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Opinion

Quand Alpha et Cellou bafouent les lois de la République !

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Le président Obama disait lors de sa visite au Ghana que "Les États africains n'avaient pas besoin des hommes forts à leurs têtes mais, des institutions fortes au service de citoyens"

À voir le spectacle que nous offrent les deux hommes politiques guinéens forts, du moment: Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, tout citoyen éclairé et attaché aux principes démocratiques ne pourra qu'être révolté.

Après que les deux hommes forts ont négocié en dehors de tout cadre juridique réglementaire pour se répartir l'administration et la gestion des collectivités territoriales décentralisées; c'est à se demander désormais si l'administration et la gestion de l'ensemble du pays, ne risquerait pas également de faire l'objet d'une autre entente entre les deux champions.

Ainsi, Alpha Condé et sa clique du RPG s'occuperaient de l'administration et de la gestion des centres urbains.
Tandis que Cellou Dalein Diallo et ses copains de L'UFDG, se verraient confiés l'administration et la gestion de les banlieues du pays.

De cette manière, l'arbre à palabre va remplacer les institutions démocratiques et républicaines du pays dans l'arbitrage des éventuels conflits qui naîtront entre les deux leaders anti-démocratique.

De même, on éviterait du même coup, de grever le trésor public pour financer des élections qui ne seront de toute façon, jamais démocratiques avec les acteurs et la configuration socio-politiques actuels.

Par Sow Boubacar- Fribourg

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L’exception sénégalaise ! (Par Tierno Monénembo)

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Macky Sall, à son tour,  succombera-t-il à la funeste tentation du troisième mandat, comme on lui en prête l’intention ou son échec relatif aux législatives finira-t-il par l’en dissuader ? Le proche avenir le dira.

S’il s’en va à la fin de son mandat, nous pousserons tous un grand ouf de soulagement. Sinon, cela ne nous inquiétera pas outre mesure car son coup de force institutionnel n’aurait aucune chance de passer. Nous sommes au Sénégal, le pays du lettré Senghor. Dans cette société tout en subtilités et en nuances, les différences ne sont pas conflictuelles et les contradictions, pas forcément mortelles. C’est un corps sain, disposant des anticorps qu’il faut pour résister aux virus qui empoisonnent la vie politique de ses voisins : coup d’Etat, troisième mandat, parti unique, guerre de clan ou de religion.

 

Non, l’exception sénégalaise n’est pas une fiction. François Hollande se voulait un « président normal », eh bien, le Sénégal peut  être traité de « pays normal », c’est-à-dire d’une terre à la  singularité presque miraculeuse dans le sordide contexte que l’on sait. C’est vrai que les trains n’y arrivent pas à l’heure, puisqu’ils sont souvent en panne quand ils existent. C’est vrai que les éboueurs ne passent pas tout le temps mais les facteurs sont à l’œuvre, le courrier arrive à destination. C’est vrai que parfois, le débat politique s’enflamme et les grèves deviennent dures mais dans l’ensemble, la courtoisie régnant partout -même chez les flics !-,  le climat social est agréable.

 

Si l’Etat sénégalais n’est pas parfait, il a au moins le mérite d’exister. Ici, contrairement à la Guinée par exemple, on a le sens de l’institution et le respect de la procédure. Le formalisme, le principe de base de l’Etat est la règle, ce qui fait qu’en toute circonstance, l’administration assure le service minimum. Rien d’étonnant à cela : ce pays n’a jamais connu de dirigeant catastrophique. S’ils n’ont pas réalisé des prouesses économiques, tous ceux qui se sont succédé à sa tête ont veillé à favoriser l’instruction, à respecter la vie humaine, à préserver la trame sociale et à protéger les élites.

 

Le Sénégal est sans doute, le pays le moins réprimé d’Afrique.  Cela donne cette société intelligente où les forces vives sont intactes physiquement aussi bien que mentalement. En cas de danger, les prêtres, les marabouts, les écrivains, les médecins, les avocats ont le réflexe de tous sortir du bois pour éviter la dérive. Le pays de Birago Diop et de Cheikh Hamidou Kane ne tombe jamais dans le fossé, il tient la route malgré les énormes défis économiques et sociaux qui jonchent son chemin.

 

Voilà ce que Senghor avait répondu à Ahmadou Ahidjo quand celui-ci lui avait confié son intention de quitter, à son instar, volontairement le pouvoir et de le céder à Paul Biya : « Faites attention, Monsieur Le Président. Le Cameroun, ce n’est pas le Sénégal. »  La Guinée, non plus n’est pas le Sénégal, est-on tenté d’ajouter. Impossible d’imaginer un troisième mandat suivi d’un coup d’Etat militaire, à Dakar ! Dans un pays où les Généraux quand ils ne sont pas philosophes, sont juristes ou  historiens, à 20 comme à 67 ans, nul ne peut commencer une carrière de dictateur.

Tierno Monénembo, in Le Point

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REVEILLE-TOI, LENO, ILS SONT DEVENUS FOUS ! (Tierno Monénembo)

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Je viens d’avoir Sékou Koundouno du FNDC au téléphone : ce que l’on redoutait depuis quelques heures est arrivé. Ils viennent d’arrêter Foninké Mengué, Djanii Alpha et Billo Bah. Ils ont osé, les salauds ! Mais à quelque chose, malheur est bon, l’acte ignoble qu’ils viennent de commettre montre enfin leur véritable visage. Mamadi Doumbouya et ses acolytes ne peuvent plus nous mentir : leurs têtes de monstres parlent mieux que leurs bouches de bluffeurs.

Je l’ai déjà écrit dans ces colonnes : l’attribution (absolument illégale !) du nom de Sékou Touré à l’aéroport de Conakry, n’a rien d’anodin.  Notre  lieutenant-colonel a voulu nous adresser un message à peine codé : Je suis le nouveau Sékou Touré et tenez-vous bien, je serai encore cent fois plus sanguinaire que lui.

La messe est dite, Djanii Alpha, Foninké Mengué et Billo Bah ont été interpellés hier en pleine conférence de presse, au vu et au su du monde entier, traités comme des bêtes de somme et conduits vers une destination inconnue. Le point de non-retour a été largement dépassé. Que plus personne ne nous parle de transition. Nous sommes au début de la pire dictature de notre malheureuse histoire.

Et vous savez pourquoi tout ce barda ? Vous savez pourquoi cette monstrueuse démonstration d’absolutisme ? Vous savez pourquoi ces nobles patriotes ont  été malmenés de la sorte ? Pour avoir écrit et propagé ces mots simples, ces mots vrais, ces mots de courage et d’indéniable patriotisme : « Bon, j’espère quand-même que dans le fans-club (plus ça dure, plus on s’enrichit) qu’il dirige, des voix vont se lever pour lui rappeler   (à Dansa Kourouma) que le CNT n’est pas une association de blakoro qui rêve debout. » Voilà, mes chers compatriotes, le motif pour lequel nos compatriotes ont été jetés en prison et pour lequel ils risquent peut-être l’écartèlement ou la décapitation.

J’invite tous les magistrats du globe à se pencher sur cette innocente déclaration pour me dire s’ils y trouvent un seul indice grave et concordant (j’emploie volontiers le langage châtié des professionnels du droit !) d’infraction ou de crime et délit.

Non, Monsieur Wright, Foninké Mengué n’a pas discrédité la justice guinéenne. Nul ne peut discréditer ce qui n’existe pas. Oui, vous le savez mieux que moi, la justice guinéenne n’a jamais existé. Nos magistrats ne sont pas au service du droit. Ils s’en foutent de la morale et de la loi.  Notre justice est une justice aux ordres : rien pour la veuve et l’orphelin, tout pour les sordides caprices du chef !

C’est la énième fois que Foninké Mengué est en prison. Seulement, c’est Alpha Condé qui est parti, le vieux lion du FNDC, lui est toujours là, solide comme un roc, en parfait accord avec les profondes aspirations de son peuple. Mamadi Doumbouya devrait méditer cela si jamais il lui reste une petite goutte de lucidité.

En tout état de cause, cette ignominie ne découragera personne. Les Guinéens en ont vu d’autres.  Ils savent qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils doivent se battre jusqu’au dernier contre cette clique militaire qui les martyrise, debout comme un seul homme, armés de courage, plus que jamais convaincus que le combat pour la liberté est le plus beau des combats.

La dictature ne passera plus dans ce pays, Lieutenant- Colonel Mamadi Doumbouya ! Tuez-nous tous, si voulez ! Mais rien, je dis bien rien ne nous empêchera de vous cracher les quatre vérités.

Tierno Monénembo, in le Lynx

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Tierno Monénembo : l’Afrique face à la guerre du blé

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Une balle éclate en Ukraine et c’est la famine au Sahel. L’effet « mondialisation » fait penser à « l’effet papillon » cher à Edward Lorenz, l’un des maîtres à penser de la fameuse théorie du chaos : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » Pour extraordinaire que cela paraisse, ce scénario catastrophe est plausible sur le plan météorologique aussi bien que sur le plan alimentaire. Une feuille morte tombe en Australie et c’est l’avalanche au Groenland ! Un grain de blé se perd à Kiev,  et c’est la pénurie de semoule à Bamako ! Il n’y a pas de petite querelle, disait Hampâthé  Bâ, il n’y a pas de petite cause non plus. C’est un simple soupir de bébé qui déclenchera le big-bang final, si ça trouve. La vie est un tout. C’est pour avoir oublié cela que nous avons bâti ce monde absurde de frontières factices et de nations belliqueuses.

Mais bon, ce n’est pas en 2 022 que nous allons corriger les erreurs commises au Néolithique. Le nationalisme est devenu notre dogme et   la guerre, notre mode vie. Partout, même sur les atolls du Pacifique, la géopolitique a pris le pas sur la morale et la religion. Rangez votre bible, parlez-moi d’intérêt et de stratégie ! Point de regret ! Si l’habitude est une seconde nature, l’erreur, elle est une seconde erreur. Faisons comme De Gaulle, prenons le monde « tel qu’il est » et tant-pis, si plus personne ne peut limiter les dégâts. Et le monde tel qu’il est, c’est d’abord et  avant tout, la guerre d’Ukraine ou plutôt la guerre du blé.

La Russie et l’Ukraine exportent à eux seuls 30% du blé mondial. C’est dire que le conflit entre ces deux nations slaves,  entraînera inévitablement une crise alimentaire de grande importance (l’ONU parle déjà d’un ouragan de famines »). Et bien que fort éloignée de la zone de turbulence, l’Afrique en sera la première victime. Et pour cause, c’est elle qui dépend le plus des céréaliers de Moscou et de Kiev : en moyenne, 40% de sa consommation, 65% pour le Sénégal, 68% pour la RD du Congo, 75 % pour le Bénin et le Soudan, 85% pour l’Egypte, 100 % pour la Somalie.

Pourquoi croyez-vous que Macky Sall (président en exercice de l’Union Africaine)  et Moussa Faki Mahamat (Secrétaire Exécutif de ladite organisation) ont rencontré Poutine à Sotchi le 3 Juin dernier ? Bien sûr, pour prôner la paix et l’amitié entre les peuples comme le veut la liturgie diplomatique mais aussi et surtout pour exhorter le nouveau tsar de toutes les Russies à débloquer  les 20 000 000 de tonnes de céréales que la guerre a bloquées dans les ports de Kharkiv et d’Odessa.

Dans l’imagerie universelle, quoi de plus normal que l’Afrique quémande à manger ! Et pourtant, ce continent, à lui seul, pourrait nourrir l’humanité. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les spécialistes de la FAO. Elle disposerait de 50 à 60% des terres arables disponibles dans le monde. Là, comme dans les autres secteurs d’activité, ce ne sont pas les moyens qui manquent, c’est la volonté politique, c’est l’imagination au pouvoir. Nos dirigeants n’ont pas encore compris que la dépendance alimentaire est la pierre angulaire de la dépendance politique. Nous resterons assujettis et sous-développés tant que nous cracherons sur le manioc et l’igname, le niébé et la banane- plantain pour nous empiffrer de ce blé qui ne pousse même pas sur nos terres.

Malgré les projets faramineux et les discours grandiloquents, aucun de nos Etats n’a réussi à briser cette intolérable absurdité née de la domination européenne : l’Afrique est le seul continent qui produit ce qu’il ne consomme pas et qui consomme ce qu’il ne produit pas. Au fond, la colonisation n’est pas dans le canon, elle est dans l’assiette.

Tierno Monénembo, in  Le Point

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