Sékou Touré à l’aéroport de Conakry, n’a rien d’anodin.  Notre  lieutenant-colonel a voulu nous adresser un message à peine codé : Je suis le nouveau Sékou Touré et tenez-vous bien, je serai encore cent fois plus sanguinaire que lui.

La messe est dite, Djanii Alpha, Foninké Mengué et Billo Bah ont été interpellés hier en pleine conférence de presse, au vu et au su du monde entier, traités comme des bêtes de somme et conduits vers une destination inconnue. Le point de non-retour a été largement dépassé. Que plus personne ne nous parle de transition. Nous sommes au début de la pire dictature de notre malheureuse histoire.

Et vous savez pourquoi tout ce barda ? Vous savez pourquoi cette monstrueuse démonstration d’absolutisme ? Vous savez pourquoi ces nobles patriotes ont  été malmenés de la sorte ? Pour avoir écrit et propagé ces mots simples, ces mots vrais, ces mots de courage et d’indéniable patriotisme : « Bon, j’espère quand-même que dans le fans-club (plus ça dure, plus on s’enrichit) qu’il dirige, des voix vont se lever pour lui rappeler   (à Dansa Kourouma) que le CNT n’est pas une association de blakoro qui rêve debout. » Voilà, mes chers compatriotes, le motif pour lequel nos compatriotes ont été jetés en prison et pour lequel ils risquent peut-être l’écartèlement ou la décapitation.

J’invite tous les magistrats du globe à se pencher sur cette innocente déclaration pour me dire s’ils y trouvent un seul indice grave et concordant (j’emploie volontiers le langage châtié des professionnels du droit !) d’infraction ou de crime et délit.

Non, Monsieur Wright, Foninké Mengué n’a pas discrédité la justice guinéenne. Nul ne peut discréditer ce qui n’existe pas. Oui, vous le savez mieux que moi, la justice guinéenne n’a jamais existé. Nos magistrats ne sont pas au service du droit. Ils s’en foutent de la morale et de la loi.  Notre justice est une justice aux ordres : rien pour la veuve et l’orphelin, tout pour les sordides caprices du chef !

C’est la énième fois que Foninké Mengué est en prison. Seulement, c’est Alpha Condé qui est parti, le vieux lion du FNDC, lui est toujours là, solide comme un roc, en parfait accord avec les profondes aspirations de son peuple. Mamadi Doumbouya devrait méditer cela si jamais il lui reste une petite goutte de lucidité.

En tout état de cause, cette ignominie ne découragera personne. Les Guinéens en ont vu d’autres.  Ils savent qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils doivent se battre jusqu’au dernier contre cette clique militaire qui les martyrise, debout comme un seul homme, armés de courage, plus que jamais convaincus que le combat pour la liberté est le plus beau des combats.

La dictature ne passera plus dans ce pays, Lieutenant- Colonel Mamadi Doumbouya ! Tuez-nous tous, si voulez ! Mais rien, je dis bien rien ne nous empêchera de vous cracher les quatre vérités.

Tierno Monénembo, in le Lynx

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Tierno Monénembo : l’Afrique face à la guerre du blé

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Une balle éclate en Ukraine et c’est la famine au Sahel. L’effet « mondialisation » fait penser à « l’effet papillon » cher à Edward Lorenz, l’un des maîtres à penser de la fameuse théorie du chaos : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » Pour extraordinaire que cela paraisse, ce scénario catastrophe est plausible sur le plan météorologique aussi bien que sur le plan alimentaire. Une feuille morte tombe en Australie et c’est l’avalanche au Groenland ! Un grain de blé se perd à Kiev,  et c’est la pénurie de semoule à Bamako ! Il n’y a pas de petite querelle, disait Hampâthé  Bâ, il n’y a pas de petite cause non plus. C’est un simple soupir de bébé qui déclenchera le big-bang final, si ça trouve. La vie est un tout. C’est pour avoir oublié cela que nous avons bâti ce monde absurde de frontières factices et de nations belliqueuses.

Mais bon, ce n’est pas en 2 022 que nous allons corriger les erreurs commises au Néolithique. Le nationalisme est devenu notre dogme et   la guerre, notre mode vie. Partout, même sur les atolls du Pacifique, la géopolitique a pris le pas sur la morale et la religion. Rangez votre bible, parlez-moi d’intérêt et de stratégie ! Point de regret ! Si l’habitude est une seconde nature, l’erreur, elle est une seconde erreur. Faisons comme De Gaulle, prenons le monde « tel qu’il est » et tant-pis, si plus personne ne peut limiter les dégâts. Et le monde tel qu’il est, c’est d’abord et  avant tout, la guerre d’Ukraine ou plutôt la guerre du blé.

La Russie et l’Ukraine exportent à eux seuls 30% du blé mondial. C’est dire que le conflit entre ces deux nations slaves,  entraînera inévitablement une crise alimentaire de grande importance (l’ONU parle déjà d’un ouragan de famines »). Et bien que fort éloignée de la zone de turbulence, l’Afrique en sera la première victime. Et pour cause, c’est elle qui dépend le plus des céréaliers de Moscou et de Kiev : en moyenne, 40% de sa consommation, 65% pour le Sénégal, 68% pour la RD du Congo, 75 % pour le Bénin et le Soudan, 85% pour l’Egypte, 100 % pour la Somalie.

Pourquoi croyez-vous que Macky Sall (président en exercice de l’Union Africaine)  et Moussa Faki Mahamat (Secrétaire Exécutif de ladite organisation) ont rencontré Poutine à Sotchi le 3 Juin dernier ? Bien sûr, pour prôner la paix et l’amitié entre les peuples comme le veut la liturgie diplomatique mais aussi et surtout pour exhorter le nouveau tsar de toutes les Russies à débloquer  les 20 000 000 de tonnes de céréales que la guerre a bloquées dans les ports de Kharkiv et d’Odessa.

Dans l’imagerie universelle, quoi de plus normal que l’Afrique quémande à manger ! Et pourtant, ce continent, à lui seul, pourrait nourrir l’humanité. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les spécialistes de la FAO. Elle disposerait de 50 à 60% des terres arables disponibles dans le monde. Là, comme dans les autres secteurs d’activité, ce ne sont pas les moyens qui manquent, c’est la volonté politique, c’est l’imagination au pouvoir. Nos dirigeants n’ont pas encore compris que la dépendance alimentaire est la pierre angulaire de la dépendance politique. Nous resterons assujettis et sous-développés tant que nous cracherons sur le manioc et l’igname, le niébé et la banane- plantain pour nous empiffrer de ce blé qui ne pousse même pas sur nos terres.

Malgré les projets faramineux et les discours grandiloquents, aucun de nos Etats n’a réussi à briser cette intolérable absurdité née de la domination européenne : l’Afrique est le seul continent qui produit ce qu’il ne consomme pas et qui consomme ce qu’il ne produit pas. Au fond, la colonisation n’est pas dans le canon, elle est dans l’assiette.

Tierno Monénembo, in  Le Point

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