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Opinion

Casse de Demoudoula : preuve flagrante de la déconfiture de l’Etat (opinion)

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Je ne voulais pas m'exprimer sur "la casse de Demoudoula , parce que j'ai une idée précise des propositions de solutions aux errements de la politique d'urbanisme (plutôt un pilotage à vue ) de nos dirigeants. A l’ami qui m’a informé du drame en cours, j’ai expliqué les mesures radicales à prendre pour mettre fin à l’injustice. Nos réactions émotionnelles le temps de déverser nos frustrations pour quelques jours pour revenir à nos préoccupations quotidiennes de survie ne font que renforcer le pouvoir dans ses certitudes que la violence paie. Nous sommes incapables de persévérer dans la lutte jusqu’à obtenir gain de cause. Notre appauvrissement n’explique pas notre apathie, notre renoncement, est un cas d’école intéressant à étudier par nos sociologues pour nous aider à comprendre.

Comme Sisyphe, nous sommes dans un éternel recommencement pour sensibiliser et remobiliser nos compatriotes pour ne pas céder au fatalisme face à nos despotes. Mais face au désarroi de nos compatriotes, leur hantise, voire le réveil du douloureux souvenir de Kaporo-rails, j'ai finalement décidé de dire un mot sur le sujet. Il faut rappeler qu'au temps colonial, la ville de Conakry allait de Kaloum le centre - ville à Dixinn sa banlieue. Mais avec la forte poussée démographique, l'administration coloniale avait commencé à prévoir l'extension de la ville et à l'indépendance, les nouvelles autorités ont poursuivi cette mission, notamment avec le plan triennal 1960-1963. Ainsi, hormis les villages bagas le long du littoral, tout le reste du territoire actuel de Conakry est érige en domaine réservé de l'Etat avec ses zones industrielles. Un vaste domaine laissé en friche, parce qu'on a l'impression que le régime révolutionnaire avait d'autres priorités plus importantes que la mise en valeur de sa capitale réputée à l'époque coloniale comme la perle de l'AOF.

L'arrivée au pouvoir du CMRN en 1984 a permit le retour des exilés et une forte poussée de l'exode rural vers Conakry. Pour le Général Lansana Conté, la liberté c'était de laisser chacun faire ce qu'il veut et donc ce qui était une brousse a été occupé de manière anarchique par ce nouvel afflux de populations, l'Etat se contentant d'accompagner ce processus par des lotissements, sans respecter les normes de l'urbanisme. Il a fallu attendre le ministre Bana Sidibe surnommé "casse casse ", qui a effectivement cassé des maisons, pour ouvrir des routes notamment les transversales etc. Après son limogeage, la pagaille a continué de plus belle. Dans les années 1990, toute la haute banlieue était dans l’opposition, avec Matoto pour le RPG d'Alpha Condé et Ratoma pour l'UNR de notre regretté Bâ Mamadou. En 1998, les stratèges du pouvoir vont décider de "casser Kaporo-rails pour faire déguerpir plus de 100.000 familles. Ce sera fait avec une brutalité inouïe suivi d'une répression politique sans précédent depuis l'instauration du multipartisme, avec l'arrestation du leader Ba Mamadou et deux responsables de son parti, Mamadou Barry, qui vient de nous quitter, paix à son âme et Thierno Ousmane Diallo l'actuel ministre du Tourisme. Pour le pouvoir, Kaporo-rails est un domaine réservé de l'Etat où il était prévu de transférer le nouveau centre administratif. C'était en vérité une opération à visée bassement électoraliste et donc le pouvoir n'avait nullement l'intention de faire de cette zone le nouveau centre - ville de Conakry, ce qui a été confirmé par les faits, car rien n'a été construit sur place, hormis l'immeuble de la RTG Koloma offert par la Chine.

Maintenant, le pouvoir actuel justifie à son tour la casse en cours de Démoudoula par le souci de préserver l'environnement. C'est tout à fait louable de préserver l'environnement, mais comme hier, personne ne peut nous blâmer d'y voir des arrière-pensées politiques en l'absence de toute crédibilité d'Alpha Condé pour la défense de l'environnement. Est-ce que l'Etat fait preuve d'exemplarité ? Alpha Condé a vendu les forêts classées du Ziama, il a autorisé la construction de l'hôtel Sheraton à côté de la source de la rivière Kakimbo qui met une touche finale à la destruction du poumon vert de Conakry, une forêt classée de 120 hectares à l'époque coloniale, prévu aussi pour être un château d'eau de la ville de Conakry. Il faut ajouter la construction du nouveau marché de Conakry à Dabondy dans une zone à protéger, le Diamond Plazza au Centre émetteur, les vastes plaines rizicoles de Lambanyi à Sonfonia qui sont cédées à des promoteurs immobiliers, la construction de l'hôtel Noom à la place des jardins prévus par les colons pour les malades de l'hôpital Ignace Deen etc.

Alpha Condé a un appétit féroce pour distribuer le patrimoine bâti - public à des intérêts privés douteux. Certes, le ton a été donné par le général Lansana Conté, mais Alpha Condé a fini de privatiser la cité ministérielle où des immeubles poussent à la place des anciennes résidences ministérielles. Des familles entières de fonctionnaires sont vidées des bâtiments où ils ont payé des loyers à l'Etat, pour certains, depuis plus de 40 ans, au profit des amis du pouvoir qui y bâtissent des immeubles. A la place de l'abattoir de Coléah, c'est un hôtel qui sera construit. Alpha Condé ne manque aucune occasion de parler de la nécessité de transférer les habitants de Kaloum à des HLM à construire, mais que voit-on? D'ores et déjà, nous voyons des concessions rachetées les unes après les autres et des immeubles pousser comme des champignons. Si Alpha Condé était crédible dans sa volonté de moderniser Kaloum pour en faire une vitrine de Conakry, il n'allait pas autoriser ces nouvelles constructions qui ne sont pas conformes à la vision de cette nouvelle ville qu'il veut bâtir. Non, Alpha Condé n'a aucune vision de Conakry en 2040, nous constatons plutôt, que Conakry est devenue l'eldorado du blanchissement de capitaux criminels, d’ou l’inquiétude de nos partenaires au développement qui ont jugé utile d’organiser un séminaire de sensibilisation des acteurs publics et prives concernés par ce fléau. Toutes les caractéristiques de cette économie noire qui tue l'économie réelle sont là et en laissant faire, les soupçons de connivence avec ce système de type maffieux pèsent lourdement sur Alpha Conde.

Cette affaire de casse de Demoudoula est la preuve flagrante de la déconfiture de l'Etat. A quoi servent le gouvernement et l'administration? Comment expliquer que le ministère de l'urbanisme et de l'Habitat puisse accorder des titres de propriété et des permis de construire aux citoyens dans des "domaines réservés de l'Etat" ou des zones à risque sur le plan environnemental ? Toutes les victimes de Kaporo-rails et maintenant de Demoudoula détiennent leurs titres dûment délivrés par le ministère de l'urbanisme et de l'Habitat. Le ministre de la Justice a signé une circulaire le 29 juin 2017 à l'adresse de tous les Procureurs généraux, les Procureurs de la République, les Juges de paix, les huissiers de justice, les Chefs de services de sécurité et toutes les autorités locales pour porter à leur intention que pour des raisons humanitaires, les expulsions pendant la saison pluviale sont suspendues pour la période allant du 15 juin au 15 octobre 2017 inclusivement, sur toute l'étendue du Territoire National. Ajoutant que les autorités judiciaires et parajudiciaires sont invitées à veiller au respect scrupuleux de la mesure envisagée et en assurer une large diffusion.

Qui a donné l'ordre d'expulsion des habitants et la destruction de leurs maisons en violation de la décision du ministre de la Justice en application de la loi? Pourquoi toutes les autorités concernées sont restées indifférentes à cette situation dramatique? Malheureusement les Guinéens sont traditionnellement soumis au diktat du pouvoir. Les victimes, sur la base de cette circulaire du ministre de la Justice, peuvent attaquer l'Etat guinéen devant la Cour de Justice de la CEDEAO. L'Etat est vidé de sa substance et seule compte la volonté du Chef de l'Etat qui peut réprimer en toute impunité les personnes et groupes qu'il juge hostiles à son pouvoir. Sous prétexte de reconstruire Conakry, Alpha Condé va utiliser l'argument "domaines réservés de l'Etat " pour déposséder les Guinéens de leurs maisons afin de faire main basse sur la ville au profit de ses amis, des investisseurs douteux comme c'est le cas pour certaines parties de Conakry. Aujourd'hui, des ministères et plusieurs administrations, des institutions républicaines sont devenus des locataires dans des immeubles privés construits à la place d'anciens bâtiments publics cédés aux amis du pouvoir. Si nous n'y prenons garde, Alpha Condé va finir par nous enfoncer dans des difficultés insolubles. Après avoir fini de vendre nos mines, il s'attaque à nos biens immobiliers publics et privés et finalement nos terres cultivables, bref nous allons nous réveiller pour constater que concrètement rien ne nous appartient plus dans notre pays. Chacun pense qu'il n'est pas concerné, or après Kaloum et Ratoma, ça sera le tour de Dixinn, Matoto et Matam. Depuis 7 ans qu’il est au pouvoir, rien n’a été fait pour construire des logements sociaux. Par contre les spéculations immobilières en raison des opérations de blanchissement font que les citoyens moyens ne peuvent plus avoir accès à la propriété d’une maison.

La casse de Démoudoula est l’annonce d’une vaste opération d’expropriation des Guinéens. Comme toujours, on blâmera les victimes en dédouanant cette administration corrompue dont l’impunité est garantie par Alpha Condé en personne. Que dire d’un Chef d’Etat qui dit ouvertement que tous ses ministres de l’Education on construit des écoles et des universités privées sans engager de poursuites judiciaires contre eux? Comme je l’ai dit plus haut, presque tout Conakry est une zone réservée de l’Etat et les documents délivrés par le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat n’ont aucune valeur. Ces fonctionnaires véreux savent parfaitement que l’impunité leur est garantie et nous voyons bien que ni les lois, ni les décisions du ministre de la Justice ne sont respectées dans ce pays. On ne parle de respect de l’autorité de l’Etat que pour réprimer les citoyens. Tous ceux qui ont cru au mythe fabriqué de l’opposant historique Alpha Condé sont bien servis. Il n'y que nos richesses qui intéressent Alpha Condé et les clans voraces et cupides qui gravitent autour de lui. Comme ils n'ont pas fini de mettre en coupes réglées notre pays, il lui faut obligatoirement selon eux, un 3ème mandat pour leur champion, qui est plus que jamais assoiffé de pouvoir. Sa forfaiture démocratique est manifeste et il nous a plongés encore plus profondément dans la misère. L'avenir de la jeunesse guinéenne est compromis : n’ayant pas de formation de qualité, pas d'emplois, il ne leur reste plus que le chômage de masse et le suicide en mer méditerranée. A chacune de ses rencontres publiques, il balance des promesses chimériques comme l'usine d'assemblage de camions et tracteurs prévue pour le mois de mai dernier. En 2010, c'était un étudiant, un ordinateur et en 2015, un étudiant, une tablette, puis en 2017, il pique une colère noire parce que les étudiants ont eu l'impolitesse, preuve de leur mauvaise éducation selon lui, alors qu’ils lui demandaient à juste que le respect de sa promesse.

Que pouvons nous attendre d'un tel dirigeant qui ne croit en rien, ne respecte rien? Cela fait 60 ans que nous sommes asservis par une oligarchie corrompue, vorace, irresponsable et violente, nous travaillons pour l'entretenir grassement et en retour, elle nous maintient dans la pauvreté. Elle s'impose par la force, car notre armée et toutes nos forces de sécurité n'existent que pour protéger cet ordre inique et neutraliser tous les contestataires. Maintenant, il est de la responsabilité de la nouvelle génération de jeunes Guinéens de subir ou de combattre ce système et son représentant actuel Alpha Condé. Chaque peuple tient son destin en main. "Ils sont grands parce que nous sommes à genoux ". Le moment est venu de nous tenir debout et de les affronter avec fermeté et détermination.

Par Alpha Saliou Wann

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ALPHA CONDÉ : QUE DE REGRETS ET QUEL GACHIS !

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Il est plus court, sa pente plus glissante qu’on ne croit, le chemin qui mène de Mandela à Mugabe et la brutale chute de Alpha Condé, illustration de cette vérité selon laquelle le pouvoir change un homme et le pouvoir absolu le change absolument, nous plonge dans la perplexité et dans une grande tristesse.

PARADOXAL ET PREVISIBLE ?

Sa chute est un paradoxe parce qu’elle est le fait de celui qui, au propre (si l’on se fie à l’image le montrant tenant un parapluie au-dessus de la tête du président guinéen) comme au figuré, était chargé de lui servir de bouclier contre ses potentiels ennemis. Mamady Doumbouya commandait en effet ce qu’on pourrait appeler la garde prétorienne de Condé, une unité d’élite mieux équipée que le reste de l’armée, choyée par le président de la République qui vantait l’efficacité et la séduction de son chef. Doumbouya était si sûr de ses pouvoirs qu’il aurait, nous dit-on, cherché à s’émanciper de son ministre de tutelle pour ne plus relever que de la seule autorité du chef de l’exécutif.

Pourtant, si sa rébellion (sa trahison diront certains, qui oublient que lorsque la trahison réussit on lui donne un autre nom) constitue un paradoxe, elle n’est pas une exception dans le monde politique, comme le montrent les déboires rencontrés par le roi Hassan II avec les généraux Oufkir et Dlimi, élevés l’un et l’autre au rang de maires du Palais. On peut même dire que, dans le cas du colonel Doumbouya, cette rébellion était prévisible et que c’est plutôt Alpha Condé qui a manqué de vigilance ou qui a fait trop confiance à sa bonne étoile, peut-être parce que, comme le disait De Gaulle, « la vieillesse est un naufrage ».

L’ancien président guinéen ne pouvait pas ignorer les prises de position vigoureuses exprimées par celui qui n’était encore que le Commandant Doumbouya à l’occasion d’un colloque organisé en 2017 par l’Etat-major français sur le thème « Prise en compte de l’inter culturalité (sic) dans les actions militaires ».

Seul Africain à présenter une communication devant un aréopage de haut gradés français, celui qui était désigné par l’appellation « stagiaire à l’Ecole de Guerre », n’avait caché ni sa frustration ni ses critiques devant ceux qu’il appelait les « Blancs » et qui étaient peu coutumiers à ce ton de la part de leurs partenaires africains, civils ou militaires. Il avait exprimé son dépit de voir que ses homologues français qui étaient en mission dans son pays, et passaient une bonne partie de leur temps à faire du tourisme, étaient reçus et consultés par le président de la République qui les traitait en conseillers avisés, alors qu’aucun officier africain ne pouvait avoir un accès direct auprès du président de la République française. Il avait même, d’une certaine manière, annoncé les couleurs en s’étonnant que les militaires français appelés à des taches de formation en Guinée obtiennent systématiquement du pays hôte tous les moyens nécessaires à leur mission, alors que lui, officier supérieur guinéen, se voyait refuser les armes et les munitions nécessaires à l’entraînement de ses troupes, au motif qu’il pourrait s’en servir pour faire un coup d’Etat !

Malgré tout, la semonce du Commandant Doumbouya n’avait pas été prise au sérieux et, quatre ans plus tard, le Colonel Doumbouya est donc passé à l’offensive, justifiant par la même occasion les craintes de ses supérieurs. Les armes dont il déplorait l’insuffisance suffisaient pour l’occasion, surtout qu’il a fait un coup d’Etat low cost, sans grandes démonstrations de forces, (…) se contentant de capturer le Chef, ce qui est la meilleure illustration que dans nos pays le pouvoir repose entre les mains d’un seul. Après cette prise majeure, les ministres et chefs des institutions ont préféré déférer à sa convocation plutôt que de passer pour des « rebelles »,au risque de se faire huer par des badauds et moquer par les journalistes, la télévision nationale a fait comme si rien ne s’était passé, pendant vingt-quatre heures on parlait toujours de « tentative » de coup d’Etat, et ce sont les « jakartas » de Conakry qui serviront d’escorte à la première sortie des putschistes!

Si Alpha Condé avait le cœur à regarder les images de cette journée du 6 septembre, il verrait les membres de son gouvernement, dont beaucoup avaient retourné leur veste pour bénéficier de ses faveurs, alignés en rangs d’oignons pour écouter la tirade de son bourreau et invoquer la volonté divine pour expliquer ce brutal changement…

QUE DE REGRETS ET QUEL GACHIS !

Mais le coup d’état du 5 septembre est d’abord une source de tristesse. Parce que la prise des rênes de l’Etat par les armes n’est jamais une bonne solution et que la destitution de Condé brise encore notre rêve d’une passation de pouvoir en Afrique par la seule voie des urnes, pacifique et démocratique. Parce que sa déconfiture met à mal une autre de nos illusions, celle qui nous faisait croire qu’en élevant le niveau de recrutement de nos chefs d’Etat nous avions plus de chance de voir éclore des régimes attachés aux droits des citoyens et au respect de nos différences.

Dans cette épreuve, le perdant, ce n’est ni Idy Amin Dada ni Yahya Jammeh, ce n’est pas un affreux brutalement propulsé à la tête de l’Etat sans aucune initiation ni bagage politique, mais un universitaire, un acteur de la vie politique de son pays qui en a subi les affres, connu la prison et le bannissement et même peut-être risqué la mort. Non content d’accéder au pouvoir dans des conditions pour le moins troubles, il a vite renié les idéaux dont il se réclamait dans sa jeunesse quand il militait au sein de la FEANF, et plus tard comme opposant aux régimes de Sékou Touré puis de Lassana Conté. On espérait qu’il serait Mandela, sans la légende, il aura été Mugabe, sans la hargne nationaliste, le Mugabe de la fin, qui n’avait plus d’autre ambition que celle de durer. Il aura gouverné la Guinée pendant plus longtemps qu’aucun président américain n’a dirigé les Etats-Unis, à une exception près, mais les images que l’on gardera de sa chute et de celle d’un autre universitaire, Laurent Gbagbo, pour illustrer les revers de fortune de nos dirigeants politiques, pourraient se réduire à celles distillées par les réseaux sociaux et les montrant incrédules et solitaires, habillés de chemises de couleur, faussement décontractés…avec cette différence que l’ancien président ivoirien avait l’air moins désinvolte et n’était pas houspillé par un soldat qui le sommait de reconnaître qu’il n’avait pas été maltraité.

Alpha Condé n’a pas transformé le sort de ses concitoyens, il n’a pas su tenir tête aux manœuvres d’affairistes comme Bolloré, il n’a pas su faire front aux démons de l’ethnicisme et de la corruption, il n’a pas vidé ses prisons de leurs détenus politiques, il a réprimé les manifestations dans le sang, il s’est mis à dos ses voisins en fermant ses frontières sur des allégations mensongères… Et puis il y a eu la faute de trop : il n’a pas pu résister au démon du troisième mandat.

Par Fadel Dia - Sud Quotidien

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« Mon père, prisonnier politique dans la Guinée d’Alpha Condé »

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Après la réélection contestée d’Alpha Condé à la présidence de la Guinée le 18 octobre 2020, le vice-président du principal parti d’opposition, Ibrahima Chérif Bah, a été arrêté avec plusieurs autres opposants. Dans une tribune publiée par  nouvelobs.com, son fils, Alhoussainy Bah qui réside en France, s’inquiète de la dégradation de l’état de santé de son père. Il dénonce aussi ses conditions de détention et appelle à la mobilisation de la communauté internationale pour obtenir la libération des prisonniers politiques.

Tribune/ Détenu depuis le 11 novembre 2020, mon père, âgé de 73 ans, a dû récemment être transféré dans un centre hospitalier pour soigner de graves problèmes cardiaques. Ma famille, qui a finalement obtenu un droit d’accès, a constaté que son corps est marqué par les conditions de détention déplorables qu’il subit. Dans les prisons guinéennes, la dignité et l’intégrité physique des détenus sont, quotidiennement bafouées. Leurs droits à une défense équitable aussi. De quoi est-il coupable pour être traité ainsi ? Son seul crime : avoir participé à l’élection présidentielle et avoir dit « non » à la volonté d’Alpha Condé de se présenter à un troisième mandat, que lui interdisait la Constitution. Les chefs d’accusation les plus fantaisistes ont fleuri pour justifier cet emprisonnement : détention et fabrication d’armes de guerre, association de malfaiteurs, trouble à l’Etat par la dévastation, pillage et destruction, participation à un attroupement, propos incitant à la violence… Dévastation, pillage, fabrication d’armes… Nous parlons d’un homme respectable de 73 ans !

Le cas de mon père est symptomatique du tournant autoritaire pris par le régime en place. Ils sont aujourd’hui environ 350 prisonniers politiques à être incarcérés, répartis entre la maison centrale de Conakry et d’autres centres de détention tout aussi misérables. Dans la première, construite pour accueillir 300 détenus, un seul médecin débordé a en charge le sort de 2 000 prisonniers. Les témoignages des prisonniers nous confirment le pire : les détenus s’entassent les uns sur les autres, sont mal nourris et développent logiquement des maladies liées à l’insalubrité, la promiscuité et l’absence de soins. Quatre prisonniers ont déjà perdu la vie et certaines ONG, dont Amnesty International, ont dévoilé des cas de mauvais traitements, voire de torture par certains gardiens de prison.

Impunité

En Guinée, l’impunité règne pour les forces de sécurité, y compris les forces loyalistes, du fait de l’absence d’organe de contrôle, alors que la moindre parole critique peut vous conduire en prison. Aujourd’hui, hormis Cellou Dalein Diallo, leader de l’UDFG, assigné à résidence, peu de personnalités osent protester contre les dérives du régime. Alpha Condé peut-il encore longtemps fermer les yeux face à ces évidences ?

Les chefs d’accusation aujourd’hui retenus contre une grande partie des accusés ne tiennent pas la route, leurs dossiers sont vides. Les cadres de l’UDFG ont ainsi été accusés de « trouble à l’État par la dévastation et le pillage, atteinte aux institutions de la République, participation à un mouvement insurrectionnel, menace de violences ou de mort par le biais d’un système informatique, diffusion et mise à disposition d’autrui de données de nature à troubler l’ordre public ». Bien souvent, ces charges sont fondées sur de simples messages militants postés sur les réseaux sociaux. Les dates de procès ne sont, pour la quasi-totalité des détenus, pas encore fixées et le droit des avocats à leur assurer une défense digne et équitable piétinés au fur et à mesure de l’avancement des procédures.

Mobilisation pour la libération des prisonniers politiques

À travers le cas de mon père, il paraît essentiel de nous mobiliser en faveur de la libération des centaines d’autres prisonniers politiques guinéens, enfermés pour avoir exercé leur droit fondamental au combat politique, à la libre expression, au débat. Face à la pression politique et internationale, de plus en plus forte, Alpha Condé a fait un geste… et exigé des « excuses publiques » des prisonniers en contrepartie de leur liberté. Pensant prouver sa magnanimité, il s’obstine dans l’arbitraire.

Aussi, nous appelons à une mobilisation urgente et entière des décideurs politiques internationaux, français et européens. Nous en appelons surtout à la lucidité du président guinéen : peut-on aujourd’hui se réclamer président de tout un peuple quand on enferme ceux qui ont osé exprimer leur désaccord ? De mon côté, j’ose espérer un retour rapide de mon père parmi les siens.

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Et si une réponse basée sur le genre était la clé de l’élimination du paludisme ?

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Il est temps de s'attaquer aux impacts non tangibles du paludisme sur les femmes et les filles. C'est l'objet du dernier rapport du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme et Malaria No More, lancé à l'occasion du Forum Génération Egalité cette semaine, qui se penche sur une approche genre pour lutter contre le paludisme et propose des options pour inclure cette dimension dans nos efforts collectifs de lutte contre la maladie.

ll est un fait avéré : le paludisme n'épargne personne. Pourtant ce sont les femmes qui s'investissent le plus au sein des différentes communautés pour combattre cette maladie à tous les niveaux. Et ce sont également elles qui supportent le poids sanitaire, sociétal et économique de cette maladie ancienne et mortelle, qui se développe dans la pauvreté, l'exacerbe et creuse les inégalités.

Il est temps de s'attaquer aux impacts non tangibles du paludisme sur les femmes et les filles. C'est l'objet du dernier rapport du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme et Malaria No More, lancé à l'occasion du Forum Génération Egalité cette semaine, qui se penche sur une approche genre pour lutter contre le paludisme et propose des options pour inclure cette dimension dans nos efforts collectifs de lutte contre la maladie.

Chaque année, des centaines de millions de femmes enceintes et d'enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables au paludisme, les enfants de moins de cinq ans représentant les deux tiers de tous les décès dus au paludisme. D'autres - en particulier les adolescentes - sont victimes de nombreuses insuffisances dans l'offre de services de lutte contre le paludisme, avec des conséquences sur le reste de leur vie.

Cependant le paludisme est aussi traitable et évitable. Depuis 2000, le monde a fait d'énormes progrès dans la lutte contre le paludisme : les décès dus à la maladie ont diminué de 60 % et les cas de près de 40 % ; 7,6 millions de vies ont été sauvées ; la pression sur les systèmes de santé a été réduite et, grâce à ces avancées, des milliards d'euros ont été débloqués pour l'économie mondiale. Toutefois, ces progrès considérables sont aujourd'hui ralentis. Il est nécessaire de définir de nouvelles stratégies et approches pour accélérer les progrès afin de mettre fin à cette maladie.

Dans les pays où le paludisme est endémique, les femmes sont les principales - mais peu reconnues - investisseuses dans la lutte contre le paludisme. Elles représentent 70 % du personnel de santé communautaire qui a contribué à faire baisser le nombre de cas de paludisme et de décès dans les communautés rurales et isolées au cours des deux dernières décennies. Les femmes et les adolescentes sont également les forces motrices de l' « économie informelle des soins » . Par exemple, selon une analyse récente, les femmes passent quatre fois plus de temps que les hommes à s'occuper des enfants atteints de paludisme au sein du foyer. Les femmes consacrent également quatre fois plus d'heures de travail non rémunéré que les hommes. Mais s'occuper des enfants et des membres de la famille qui peuvent souffrir du paludisme plusieurs fois par an les empêche d'avoir un travail stable ou de suivre des études.

Pourtant, pendant trop longtemps, la question du genre a été un angle mort dans la lutte antipaludique, qu'il s'agisse de l'absence de données séparées sur le nombre d'hommes et de femmes qui tombent malades et meurent du paludisme chaque année ou de l'adoption d'une approche unique pour des interventions vitales telles que la distribution de moustiquaires et la pulvérisation intra domiciliaire d'insecticide à effet rémanent. La communauté internationale n'a pas toujours adopté la perspective de genre dans sa lutte contre le paludisme.

Le nouveau rapport « Intégrer la question du genre dans la lutte contre le paludisme pour répondre à un double objectif », dévoile le double dividende que nous pourrions obtenir dans nos efforts communs en mettant en avant la dimension du genre pour venir à bout du paludisme.

Ce rapport montre, par exemple, que lorsque les femmes ont la possibilité de prendre des décisions au sein du foyer, elles obtiennent de meilleurs résultats en matière de santé. Il révèle que les femmes qui sont appréciées en tant qu'agents de santé communautaires en charge des pulvérisations à domicile peuvent devenir des « décideurs », au-delà d'être des agents de programmes de lutte contre le paludisme ; elles servent également de modèles aux autres femmes et filles de leur communauté. Les considérations de genre sont également essentielles lorsque les pays en voie d'élimination traquent les derniers cas de paludisme. Le rapport nous alerte sur le fait que les adolescentes sont confrontées aux plus grands obstacles pour accéder aux services de santé, en particulier lorsqu'elles sont enceintes, ce qui contribue à faire du paludisme la cinquième cause de décès chez les filles de 10 à 14 ans dans le monde. C'est également une autre raison pour laquelle les filles ne vont pas à l'école et sont plus exposées au mariage précoce, à la maternité et à l'exploitation sexuelle.

Finalement, lorsqu'on réduit la souffrance causée par le paludisme et ses impacts sur les

communautés entières, de nouvelles possibilités s'offrent aux femmes et aux adolescentes, qui sont essentielles pour améliorer d'autres résultats en matière de santé, maximiser le potentiel des femmes et des filles, catalyser la reprise économique et sortir les familles de la pauvreté. Si les états décident d'accompagner et soutenir davantage les femmes et les adolescentes qui sont le pivot de la lutte contre le paludisme, les effets n'en seront que plus bénéfiques, tant sur le plan de la santé que sur celui du genre.

Les investissements sur le genre dans les efforts de prévention, de contrôle et d'élimination du paludisme sont essentiels pour réaliser des progrès vers l'éradication qui ont pendant longtemps été difficiles à atteindre. Similairement, mettre fin au paludisme est peut-être la meilleure occasion de faire progresser la dimension genre dans le domaine de la santé. Et lorsque les femmes et les adolescentes sont autonomisées et que la prise en compte de la dimension genre s'améliore, nous déclenchons un cercle vertueux : un meilleur accès aux soins de santé entraîne une baisse des taux de mortalité infantile et une fin plus rapide du paludisme et d'autres maladies.

Il est essentiel que la lutte antipaludique se conjugue au féminin. Pour y parvenir, on a besoin d'un leadership à tous les niveaux - des communautés aux dirigeants, des foyers aux forums mondiaux, et aussi bien des hommes que des femmes. Il est temps d'accélérer les stratégies qui bénéficient des investissements déjà réalisés par les femmes et les adolescentes et de se concentrer sur l'impact considérable qu'on pourrait avoir si elles étaient placées au cœur de ce combat.

Par Professeure Awa-Marie Coll Seck & Dr Abdourahmane Diallo

In La Tribune Afrique

*Professeure Awa-Marie Coll Seck est Ministre d'Etat au sein du gouvernement de la République du Sénégal.

* Dr Abdourahmane Diallo est Directeur général du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme.

 

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