Coup d’Etat manqué au Burkina : le journaliste révélateur de la bande sonore Soro/Bassolé s’explique

Théophile Kouamouo est un journaliste et écrivain français d’origine camerounaise. Il a également la nationalité ivoirienne. Il fut correspondant de  »Le Monde » en Côte d’Ivoire qu’il a quitté pour s’exiler en France depuis quelques années. Dernièrement, il a fait parlé de lui en révélant la supposée conversation téléphonique entre Guillaume Soro, le Président de l’Assemblée Nationale de la Côte d’Ivoire et Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires Etrangères de Blaise Compaoré au Burkina Faso. Dans ce document il donne des explications sur ce document sonore  »explosif ».

Les attentats qui ont visé Paris vendredi dernier ont procuré un bref répit à Guillaume Soro, ex figure de la rébellion contre Laurent Gbagbo désormais président de l’Assemblée nationale ivoirienne.

En effet, ce dernier était confronté à un énorme « bad buzz » depuis jeudi dernier, à la faveur de la révélation des enregistrements d’une conversation présumée entre l’ancien ministre de l’Intérieur burkinabé Djibril Bassolé, aujourd’hui en détention préventive, et lui. Une conversation durant laquelle on entend sa voix proposer une aide à la fois financière et logistique en vue de faire réussir le complot de Gilbert Diendéré, qui est alors dans l’impasse, fin septembre dernier.

Plus grave : on entend la même voix assumer, avec un cynisme qui fait froid dans le dos, les assassinats de l’ancien ministre de l’Intérieur de Laurent Gbagbo, Désiré Tagro, et de Ibrahim Coulibaly dit « IB », la figure historique de la rébellion qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui.

D’une certaine manière, j’ai été au cœur de ce « bad buzz », et le cercle rapproché de Guillaume Soro n’en finit pas de me pointer du doigt et de m’insulter depuis. « J’ose dire pourtant que je n’ai mérité ni cet excès d’honneur ni cette indignité », disait Junie dans le Britannicus de Racine. En réalité, je n’ai fait que diffuser sur les réseaux sociaux un fichier MP3 qui venait de déborder du cercle des « initiés » dans lequel il circulait déjà depuis un certain temps, « sous le manteau » des emails et des services de messagerie instantanée.

Pourquoi ai-je choisi de lui donner un écho public en me servant de ma visibilité en ligne ?

Premièrement, parce que je considère la personne qui m’a transmis cet élément audio comme digne de confiance.

Deuxièmement, parce que son contenu est, de manière assez troublante, conforme à ce que décrivaient, selon Jeune Afrique, « des sources au sein de la transition ». Bassolé aurait été avant son arrestation « en contact téléphonique avec Diendéré et surtout avec Guillaume Soro ».

« C’est un de ces appels passés au président de l’Assemblée nationale ivoirienne qui est au cœur de la procédure judiciaire. Il aurait eu lieu deux jours avant l’interpellation de Bassolé et aurait duré une quinzaine de minutes. Cette conversation aurait été enregistrée alors que les unités loyalistes de l’armée contrôlaient la capitale et que le régiment de sécurité présidentielle (RSP) s’était replié dans son camp de Naaba Kom, derrière le palais de Kosyam.

Selon deux sources proches de Zida, qui disent avoir entendu l’enregistrement de cette conversation tout en refusant pour l’instant d’apporter la preuve de son existence, Guillaume Soro aurait offert un appui financier à Djibrill Bassolé pour soutenir les putschistes. Il lui aurait proposé de l’argent pour « remotiver » les hommes du RSP et financer des attaques sporadiques de mercenaires contre des casernes burkinabè, situées notamment près de la frontière ivoirienne, pour forcer les militaires loyalistes à desserrer leur étau autour de Naaba Koom.

Les mêmes sources affirment que Bassolé aurait « approuvé » ce plan et suggéré que deux de ses proches se rendent dans le nord de la Côte d’Ivoire pour récupérer l’argent, le 29 septembre. Il sera finalement arrêté le jour même », avait résumé JA.

Troisièmement, parce que j’ai eu la ferme conviction qu’il s’agissait bel et bien des voix de Djibril Bassolé – avec qui j’ai dîné et longuement discuté au cours d’une conversation privée il y a quelques années – et de Guillaume Soro – que tous les journalistes qui ont « couvert » la Côte d’Ivoire des années de guerre ont abondamment pratiqué et observé. En matière de journalisme, science non exacte, il faut savoir se servir aussi de son flair.

Quatrièmement, en raison du profil psychologique de Guillaume Soro tel qu’il se laissait entrevoir dans l’enregistrement. Ceux qui le fréquentent décrivent un homme qui se sent progressivement marginalisé dans le cercle des pouvoirs en Côte d’Ivoire, qui brûle d’exister, qui adore raconter ses « prouesses » passées et peut être assez imprudent dans l’usage de la parole quand il veut impressionner son auditoire.

Cinquièmement, parce que je savais que la diffusion massive de cet enregistrement dont tout le monde parlait et que personne n’avait officiellement entendu créerait un « électrochoc positif ». Elle obligerait les concernés à s’expliquer. Et leur ligne de défense pourrait être riche d’informations.

Sixièmement, parce que la richesse des détails par ailleurs vérifiables donnés par cet enregistrement sur des réalités connues du seul microcosme des affaires et de la politique me faisait penser que si par extraordinaire il était le fruit d’une manipulation, cette manipulation serait le fait de professionnels issus des « services » d’un pays ou d’un autre. Une telle hypothèse ouvrirait un champ d’investigation certain. Il fallait donc ouvrir la marmite !

En adoptant face à la houle médiatique la ligne de défense qu’il a choisie, le camp Guillaume Soro a paradoxalement « authentifié » l’enregistrement qui faisait le buzz. Comment ? Déjà, ses hommes et lui se sont murés de longues heures dans un silence gêné, se refusant à la moindre dénégation, ce qui est pourtant le réflexe naturel et immédiat de quiconque se retrouve ainsi accusé. Par la suite, ils ont relayé un audio mis en ligne par un site Internet (Oeil d’Afrique) censé être le VRAI enregistrement de la conversation Soro/Bassolé, contrairement au FAUX partagé par « le délirant Kouamouo ».

Il fallait pourtant réfléchir un tout petit peu pour se rendre compte du caractère grotesque de la manœuvre.

Premièrement, le fichier produit par Soro and Co. n’est en rien conforme à ce dont avaient parlé les autorités burkinabé. Ni au regard de sa durée (moins de deux minutes) ni au regard de son contenu.

Deuxièmement, parce que les rares propos de Djibril Bassolé contenus dans cet audio sont conformes à ce que l’on entend dans la première version. Seuls les propos de Soro sont différents – et ils donnent l’impression de vouloir démontrer son innocence AVANT le scandale. Il « anticipe » même d’autres fuites et se défend par avance en affirmant qu’il a dit à certains interlocuteurs, des « infiltrés », ce qu’ils voulaient entendre. De plus, on « sent » clairement un « cut », un montage, à 1’25’’.

Troisièmement, le site oeildafrique.com dit avoir eu ce fichier des autorités burkinabé. Les mêmes qui ont jeté Djibril Bassolé en prison et accusent bruyamment Guillaume Soro se seraient donc précipitées, toutes affaires cessantes, au secours de ce dernier pour lui sauver la mise ? Difficile à croire !

Tout dans cette affaire donne l’impression que les spin doctors de Guillaume Soro ont, dans la panique, concocté une « pièce » censée les disculper mais qui en réalité, a achevé de les démasquer !

 

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